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Pour que manger soit un plaisir PDF Imprimer Envoyer

Si manger est vital, pour les petits, cela passe par un apprentissage qui, s’il est bien encadré, leur permet de gagner en autonomie et en confiance en soi. Tout ça avec plaisir !

Article paru dans le Bioinfo et écrit par Colette Barbier

 

L’alimentation des enfants se base sur deux évidences. La première, c’est qu’un bambin se laisse rarement mourir de faim. Quand il s’agit d’un nouveau-né, derrière son refus de manger, il y a soit une cause physiologique soit une raison psychologique qui lui fait peur d’entrer dans la vie, car manger est la condition sine qua non pour vivre, explique la spécialiste de la petite enfance, Diane Drory. Lorsqu’il y a de très fortes tensions au sein d’une famille, il arrive qu’un enfant plus âgé mette en doute son désir de vivre et refuse alors de manger. Mais c’est exceptionnel.

 

Une fantastique arme de pouvoir…

Ce qui nous conduit à la deuxième évidence : l’alimentation est la manière par excellence, pour un enfant, d’entrer dans un rapport de force avec ses parents. Un petit bout âgé de un an et demi – parfois un peu moins déjà – qui commence à refuser de manger, qui chipote, a en fait trouvé un fantastique moyen, une arme, pour prendre du pouvoir sur l’adulte qui, lui, est très soucieux de bien alimenter son enfant puisque manger et vivre sont liés.

…très mauvaise

Refuser de manger, c’est classique et normal. L’enfant cherche où il a du pouvoir, il teste ses limites. Cependant, en jouant avec le refus de s’alimenter, il met sa santé en danger et compromet sa croissance.

Que faire alors ? Face à un enfant qui, tout à coup, mange moins, il faut commencer par éviter de tomber dans le piège du bouleversement car l’angoisse du parent devient également une arme pour l’enfant. Donc, relativiser… Nous connaissons tous des périodes où notre appétit diminue. Un enfant peut subitement avoir moins d’appétit parce qu’il fait ses dents ou pour une autre raison. Ça finit par passer.

Choisir la quantité, pas les aliments

L’autre piège à éviter, c’est de donner au bambin le pouvoir de choisir les aliments qu’il va manger ou pas. Aux parents de servir des repas qu’ils pensent bons et en petites portions. Je recommande de laisser rapidement la liberté à un enfant de décider de la quantité des aliments qu’il va prendre. C’est une manière pour lui d’apprendre à évaluer ses besoins. De cette façon, l’adulte peut aussi plus facilement lui dire de vider son assiette puisqu’il a choisi la quantité de nourriture.

Par ailleurs, on déconseille de forcer un enfant à manger, toujours pour ne pas tomber dans le rapport de force. Une fois que tout le monde a fini son repas, on emporte l’assiette de l’enfant, qu’elle soit vide ou pleine. Il ne faut surtout pas jouer aux prolongations ! S’il a vidé son assiette, c’est bien. S’il ne l’a pas finie ou s’il n’a rien mangé, ce n’est pas grave, il mangera au repas suivant. Tout le monde reste calme. Et s’il n’a pas mangé, on ne le « gâte » pas avec des sucreries jusqu’au repas suivant.

Ah, la « becquée » !

Autre piège : donner la « becquée » à son enfant jusqu’à un âge avancé. Un petit bout en bonne santé, qui respire la joie de vivre, va manger. Il est important de lui laisser le plaisir de découvrir comment il peut manger seul. Cela constitue une expérience supplémentaire. Au lieu de cela, on entend souvent les parents se plaindre : « La nourriture tombe par terre, il se salit… ». Et ils continuent à nourrir l’enfant pour la propreté, la facilité et pour être certains qu’il mange. Dans de telles conditions, l’enfant ne sait plus très bien s’il doit rester un bébé ou s’il peut, s’il doit grandir. Il n’a alors plus envie de manger et prend un pouvoir de petit : « Non, je mange pas ! ». Il ferme la bouche et fait des boules...

Laisser rapidement l’enfant se débrouiller avec sa nourriture, c’est donc lui donner le feu vert sur son corps. Les parents lui accordent ainsi leur confiance pour qu’il reconnaisse lui-même s’il a faim ou non.

Encore une occasion supplémentaire de valoriser son enfant pour qu’il se sente pousser des ailes et lui donner envie de grandir.

Colette Barbier