Home Articles par Edition La Libre Essentielle Se nourrir, pour qui, pourquoi?
Se nourrir, pour qui, pourquoi? PDF Imprimer Envoyer

Les animaux se repaissent, l’homme se nourrit ;l’homme d’esprit seul sait manger… » (Brillat Savarin)

S’alimenter n’est ce pas une des activités essentielles dès notre naissance ? Quel impact peut avoir l’atmosphère dans laquelle baigne l’incontournable « une cuillère pour Papa » «

 

 

Une cuillère pour maman » ?

La nourriture, en plus d’être une réponse à un besoin physiologique, est avant tout un bain d’affects, elle parle de notre intériorité.. Les moments de nutrition sont fondateurs de ce qui, plus tard déterminera nombre de nos réactions face aux impératifs de la vie.

Une relation complexe nous lie à la nourriture ; celle-ci s’enracine dans notre façon « d’être au monde », de gérer nos émotions, nos pulsions. Si le mode d’alimentation est une question de culture, la façon de se nourrir reste une matière éminemment personnelle car, que ce soit en filigrane ou en premier plan, l’oralité est présente dans chaque situation émotionnelle de la vie,

« Les animaux se repaissent…

Faut-il reconnaître notre côté animal dans la « malbouffe » plus encline à donner le sentiment d’être repu que de s’être nourrit ? Sensation offerte par ces assiettes pantagrueliques, garnies d’un met flanqué d’un amas de frites flirtant avec une salade aquatique. C’est coloré mais le goût n’est pas très varié…

Que signe ce besoin, de plus en plus courant, de sans cesse grignoter ? Même au cinéma certains éprouvent le besoin d’installer un seau « King size » de pop corn sur leur genoux. Les mêmes qui un quart d’heure avant s’enfilaient encore vite une boisson sucrée ! Notre société, où un quart des jeunes sont en surpoids, ne serait-elle pas de plus en plus terrorisée par le Manque ? Se goinfrerait-on  pour camoufler une culture qui gave mais n’offre plus l’appétit à la vie ? Monde qui n’aide pas à rechercher la lumière de nos âmes ?

Quand on se remplit sans cesse, n’est ce pas pour éviter d’affronter un grand vide, qui au fond de nous, nous habite… ?

…l’homme se nourrit…

Le plaisir de vivre, de jouir de la vie, se traduit souvent dans notre rapport à la nourriture. Se ruer, se priver ou désinvestir celle-ci parle de notre art de vivre. Certains, tel Socrate, disent ne se nourrir que pour vivre car la frugalité asservit la Nature. Les plaisirs du palais qui savoure n’ont pour eux rien à envier à des occupations plus élevées… Optant pour la sobriété, souvent associée à la propreté et à l’élégance, leur raison l’emporte sur leur sensualité.

Adeptes du proverbe arabe qui dit « Moins l’homme mange, plus il se rapproche de la lumière » pour eux pas de temps à perdre, à table. Souvent, plus portés à la rigueur que vers la passion, ces éclectiques de la gastronomie penchent plutôt pour une alimentation saine et équilibrée. Sachant que leur condition physique dépend de la qualité de ce qu’ils avalent.

…l’homme d’esprit seul sait manger »

Ne craignant pas de se relier à ses sens, le gourmet prend plaisir à analyser les composantes d’un goût, leur richesse. La bouche n’est-elle pas, sauf rare exception, pour chacun de nous le premier organe de plaisir ? Lieu qui, en plus du lait nourricier, nous a fait découvrir les objets et décrypter d’innombrables textures. Manger dans le sens plein du terme est un exercice d’intégration du corps.

Un repas mitonné avec amour engage à solliciter nos sens. La vue s’enchante d’une présentation harmonieuse, l’odorat se ravit de fumet, le toucher entraîne nos papilles vers la découverte de la saveur. Et l’ouie ? Que ne parle-t-on autour du plaisir éprouvé par un plat bien préparé. N’est-ce pas se régaler une deuxième fois que de partager le secret d’une recette ?  Plaisir des yeux, plaisir du palais, plaisir du nez, plaisir du cœur.

Et peut-on oublier le bonheur de la convivialité ? Se sustenter est un plaisir naturel, dont on profite le mieux lorsque les repas sont pris dans un climat chaleureux, organisés autour de rituels rassurants. Faire la différence entre se nourrir de nutriments en vrac ou  manger de la nourriture signifiante, renvoie à des valeurs historiques, sociales, philosophiques, religieuses.

Se nourrir en « mangeant » s’apprend lorsque les aliments sont vécus comme des bienfaits pour le corps et l’esprit, et non comme des molécules fonctionnelles ou comme des objets de désirs interdits.

Ployant sous le règne tyrannique de l’argent, nous nous essoufflons d’immédiateté, de vitesse et de performance, … Retrouver le plaisir de partager un « bon » repas serait peut être une façon de réhabiliter de l’humain dans le quotidien. N’y a-t-il pas là un devoir de transmission ? Les jeunes nous apprennent à manier la technologie de pointe, apprenons-leur à découvrir la richesse des gestes propres à l’humain (digne de ce nom !). Notamment ceux qui passent par tout l’amour d’un repas concocté maison et partagé avec intérêt.. Rien à voir avec le plat tout préparé acheté vite fait bien fait puis réchauffé au micro onde vitesse maximum pour que cela aille plus vite…

La nourriture est un outil de transmission de convivialité et de goût. Il faut de l’esprit et de la culture pour apprécier les bonnes choses. Au lieu d’incriminer la jeune génération de barbarisme, réfléchissons comment leur transmettre le sens du beau, du bon et du bien manger. Faut y mettre du sien pour leur faire découvrir qu’il y a une grande différence entre une tarte sortant d’une fabrication à la chaîne et celle sortie de la magie de mains aussi inexpertes soient-elles.

 

 

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