Home Articles par Edition La Libre Essentielle Être mère aujourd'hui
Être mère aujourd'hui PDF Imprimer Envoyer

Qu’ont-elles à transmettre ces mères qui se débattent à organiser le quotidien et à éduquer leurs enfants ? Quels gestes, quelles décisions feront d’elles des «  mères suffisamment bonnes » ? « Le jour où je me suis retrouvée face à mon enfant nouveau-né, j’ai compris que ma vie ne serait plus jamais comme avant » me dit Ariane. Eh oui, désormais, une responsabilité incontournable, une préoccupation de tous les jours, un amour livré sans mode d’emploi, sera l’apanage de sa vie quotidienne.

« L’essentiel pour moi est d’être à l’écoute de mes enfants et je me retrouve bien démunie face aux remarques insidieuses de mes parents. J’ai l’impression que j’en fais bien plus que ma propre mère ! Elle me reproche de travailler car cela m’empêcherait de bien élever mes enfants. Comme si les différents problèmes de mes enfants résultaient tous de ma faute ! Au fond, c’est quoi être une mère de nos jours ? »

Il n’y a, bien sûr, pas de vérité immuable concernant la place et le rôle des mères. C’est à chacune d’entre elles de construire sa propre réflexion  à ce sujet. Il n’empêche,  la maternité est faite de questions, les femmes ont besoin de réponses ; arrêtons-nous un moment sur cette thématique. 

Peut-on ne se fier qu’à l’instinct maternel ?

L’instinct maternel existe-t-il vraiment, nombre de scientifiques le réfutent. « Entrer en maternité » ne se fait pas forcement de manière simple et automatique comme on l’a pensé au nom d’un « instinct maternel » ou d’un « programme génétique ». Etre une mère c’est beaucoup plus complexe que cela !

Le propre de l’humain se caractérise par cette disponibilité affective qui, éclosant brusquement ou pas à pas, s’ouvre à l’enfant qui naît. Toute maternité entraîne une crise d’identité qui renvoie la mère à son histoire, à sa mère et à l’enfant qu’elle a été. C’est pourquoi le sentiment maternel ne peut être comparé à un instinct, ce sentiment fait appel à une maturation qui doit s’ancrer, qui évolue tout au long de la relation avec son enfant. Si la mère fait l’enfant, il ne faut pas oublier que c’est l’enfant qui fait d’une femme une mère !

« Pour mon premier enfant, je voulais être la mère idéale, celle que ma mère n’a jamais été ! Mon enfant devait être celui qui ne m’attirerait que des compliments. Le temps m’a appris. que tout cela n’était qu’un rêve ! Avec les enfants suivants j’ai compris que la mère idéale, pas plus que l’enfant idéal, n’existe pas. Maintenant mon souci est de les accompagner au mieux toute leur vie. Cela me semble une ambition légitime ! »

Une constante

Qu’il s’agisse d’un déménagement, d’un choix professionnel ou d’une décision de séparation, une question vient spontanément à la bouche de la plupart des mères : "Est-ce bon pour les enfants ? "» Avant, en général, les mères se contentaient de mettre au monde et de veiller aux besoins matériels des enfants ; de nos jours, les mères sont extrêmement sensibles au bien être psychique des enfants. Il faut dire qu’il a fallu attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour qu’émergent les prémices de la prise de conscience qu’un enfant pouvait, au même titre qu’un adulte, souffrir de blessures affectives…

Le bien-être de l’enfant est devenu une valeur centrale. N’empêche que comme le dit Françoise Dolto : « L’enfant ne peut pas être le centre du groupe, c’est en étant à la périphérie qu’il se développera le plus sainement. » Mais de nos jours l’enfant n’est-il pas parfois « trop » au centre de nos préoccupations ?

Les mères araignées

Surgissent, aujourd’hui, un nombre considérable de celles que j’appelle les « mères araignées ». Je vois déjà se froncer vos sourcils, « Mais avec quoi vient-elle maintenant cette psy ! » ? Force est de constater que cet engagement maternel intense, cette tendre sollicitude qui cherche à veiller au plus grand bonheur possible des enfants, peut entraîner une difficulté à « lâcher » l’enfant.

