Home Articles par Edition La Libre Essentielle Rêves et réalités de l’adoption
Rêves et réalités de l’adoption PDF Imprimer Envoyer

Parler d’adoption touche tout le monde car elle interroge les définitions mêmes de la parenté. Qu’est ce que une vraie mère ? Un vrai père ? Etre l’enfant de ?

£Ce que l’adoption vient ainsi cruellement rappeler c’est que tout n’est pas de l’ordre du possible.  Que le biologique a lui aussi ses marques, ses traces, son ordre, ses exigences. Et que son aménagement est une gageure, un risque, une souffrance et qu’il suppose une parole qui organise, qui mette en place. 

 

 

L’adoption est une circonstance de la vie.

Depuis près d’un demi siècle, la misère lointaine s’est faite proche. Depuis une vingtaine d’années, les couples rencontrent de plus en plus souvent des problèmes de stérilité. A toutes ces souffrances, une réponse possible : l’adoption. Celle-ci permet de sauver des eaux des petits Moïse, venus d’ailleurs ou d’ici, en leur offrant de devenir l’enfant de quelqu’un. 

Aujourd’hui, les adoptés ont grandit et parlent, leurs parents aussi. Et… leur parcours est plus douloureux que prévu. On pensait qu’il suffisait de donner un enfant, en manque d’affection parentale, à un couple sans enfant et prêt à donner tout l’amour du monde, pour que chacun y trouve son bonheur.  Hélas, les choses ne sont pas si simples. L’amour et le rêve de combler le manque de l’abandon ne suffisent pas.

Les enfants adoptés ne sont donc pas des enfants « du hasard de la vie et du désir » mais des enfants du vouloir, des enfants programmés. Ce choix conscient n’est pas sans conséquence car il est empoisonné par l’utopie de croire qu’avec un enfant « choisi et consciemment voulu » les choses ne peuvent ou ne devraient que réussir… Surtout dans notre culture éprise de performance et du déni de l’échec !

Rappelons que si l’adoption est le point de départ commun pour l’enfant et ses parents, une adoption ne rend pas pour autant l’enfant vierge de son passé. L’acte d’adoption ne viendra pas miraculeusement cicatriser les blessures, ni panser les détresses qui auront accompagner le trajet d’histoire ayant, par le hasard de la vie, conduit tel enfant dans telle famille. On l’oublie trop souvent, pour traverser l'épreuve de l'adoption,  non l’amour ne suffit pas ! Usurper à l’enfant adopté sa part d’héritage d’avant l’abandon, c’est lui dérober sa faculté d’aimer et c’est aussi se fracasser dans les dédales d’un amour radicalement divisé, partagé.

D’adoptant à adoptif, le chemin est long.

L’enjeu sera d’évoluer d’un statut de couple adoptant à celui de parents adoptifs. Je m’explique. L’adoptant se centre sur lui-même, sur son projet personnel, l’enfant est un moyen d’atteindre un but, de boucher le trou d’un insupportable manque… Tandis que devenir adoptif est une démarche qui se centre sur l’enfant et ses manques à lui. Seul ce regard là peut amener un enfant à devenir,

à son tour adoptif, c’est à dire d’élaborer une démarche psychique lui permettant de trouver une place harmonieuse dans sa nouvelle famille.L’enfant adopté et éventuellement adoptif, ne choisit pas son sort. Il se retrouve adopté par une famille qu’il n’a pas consciemment choisie. Il n’est à ce moment qu’un enfant adopté. Il ne deviendra adoptif que si, a son tour, il entame une procédure d’adoption c’est à dire d’investissement affectif envers un couple d’adultes inconnus au départ. Il y a donc chez l’enfant adopté des moments pendant lesquels il est « un enfant adoptant ». Ce sont des moments de vie, fragmentés sur différentes époques de sa vie et variables selon les individus. Moments cherchant à donne réponses à la question : « Ces deux adultes à l’égard desquels j’ai énormément de reconnaissance et même le plus profond amour, est ce que oui ou non, je les adopte comme parents. »

La double appartenance.

Au cœur de l’adoption se joue la lancinante question de la double appartenance, de la double loyauté c’est pourquoi assurer un réel lien de filiation, dans le sens profond du terme et non seulement dans le sens juridique, sera un parcours long et périlleux. Pour effectuer son travail psychique d’adoption, l’enfant doit pouvoir s’affilier et se reconnaître dans une famille chargée d’une autre histoire que celle dans laquelle il a baignée depuis sa conception. Pour lui, l’adoption est une renaissance, une naissance civile.

