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Apprends- moi à faire tout seul ! PDF Imprimer Envoyer

Aider et encourager son enfant à acquérir son autonomie au jour le jour, c’est lui donner la chance de devenir un adulte responsable. C’est aussi lui offrir la clé qui lui permettra de prendre sa place dans la société et d’y jouer un rôle.

Article paru dans la revue BioInfo (Sept 2013)

 

 

Quand on parle de l’autonomie des enfants, la psychologue, psychanalyste et spécialiste de la petite enfance, Diane Drory pointe un paradoxe : les parents donnent trop souvent aux enfants une responsabilité qui ne leur revient pas, comme celle de prendre des décisions familiales ou de choisir leur école, ou encore le repas. Par contre, quand il s’agit du territoire de l’enfant dans lequel il est nécessaire qu’il ait son autonomie, les parents font les choses à sa place. Or, affirme la psychanalyste, il ne faut pas faire à la place d’un enfant ce que l’on pense qu’il sait déjà faire.

Terrain miné !

Nombreux sont les parents qui ressentent de la culpabilité lorsqu’ils demandent à leur enfant de faire seul certaines choses. On pense souvent que pour être un bon parent, il faut tout faire pour son enfant et à sa place. Mais c’est le contraire qui se passe : encourager son enfant à se débrouiller seul, c’est lui faire un cadeau.

Il y a des parents qui font les choses à la place de leur enfant par perfectionnisme et par besoin de contrôle. Ils veulent que tout soit fait parfaitement, à leur façon et tout de suite. Autrement dit, sans passer par les cases « essais et erreurs » pourtant nécessaires à tout apprentissage. Ils le font aussi par affection et pour éviter à l’enfant de faire un effort. Par ailleurs, certains parents refusent de confronter l’enfant à l’émotion de ne pas avoir réussi à faire quelque chose.

Ne pas l’handicaper

Mais attention ! Faire constamment les choses à la place de son enfant s’avère très handicapant pour lui, à court et à long terme. Quand l’enfant, qui n’a pas appris « à faire », arrive à l’école, on dit de lui qu’il est un fainéant et hop, le voilà porteur de cette étiquette. Mais il n’est pas paresseux. Il considère simplement que si son père ou sa mère fait les choses à sa place, c’est parce qu’il les fait mal. Cela ne l’aide pas à construire la confiance en soi et à développer son estime personnelle.

Bienfaits immédiats

À l’inverse, l’enfant qui s’autonomise va en tirer beaucoup de satisfaction et de fierté. Le petit garçon qui parvient à enfiler son caleçon est boosté. Il sait faire comme son papa. Il se sent grandir. De fil en aiguille, il apprendra à mettre son pantalon, il arrivera même à mettre ses chaussettes. C’est beaucoup plus valorisant que d’être habillé par papa ou maman parce que ça va plus vite comme ça et parce que l’enfant ne sait pas le faire.

Gagner en autonomie, c’est également s’introduire dans la vie sociale. Quand on fait tout à la place de l’enfant, celui-ci est un meuble parmi les meubles. Alors que participer à la vie de famille, c’est faire partie intégrante d’un système, d’une famille. C’est avoir une place, tenir un rôle.

Deux âges charnières

2-3-4 ans sont des âges très importants pour la prise d’autonomie. Quand l’enfant découvre qu’il est capable de faire certaines choses, d’avoir des idées à lui, il faut le soutenir et l’approuver. Ensuite, au cours de la pré-adolescence, la prise d’autonomie doit également être encouragée.  Le jeune a besoin de se sentir autonome lorsqu’il entre en 1ère humanité.

Du temps et du sens

Prendre le temps, c’est essentiel. Comme les parents sont souvent pressés en semaine, ils peuvent profiter des week-ends pour aider leur enfant à se débrouiller seul, tout doucement.

Donner du sens aux choses est également fondamental en aidant par exemple son enfant à tirer la leçon de son échec. Tu as laissé tomber une assiette parce que tu en as pris trois à la fois. A ton âge, c’est encore trop difficile pour toi. Prends-en une à la fois. Ou encore : ce n’est pas grave si tu n’as pas réussi à faire telle chose, c’est comme ça que tu apprends. Ce que tu ne sais pas faire aujourd’hui, tu sauras le faire demain. Autant de paroles qui rassurent l’enfant et l’introduisent au processus d’apprentissage.

Colette Barbier