La « mère araignée » est celle qui dispense tellement d’amour enveloppant et protecteur que sans s’en rendre compte, elle y enferme, elle paralyse son enfant dans cette toile affective. En effet, lorsque l’adulte manifeste une disponibilité quasi totale par rapport à l’enfant, ce dernier est pris au piège de cette sollicitude. Ne pensant qu’à combler, maman pense à la place de l’enfant, fait à sa place. « Vous comprenez, je lui prépare ses  affaires le soir car il pourrait avoir une punition s’il n’a pas son maillot de bain » ou « Il pourrait avoir faim s’il oublie sa boîte à tartines » me dit Maryse en parlant de son fils de 10 ans…

Eduquer ses enfants « en faisant à leur place » pour que tout soit impeccable, pour qu’on ne puisse rien vous reprocher, est-ce cela être une bonne mère ? » Non ! Eduquer ses enfants « pour eux »,c’est les préparer à savoir vivre sans nous… L’important n’est ce pas d’accompagner les enfants en leur permettant erreurs, échecs et oublis ? Cela les amène à apprendre à penser, à résoudre des problèmes et à, ainsi, devenir autonomes. L’idéal n’est donc pas de toujours rendre service, ni d’être au service de ! Qu’on se le dise de mère à mère! Les enfants ont besoin de voir le vrai reflet de la vie. Si la vigilance est utile, vouloir combattre toutes les questions que l’enfant aura à vivre est un leurre ! 

Gare à la culpabilité

Aujourd’hui tant de théories explicitent ce qui est bon au mauvais. Pas facile de ne pas tomber dans la culpabilité, de ne pas se sentir jugée si l’enfant est un peu mince, ne réussit pas à l’école, gesticule de trop, n’a aucun goût pour le sport ou que sais-je encore…De ne pas se sentir coupable de n’avoir pas le temps d’organiser des goûters d’anniversaire ou de décorer la maison pour Noël, ne pas toujours être calme et disponible.

Gare à la culpabilité de ne pas se sentir la mère parfaite parce que « …Parfois je crie…Je lui donne une fessée quand il me pousse à bout…J’ai vraiment pas eu envie de le conduire chez son copain…J’oublie parfois de préparer le sac de sport…etc. »

La culpabilité est pernicieuse. Lorsque l’on croit ne pas donner assez de tendresse à ses enfants, par manque de temps, de disponibilité ou d’énervement, on se sent en dette vis à vis d’eux. Trop souvent on voit les parents chercher à payer cette dette en offrant toutes sortes de babioles qui, c’est certain, ne remplacent en rien l’amour ! L’amour est le socle de la confiance en soi et en l’autre, il ne s’achète ni ne se vend, il se donne… 

De plus, la culpabilité cherche en général à éviter le conflit ce qui entraîne l’incapacité de dire NON à son enfant. Voilà un cadeau empoisonné ! Sans mise de limites à son désir, l’enfant ne peut se structurer et acquérir les notions de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas. Ce principe appelé respect de la Loi est la base de la socialisation…

Ne penser qu’à combler par sollicitude forcenée ou par culpabilité produit des ado de 1m80 qui hurlent et frappent comme des enfants de 3 ans…Une mère doit se défendre par rapport à son enfant. Si elle doit être celle qui prend du temps pour l’écouter, elle doit aussi être l’adulte qui commande. Ce qui est plus difficile pour les mères seules qui plus est sont souvent culpabilisées…

Ce qui paraît certain, c’est qu’en matière de temps c’est la qualité qui compte plus que la quantité ! Mais cette qualité de temps ne signifie pas qu’il ne faille que» ou « jouer » avec l’enfant ou le « dorloter » . Cette qualité fait aussi appel à prendre du temps pour transmettre des valeurs. Une valeur essentielle sera celle du respect de la Loi qui permet à l’enfant de développer son sens des responsabilités vis à vis de l’autre. Oser affirmer son autorité en ce sens est un enjeu parental essentiel.

Les enfants élevés dans une sphère d’harmonie idéale ont parfois nettement plus de difficulté à se heurter aux aléas de la vie. Ne pas être une mère parfaite leur permet d’apprendre à se débrouiller sans nous…

Sans doute aura été une mère suffisamment bonne celle qui aura accepté qu’elle puisse être un peu mauvaise ! C’est cette mère qui, soulagée d’avoir fini son travail d’éducation, verra son enfant quitter le domicile familial pas trop tard, quand il en ressentira le besoin. Quand il pourra élaborer le projet d’être indépendant car, l’aidant à partir, sa mère lui aura fait comprendre qu’elle ne se sent pas abandonnée…


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