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Harry Potter, pour ou contre PDF Imprimer Envoyer

On en parle tous azimuts ! Bientôt sortira la traduction en langue française du tome 5 des aventures d’Harry Potter. L’engouement pour ce jeune garçon, élève dans une école de sorcellerie et héros malgré lui, n’est-il pas un phénomène hors du commun ? Cette saga étonne certains, amuse d’autres et effraye une catégorie de gens « bien pensants ». On a même vu des écoles interdire ces livres car ils inciteraient les enfants à pratiquer la sorcellerie…

 Depuis tous temps : la chasse aux sorcières !

« je ne vois pas ce qu’apporte ce type de lecture à notre jeunesse. N’est-elle pas déjà assez plongée dans le virtuel ? Ce genre de récit est juste bon à leur faire croire que tout est possible ! »

Pour un certain nombre d’adultes, tout ce qui ne rejoint pas le rationnel cher à Pascal paraît dérisoire, voire malsain. Un moyen de défense sera de dénigrer « toutes ces fantaisies qui vont donner des idées erronées à notre jeunesse » ! Pour eux, seulement ce qui s’explique par la Raison ou par la Science est réel, donc digne de crédibilité et d’intérêt,. Or l’art de la  magie se caractérise par la production, via des procédés occultes, de phénomènes inexplicables ou qui semblent tels. Les choses magiques sont celles qui arrivent sans lien de cause à effet compréhensible. Et quand les choses sont inexplicables, y croire serait absurde, voire dangereux ! Rappelons que Galilée fut excommunié lorsqu’il osa prétendre que la terre n’était pas le centre de l’univers. Puisque invérifiable avec les outils de l’époque, un tel énoncé était sacrilège !

Or Harry Potter est le fruit d’un imaginaire, d’une pensée non limitée par le rationnel. Plus que cela, le monde d’Harry Potter nous plonge en plein ésotérisme. L’auteur nous confronte à la force de la pensée qui, énoncée par une formule magique et réalisée à l’aide d’une baguette magique, permet de concrétiser un souhait. Cela ne rejoint-il pas une certaine Sagesse qui préconise de ne jamais abandonner ses rêves car c’est ainsi qu’un jour ils se réalisent ?

Mais être confronté à du possible non encore explicable dérange les personnes imbues de  certitudes…

Notre inconscient n’est-il pas aussi magique ?

Ce qui a trait à la magie parle d’incontrôlable, de choses qui surviennent sans que la cause soit visible et prédictive. Un peu comme notre inconscient…

L’inconscient est le lieu d’où s’énonce notre vrai langage qu’hélas souvent nous avons du mal à comprendre, parfois même à imaginer tant, à force de complications rationnelles et intellectuelles, nous nous sommes éloignés de nous-même. L’inconscient nous fait souvent agir de façon irrationnelle et inattendue ! Faut-il craindre ou apprendre à gérer cette part de magique dont nous sommes tous dépositaires ?

La passion que grands et petits ont pour ces livres d’Harry Potter n’est sans doute pas uniquement due aux suspenses continuels dont le texte est parsemé. L’engouement pour le petit apprenti sorcier répond à des attentes psychiques des jeunes. Dans notre culture n’est-on pas gavé de « mots » mais sevrés de « paroles » ? Celles qui viennent du fond des âges, parole de l’obscur qui apportent de la lumière ?

La magie de l’inconscient s’apparente à la force vivante de notre inconscient tendant vers la réalisation consciente d’un équilibre supérieur, d’un élargissement de la Conscience.

Harry Potter, un conte des temps modernes.

Contes et mythes cherchent à répondre aux éternelles questions de l’humain « A quoi le monde ressemble-t-il ? », « Comment vais-je y vivre ? », « Qui suis-je et que faire pour être vraiment moi-même ? » A ces questions les mythes donnent des réponses précises tandis que les contes les suggèrent laissant à celui qui les écoute ou les lit, la décision d’appliquer à lui-même ce que le conte lui aura révélé.

Les livres de J.K. Rowling, tels les contes nous introduisent à la rencontre du plaisir et du chagrin, de la peur et de la joie, des épreuves et de la victoire du Bien sur le Mal. N’est ce pas là notre réalité de tous les jours ?

Comme chacun d’entre nous, Harry doit s’efforcer à surmonter les difficultés de sa condition humaine et de son origine. Comme chacun d’entre nous, il est placé dans des situations inconfortables, angoissantes et il doit s’appuyer sur toutes ses ressources pour s’en sortir !

Ces livres nous plongent dans un monde magique où le temps est sans lieu et les lieux hors du temps, mais ou l’action se déroule au travers de personnages reflétant nos passions les plus basses et nos désirs les plus élevés.

Chaque ado est un Harry Potter !

