Home Articles par Edition La Libre Essentielle Le choc de la rentrée
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La rentrée scolaire. Pour certains enfants c’est l’entrée dans un monde nouveau, entrée en classe gardienne, entrée en 1er primaire, entrée en humanité ou début d’études supérieures. Plongée dans des mondes remplis d’incertitudes, d’inconnues et de découvertes à faire.

Pour d’autres, si la rentrée scolaire n’est que la continuité d’une traversée, il n’empêche qu’existe l’inconnu des retrouvailles. « Tel ami sera-t-il encore là ? » et le stress d’avoir à ré affronter les inimitiés. « X sera-t-il devenu plus fort ? Avec quoi va-t-il cette fois m’ennuyer ? 

Entrée en maternelle  

Pour certains petits, l’entrée en maternelle est la première séparation programmée et systématique d’avec le milieu familial. Même s’il n’y a pas encore l’enjeu de « la réussite », aller à l’école fait accéder l’enfant à un statut comparable de « maman qui va au bureau » ou « Papa qui va à son travail ».

La vie prend donc un nouveau tournant qui sera pour les uns, une courbe douce, tandis que pour d’autres c’est un virage à angle droit ! Alors que pour certains c’est l’occasion de vivre de nouvelles aventures, pour d’autres c’est un choc déclencheur de larmes, cris, accrochages de jupes, signes avant coureur de l’angoisse de séparation.

Pour ces derniers il suffit parfois de quelques jours pour que tout rentre dans l’ordre et puis il y a ceux qui semblent ne pas pouvoir affronter l’épreuve et qui chaque matin demandent et redemandent des marques d’affections de la part du parent qui le dépose. Si l’enfant qui semble en état de désarroi total retrouve son calme dès que le parent a le dos tourné, il y a lieu de s’interroger pour quoi et pour qui cet enfant se lamente à ce point…Dans ce cas, très souvent, l’enfant ressent la tristesse du parent de quitter son enfant et face à ce désarroi, l’enfant s’efforce de le rassurer de son amour en manifestant tout le chagrin possible au moment de la séparation. L’enfant veut montrer au parent sa loyauté, lui signaler qu’il ne l’abandonnera pas… !!! N’est-il pas plus adéquat, pour l’adulte et pour l’enfant, de ne pas s’attarder ? Un baiser, une bonne accolade, une promesse de se retrouver plus tard, un pas résolu vers la sortie sans se retourner tous les mètres seront un vrai soulagement pour l’enfant qui reçoit ainsi le feu vert pour s’engager dans une nouvelle vie sociale sans la culpabilité de trahir le parent !

La première primaire

Arrêtons, aujourd’hui, quelques instants, notre réflexion sur la première année primaire.

Nombre d’entre nous, ont oublié ou ne réalisent pas qu’il s’agit là de l’année la plus difficile de toute l’aventure scolaire d’un élève. Dans sa compréhension et son appréhension du monde, un jeune enfant trouve ses références dans le concret des cinq sens et dans son ressenti émotionnel. Ce sont ses outils pour découvrir et comprendre ce qui l’entoure. Voilà qu’à partir d’une date, un début de septembre, l’adulte exige de lui, de s’aligner sur une préhension du monde à partir d’éléments abstraits. Il doit faire l’apprentissage d’un langage commun : celui de la symbolique des lettres et des chiffres.

Exemple. Dorénavant, DODO est un son qui ne se référera plus uniquement au vécu, par exemple, de la douceur d’un lit douillet, d’une lumière tamisée, d’une histoire racontée mais deviendra aussi un « mot » qui « s’écrit » avec deux D et deux O. Dans la foulée, ce même enfant devra acquérir suffisamment de souplesse dans sa gymnastique mentale pour accepter qu’une lettre D n’a rien à voir avec le dé à jouer qui vous accorde, si on a la chance de la bonne couleur, de gagner au jeu ; ou encore n’a rien de commun avec ce capuchon métallique que grand-mère met sur son médium lorsqu’elle recoud les ourlets défaits !

