Home Articles par Edition La Libre Essentielle Fonder un couple c’est inscrire une relation dans un destin
Fonder un couple c’est inscrire une relation dans un destin PDF Imprimer Envoyer

(R. Neuburger)

Vivre en couple : pour y chercher quoi ? La jouissance de l’instant ou l’approfondissement de l’échange le plus intime ? Prendre la décision de vivre ensemble : est ce le contact d’un corps qui nous attire, le plaisir d’être avec l’autre ou le désir de fonder une famille?

Former un couple

Le modèle du couple repose sur un mythe, à savoir que chaque être humain est à la rechercher de la moitié de lui-même. N’empêche, prendre le risque de vivre un couple, c’est accepter l’autre, c’est l’aventure d’une rencontre entre deux inconscients, deux histoires, deux désirs et deux corps.

« De nos jours, on ne se met plus « en couple » pour fonder une famille. Ce qui importe c’est de trouver un partenaire, une personne avec qui l’on se sente bien à tous points de vue et qui nous permet de trouver notre identité. » Effectivement, il n’y a pas si longtemps de cela, « fonder une famille » donnait à l’individu une identité sociale. Maintenant couple et parentalité sont séparés.

Maintenir une relation de couple dans le temps pose problème car un partenaire c’est parfois encombrant ! Par ailleurs, il faut trouver le bon, le mettre à la bonne place dans le fantasme, il peut nous glisser entre les doigts, tomber sur quelqu’un d’autre, en un mot on peut le perdre, à moins qu’un jour, lassé, on ait envie de s’en débarrasser. Car quoique l’on en dise, quoique l’on voudrait en penser, l’amour et le désir se vivent à deux…

Une chose est certaine : on est jamais sûr de rien d’avance ! Chaque génération, chaque couple doit inventer la forme d’affection qui le génère.

L’amour avant tout

Les « mariages arrangés » du temps passé avaient pour base de renforcer les structures sociales, le paysan agrandissait ses terres, les commerçants consolidaient leurs biens. De nos jours, ce n’est plus la structure sociale qui s’exprime dans un couple mais bien plus la structure personnelle et ses enjeux émotionnels. C’est donc la rencontre amoureuse qui est devenue la valeur culturelle du couple or quand l’amour préside au choix du partenaire, il en résulte un risque de précarité du lien...

Aussi, de nos jours, faire durer un couple n’est pas simple car l’amour ça ne se commande pas, c’est l’amour qui commande.

Couple conjugal, couple parental : entre liberté et enchaînement ?

La prise d’autonomie sociale et professionnelle de la femme a entraîné une modification de la dynamique de couple, engendrant parfois un refus de la différence des places. « Je ne supporte pas que l’homme soit en position macho, il n’y a aucune raison que mon petit ami paye ma part de la note au restaurant. Au lit, ma part d’orgasme et de plaisir sexuel je le revendique comme un indispensable dû auquel j’ai droit pour mon épanouissement personnel. » Voilà qui met son compagnon en position périlleuse s’il échoue à sa tâche de faire voir les étoiles à sa compagne…Pour être respectée et respectable, un femme doit-elle revendiquer à tout crin une position identique à celle de l’homme ? N’est ce pas un peu se dénaturer ?

Par contre souvent, lorsqu’au sein du couple paraît l’enfant, ces adultes qui affichaient individualisme et totale liberté d’action se muent soudainement en version « maman poule et papa couette »? « Pour un couple, avoir un enfant s’est comme rentrer en religion » déclare l’autre jour une jeune mère…

L’idéalisation du rêve d’être « un parent  câlin offrant un cocon parfait » engendre une dépendance totale à l’enfant. Face à un petit qui d’un pas malencontreux trébuche et tombe la formulation autonomisante « Pas grave, lève-toi et viens me rejoindre que je donne un bisou sur le bobo » est délaissée à l’avantage d’un « Attention, il est tombé » Et l’enfant de voir le « corps parental maternant » se précipiter pour le relever. Les enfants n’ont-ils pas avantage à grandir guidé par un père qui ose sa différence « d’homme » face à la toute naturelle et nécessaire sollicitude maternelle ?

Bien sûr, à une époque où chacun est sommé de régner en maître sur ses décisions, ses affects et sa destinée, il n’est guère aisé de trouver sa « juste » place dans un couple. Dans cette course « au droit à la même chose » pour tous, on oublie que derrière les corps se bousculent des émotions, des pulsions, des fantasmes et des sentiments bien différents selon que l’on soit homme ou femme.

Réussir son couple

La complémentarité ne serait-elle pas conjugable avec modernité ? La complémentarité ne nie pas l’égalité, loin s’en faut mais elle reconnaît la différence entre les hommes et les femmes tout en engageant le couple sur une communauté de buts. S’il est vrai que la différence ne facilite pas toujours la communication, rappelons qu’elle ouvre des horizons sans cesse renouvelés !

L’égalité dans la différence nourrit la faculté d’accepter les choix propres à chacun tout en gardant l’intérêt pour les passions et les talents de l’autre. Au sein d’un couple cohabitent trois amours, celui que l’on a pour l’autre, celui que l’on a pour soi et celui que l’on éprouve pour le couple lui-même.

« Résumons le problème qui se pose à tout un chacun aujourd’hui : pour vivre bien, il faut tout faire pour rester soi, et…vivre ensemble ! Et par conséquent constamment jongler avec deux quilles distinctes : être bien avec soi et être bien avec l’autre. » Eh oui, conjuguer vie conjugale avec bien-être « intégral » relève d’un fameux défi ! Vivre en couple c’est, peut être, savoir se rassurer du familier et aspirer au différent.

Pour traverser l’épreuve du temps, le couple à intérêt de parsemer la vie de petits commentaires, de mots d’humour ou de connivence qui fait que chacun se sente reconnu comme unique. « Parce qu’il n’existe pas de recette miracle, il appartient à chacun de nous de se pencher sur l’état et le devenir de son couple. C’est moins l’usure du temps qui menace un couple que le manque de temps qu’on lui consacre… »

Doc/libre essentielle/0607/la vie en couple janvier 07

Quelque soit la partition sur laquelle joue le couple, ce ne sera qu’en restant sensible aux petits gestes quotidiens, aux clins d’œil d’affections, aux petits signes de détresse que l’on pourra se prémunir contre l’ennui et ne pas se laisser piéger par la monotonie.

De plus en plus tôt, les jeunes vivent en couple, sans doute pour s’assurer une sécurité et une solidarité de base dont nous manquons cruellement aujourd’hui. Car dans ce monde, où l’on souffre d’un manque d’appartenance, le couple serait-il devenu une valeur refuge ? Un lieu qui permet de trouver une identité sexuée ? Un support identitaire majeur.

Au temps où les rencontres  étaient « arrangées » les mimiques, gestes , vêtements et autres servaient à signer l’appartenance à une catégorie sociale, tandis que dans le cadre de l’amour, c’est prioritairement l’intimité psychique de la personne qui fait signe. C’est pourquoi, aujourd’hui, les rencontres se font plus entre inconscients qu’entre familles.

Chaque couple a sa manière de suivre les méandres de la vie, de traverser sa part d’aventures, de variations fines, d’écoutes subtiles, de disponibilités à l’autre.

 

 

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