Pour renaître, il faut savoir à quoi l’on est mort ! Aussi est-il important pour l’enfant d’entendre ses parents lui parler de ses parents de naissance afin qu’en lui grandisse le sentiment qu’il a été adopté avec ses origines et pas malgré ses origines… Cette attitude facilite le travail de deuil par rapport à l’abandon et crée un lien de confiance avec le couple parental adoptif. Cette première trame du cheminement du processus d’adoption permet, lors de l’adolescence, de mettre en place l’inscription profonde « d’avoir des parents ».

Ce travail de deuil nourrit un processus d’adaptation au réel, adaptation qui rend à nouveau la joie possible ! Cela suppose comme le démontre Freud que l’on accepte la mort, la perte ou la séparation. Le travail de deuil est le cheminement vers cette acceptation qui n’est pas le renoncement à la vie mais acceptation de ce qui la constitue. Il ne s’agit pas pour l’enfant d’oublier ses parents mais d’accepter leur disparition. Il ne s’agit pas de renier ses rêves ou de renoncer à son désir de les retrouver mais d’accepter pour certains, l’impossibilité d’y satisfaire et pour d’autres d’oser tenter le retour aux sources. Faire un travail de deuil c’est avant tout dire OUI au quotidien.

Le complexe de Moïse

L’enfant adopté n’a pas de pathologie spécifique, la seule chose qui le différencie d’un autre enfant sera d’avoir perdu ses parents de naissance. Le processus d’adoption met en relief cette plaie béante. Si tout humain se construit avec le complexe d’Œdipe, l’adopté devra y ajouter le complexe de Moïse qui caractérise sa filiation.

L’adopté est contraint, plus ou moins consciemment, de trouver l’équilibre entre ses deux histoires, de trouver une place entre deux discours, celui de son origine et celui de sa famille adoptive. Pas de recette, pas de solution miracle pour répondre au problème lancinant de la double appartenance, de la double loyauté. Si d’adopté, l’enfant se construit adoptif, il aura à pardonner à ses parents d’adoption la violence de la concrétisation de son état d’enfant ayant perdu ses parents d’origine. Ce même enfant aura aussi à pardonner à ses parents d’origine le fait de son adoption, de sa différence d’avec la majorité des enfants qu’il côtoie aujourd’hui.

 Ce ne sera qu’au travers ce processus de deuil et de pardon que pourra émerger la véritable joie du quotidien ainsi que l’amour, conscient de sa valeur, qui procure le bonheur de vivre et d’être au monde. La façon de dépasser cette souffrance, de s’en sortir, de se débrouiller dans la vie, de solutionner cette question sera, bien sûr, différente pour chacun.

 Le père biologique, ce grand oublié.

Quelle place donner au père biologique ? Celui dont au fond, on ne parle pas ou si peu. Celui qui échappe ou presque à la dualité. Acteur du drame, de ce père certes aucun souvenir de fusion, le corps ne se souvient pas ou si peu. Juste une question : A-t-il abandonné ma mère? Cet homme est rarement parlé, nommé, comme si son rôle était sans poids ni importance. Souvent même plane au-dessus de lui un non-dit voulu. Comme s’il ne pouvait être autre chose que l’image du Mal… Quelle que soit la raison de l’abandon, il ne faut pas perdre de vue que cet homme a donné la moitié du potentiel génétique dont l’enfant est porteur, qu’il est donc l’auteur de ses jours ! Il est important que l’enfant puisse se sentir en accord avec cette moitié de Vie qui le constitue. 

Cette racine, souvent ténue mais vivace, est une indispensable part de vérité. La reconnaissance de l’existence du père biologique fonde les bases sur lesquelles le rôle du père adoptif pourra s’appuyer pour avoir une raison d’être. Cette réalité biologique permet à l’enfant d’intégrer que le père adoptif n’est pas arrivé là, par hasard, dans sa vie simplement parce qu’il est le compagnon de sa mère adoptive. Mais que cet homme en donnant son nom s’engage à remplir une place restée vide, un rôle de père assumant la fonction symbolique qui y est attachée.

Un des fonctions essentielles de ce père adoptif sera de « jouer les traits d’union ». Sa présence, réveillant si peu l’ombre d’une autre image paternelle, rendra audible des paroles introduisant la mère adoptive : « Regarde je l’ai choisie comme épouse, comme compagne, tu peux avoir confiance, prends sa main, elle est douce, tendre…mais prends aussi ton temps car je sais ta souffrance, ta peur de cette main différente de celle inscrite en toi et garde ma main dans la tienne aussi longtemps qu’il te plaira…jusqu’à ce que tu aies moins peur, jusqu'à ce que tu n’aies plus peur». 

 

 

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