Harry est un adolescent classique. Il aime rire, s’amuser, il a des amis, des ennemis. A 14 ans, il veut sauver le monde. Rempli d’idéalisme, il incarne ce qui gonfle le cœur de nos jeunes. (Même si cet idéalisme à plus de mal à se révéler au grand jour cette dernière décennie) Comme tout ado, Harry est confronté à des situations qu’il ne sait pas gérer. Ses sentiments amoureux face à la ravissante Shoshang, par exemple. Ou encore ; il se révolte contre l’image paternelle incarnée par le directeur de l’école. Celui-ci d’ailleurs, face à une attitude que Harry lui reprocha, ne craint pas de répondre en disant « C’est une erreur de vieil homme. » Prenons-en de la graine en sachant reconnaître vis à vis de nos jeunes que parfois, en voulant faire pour le mieux, il nous arrive de nous tromper…

Confronté au Mal, se mettant parfois sans le savoir, au service du mal, le jeune héros affronte et s’efforce de trouver son chemin pour grandir dans un monde où il a du mal à distinguer les bons des mauvais ! Une intégrité personnelle, un respect de l’autre et de la Vie permettra à Harry Potter de ne pas tomber dans la violence. N’est ce pas cet exemple qui est plébiscité par les jeunes ?

Notre monde est-elle très différente de celle décrite par J.K. Rowling ?

Si Harry semble savoir jouir de pouvoirs qui nous sont inaccessibles, le cadre dans lequel se déroule l’intrigue, à savoir l’école des sorciers, brosse un tableau bien semblable à celui de notre société contemporaine !

« Ce qui est impressionnant en lisant ces livres est la richesse d’une lecture à deux niveaux. D’un côté il y a les intrigues palpitantes des aventures rocambolesques du jeune héros malgré lui mais par ailleurs il y a cette allégorie du monde sociétal humain transposé dans une école de sorciers. »

L’expansion des médias et des moyens de communications confronte les enfants à un imbroglio d’informations contradictoires dans lequel ils doivent grandir. Le paradoxal mélange d’amour et de haine qui envahit le quotidien de l’histoire du monde mêlé à tous ces désirs et ces peurs, forme un chaos incompréhensible. N’est ce pas ce monde qui est décrit de façon allégorique dans le roman d’Harry Potter ?

En effet, autour d’Harry Potter s’organise un monde bien semblable au nôtre. La lutte des classes est marquée par les rivalités entre les « sang de Bourbe » qui n’ont pas d’hérédité de sorciers et les enfants descendants d’une lignée de sorciers. Cela permet à l’auteur de transmettre en filigrane la bêtise cruelle des attitudes fascistes ou racistes…

La question de la discrimination, du rejet de ce qui est différent est amenée au travers d’attitudes de certains personnages vis à vis des elfes, des gobelins ou des géants.

J.K. Rowling n’hésite pas à mettre en scène des vengeances qui se répercutent d’une génération sur une autre ou encore toute la gamme des vices et vertus humaines dans les personnages des professeurs. Rien ne semble oublié, ni la naïveté vaniteuse des responsables politiques, ni même la presse à sensation ! Celle-ci symbolisée par la journaliste de la « Gazette des Sorciers » qui, ayant le pouvoir de se déguiser en moustique, n’hésite pas à rendre public le moindre ragot de bas niveau en traitant l’événement de façon perverse et tordue !

L’univers d’Harry Potter n’est donc guère plus édulcoré que le nôtre ! On y retrouve toutes les ambiguïtés du caractère et des ambitions humaines. Celles que nous rencontrons tous les jours…

Des scènes effrayantes ?

« Je ne sais plus vraiment quoi penser, dit Martine, toutes ces scènes un peu effrayantes que j’ai vu dans le film – je n’ai pas lu les livres – n’est ce pas un peu perturbant pour les enfants ? Ne dois-je pas déconseiller ces livres à mes enfants ? »

Oui, la vie à Poudlard n’est pas toujours rose. Comme dans la nôtre, la violence et la mort font partie du tableau. La sorcellerie n’empêche pas de mourir ! Harry voit mourir son ami sous ses yeux.

La mort semble être devenue un tabou dans notre société. Son aspect incontournable et incontrôlable apparaît comme intolérable à ceux qui croient tout pouvoir maîtriser.. Curieusement certaines personnes se choquent de voir la mort présente dans des livres pour enfants mais ne semblent pas dérangées de voir ces mêmes enfants se gaver de films sanguinolents et meurtriers parce que …les scènes sont filmées dans des lieux réalistes ! Comme si penser à la mort était plus néfaste que de voir des gens mourir…

La masse brute du monstre qui essaye d’exterminer Harry Potter et ses amis est bien sûre effrayante. Ce géant renvoie à l’agressivité la plus brute, il aime détruire pour détruire…incarnation de la jouissance du Mal. Mais cette force pulsionnelle bête et méchante, qui nous pousserait à ne céder qu’à notre propre désir, ne fait-elle pas partie de la nature humaine ?

Mot de la fin

Pourquoi les forces positives ripostent-elles avec plus ou moins de succès face aux énergies négatives, maléfiques et destructrices symbolisées par le personnage de Voldemort ? Le directeur de l’école l’explicite à Harry « Ce qui te sauve, c’est ce que Voldemort n’a pas : l’Amour ! »

Cette merveilleuse saga, en plus d’avoir redonné à nos enfants le goût de la lecture, ne transmet-elle pas de quoi rêver sans avoir recours à la marijuana… ?

 

 

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