Et si ce n’était que cela, «  Mais pourquoi appelle-t-on O, ce rond vide qui ne rappelle en rien la sensation de ce liquide transparent qui me coule sur le corps ou dans la gorge lorsque j’ai soif ? Ou encore qui me dégouline sur la tête lorsque le ciel est gris et mouillé ? » pourrait se dire notre jeune élève.

Pour le calcul, la même aventure s’impose.  Si pour nous, adultes, il est évident que 1 plus 1 font 2, la logique enfantine est bien différente ! « Le professeur m’explique que 1+1=2 et encore 1 font 3. Pourtant moi, je ressens les choses différemment. Petit, j’ai expérimenté que même si nous étions deux, souvent maman et moi faisions 1 ! Un jour, mon petit frère est né, c’est avec lui que maman est devenue un et moi je me suis senti plus rien du tout, ;  ce que les adultes appellent « zéro » et qui d’ailleurs est un rond vide comme le 0 de dodo. Pourquoi dois-je apprendre des choses qui ont si peu de sens et si peu de logique ? » 

Cette petite démonstration vous permettra, peut-être, de mieux imaginer et donc de mieux comprendre pourquoi pour certains enfants (et je ne parle pas de moindre intelligence !) le passage à l’abstraction est un réel parcours du combattant !

Entrée en humanité

Celui qui faisait parie des « grands » en primaire retombe dans les « petits » avec toutes les angoisses qui s’ensuivent. La rentrée en humanité s’apparente à une rentrée dans la mêlée ! Nouvelle naissance à un monde dont le jeune ado ne connaît pas encore les ficelles, comment se défendre ? Comment établir des alliances dans un univers dont les rouages lui sont inconnus, dans un monde souvent sans pitié ou cherchent à se mettre en place les rapports de pouvoir, de domination des uns sur les autres.

C’est l’entrée dans un monde où la violence est souvent de mise, où plane le spectre à la fois tentant (parce qu’interdit) et angoissant de la drogue. Pour couronner le tout l’ambiance est imbibée du stress de la réussite car il paraît que « son avenir en dépend »… Tout cela dans le flou d’un corps qui change, l’enfant n’est plus mais l’adulte est encore loin. Une identité doit se forger différente de celle des parents, semblable à celle des pairs.

Entrer en humanité, c’est chercher à poser ses marques dans un univers social élargi, c’est révéler au grand jour le potentiel que l’enfance à permis d’emmagasiner, c’est faire ses premiers pas dans la « vie active ».

Notre attitude de parent. 

La conscientisation de la distance et de la différence entre l’appréhension du monde par la logique enfantine et la logique de l’adulte, devrait conduire à une autre prise de conscience : celle de l’importance de nos réactions et de nos attitudes de parents face aux balbutiements de l’expérience scolaire d’un enfant.

Établissons une analogie. Notre attitude, face à un nouveau cap de la vie d’un de nos petits, sera la chaîne sur laquelle l’enfant tissera son vécu. Sur cette chaîne composée de nos regards, de nos remarques, de nos impatiences ou au contraire de notre compréhension, l’enfant tissera une trame teintée d’un sentiment de compétence affaibli ou renforcé par l’expérience de ces changements clés de sa vie.

Un élément n’est pas à négliger : de manière imperceptible ou consciente, notre propre histoire scolaire teinte et est aussi constitutive de cette chaîne… « Mais alors, clamerons certains d’entre vous, moi, mon parcours scolaire a été catastrophique,  mon histoire va-t-elle donc handicaper celle de mon enfant ? » Ceci serait un raccourci bête et méchant ! Bien sûr que non ! Il faut simplement veiller à prendre de la distance par rapport à sa propre histoire afin que l’enfant puisse aller son chemin et ne soit pas, insidieusement, poussé à devoir répéter l'histoire d’un échec ou d’une réussite éclatante…

Soyons donc attentifs, dans notre tendre sollicitude, de ne pas squatter le cartable de nos petits en en sortant les cahiers à la place du propriétaire, à ne pas confondre aide et assistance avec faire les devoirs à la place de l’enfant pour avoir des beaux points , à ne pas s’attribuer les résultats comme des échecs ou des réussites personnelles…En un mot ne pas se substituer à l’enfant ou faire de sa scolarité notre propre aventure.


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