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Lorsque la sécurité engendre plus de stress que de sérénité…

La sécurité est devenue un incontournable maître-mot du discours quotidien. Ce concept ne recouvre pas seulement le maintien de l’ordre tel que la lutte contre le terrorisme ou des vols de tous genres. La sécurité implique aussi la sûreté de la personne, la sûreté de l’enfant afin, qu’à l’abri du danger, ils puissent vivre dans un état d’esprit confiant et tranquille. 

L’inflation de la « pensée sécuritaire »

Se conformer aux normes de la sécurité, c’est bien plus que de se prévenir contre les risques d’agression. C’est aussi devoir se soumettre aux progrès de la Science et de la Technologie ! 

Ainsi, par exemple, dés sa conception le fœtus est surveillé en vidéo. Pour une grossesse tardive, l’amio synthèse est fortement recommandée par le corps médical ; même dans le cas où les parents se refuseraient d’avorter… Dès sa naissance, le bébé est sous monitoring, aspiré, contrôle sanguin et autres sont de rigueur. La sécurité c’est aussi, par exemple, soumettre le nouveau-né au test de la mort subite. Etc.

Toute la société est obnubilée par l’éradication du moindre risque ! Ainsi, dès la conception (si pas avant… !), le parent est déjà menacé par la culpabilité de ne pas être « assez prudent ».  Le mot sécurité a enfanté de telles angoisses parentales que de nos jours, les bambins ne peuvent aller à l’école à pied ou en vélo car ils pourraient  trouver sur leur passage un soûlard, un pédophile, un drogué ou que sais-je encore… Du côté des adultes, on les voit souscrire à toutes sortes d’assurances les protégeant car celles-ci attaqueront les responsables qui n’ont pas pu endiguer les risques…

Cet être humain qui, dès sa naissance, est pris dans le carcan du sécuritaire (confins légaux, normes de sécurité de tout ordre) se sent-il encore exister ? Ne courre-t-il pas le risque d’être déresponsabilisé d’une pensée propre ? Car qu’on le veuille ou non, nous voilà contraint d’accorder une confiance aveugle aux techniciens de la Science et de la Technologie car ce sont eux qui nous guident et décident de ce qui est bon ou mauvais pour nous ! 

Ainsi, de fil en aiguille, l’humain ose de moins en moins s’appuyer sur sa confiance dans la Vie et sur ses propres compétences. 

Au nom de la sécurité, les normes sont au pouvoir!

 Le suivi des normes chargées de veiller à notre sécurité engendre une légion de gestes et de paroles plus ou moins obligés qui devraient nous protéger d’un accident. Dans un nombre croissant de situations, nous n’avons plus le droit d’agir à notre guise. Nous sommes obligés de mettre notre ceinture de sécurité dès que nous nous asseyons dans notre voiture, obligés de fermer notre maison à clé car sinon nous ne sommes pas couverts par l’assurance, etc. Il est utile de se rendre compte que plus un individu doit se soumettre  à des lois, plus il devient dépendant de son environnement.  Ainsi, les édicteurs de normes s’assurent le Pouvoir en nous gardant sous contrôle…

Pièges du sécuritaire à outrance

L’Etat Providence, au moyen d’un fonctionnement strict, assume les responsabilités quant à notre sécurité physique et matérielle. Soyons attentifs à ce que ne se crée une société holiste où tous les individus se ressemblent et perdent leur liberté et le sens de leurs responsabilités ! A ce que l’humain, en tant que sujet unique, ne devienne pas insignifiant. De plus, cette dépendance et cette déresponsabilisation de l’adulte quant à sa vie, nous assure-t-elle une sécurité psychique ? Car rappelons-le, la sécurité a aussi pour but de nous assurer une tranquillité psychique.

Le sécuritaire doit garantir une certaine liberté  or lorsque le moyen, c’est à dire le sécuritaire l’emporte sur le but c’est à dire l’épanouissement de la personne, la liberté se perd ! Qu’en est-il de notre liberté pour laquelle tant d’hommes sont morts ? N’est-elle pas ce que nous avons de plus cher ? Ne sommes-nous pas en train de la perdre à force de courir derrière la chimère d’une sécurité par rapport à tout et de chaque instant ? 

En fin de compte, cette sécurité tous azimuts nous protège-t-elle ou nous fragilise-t-elle ? Trop de réglementations ne finissent-elles pas par être des atteintes à la vie privée ? Avons-nous déjà évalué le stress que peut provoquer le sécuritaire ?

Quel stress, cette sécurité !

Rappelons que la dépendance d’un individu à son environnement est déterminée par la part laissée à la liberté d’action et la part déterminée par la société qui lui ordonne ce qu’il doit faire. Or, souvent actuellement, au nom de notre bien, la sécurité  vient ficeler notre quotidien et ceci parfois au mépris de notre bon sens et de notre débrouillardise…

Un petit exemple parmi tant d’autres : ce n’est plus notre sens du goût qui détermine qu’un produit n’est plus bon à consommer, c’est la date marquée sur l’emballage… Nous devenons tous de plus en plus dépendants des normes établies. Sans nous en rendre compte, nous avons de moins en moins à dire, de moins en moins droit à des initiatives propres qui seraient les guides de notre vie.

Nombreux sont les parents qui n’osent refuser le test de la mort subite car ils ne peuvent prendre le risque d’un accident…Si l’enfant venait à arrêter de respirer, ils se sentiraient coupables de ne pas avoir tout fait pour arrêter la roue du destin. Mais, face à une réponse positive du test, combien de parents n’ont-ils pas vécu  un stress d’enfer pendant plus d’un an à cause d’une machine qui risquait à tout instant de sonner l’alarme. Sans compter toutes les fois où la sonnerie a fait bondir les parents jusqu’au bord d’un petit lit où, dormait paisiblement un enfant ! Celui-ci bien sûr n’est pas épargné dans l’aventure car rien n’est plus inquiétant que d’être réveillé en sursaut et de voir une ou deux paires d’yeux sur d’un visage déformé par la peur, se pencher au-dessus de lui comme s’il était un monstre…

Autre stress du sécuritaire : le diplôme ! Les parents veulent que leurs enfants  «soient épanouis et réussissent dans la vie », ce qui, bien sûr, est légitime. Mis le spectre de l’échec nourrit l’angoisse parentale. Leur besoin d’être rassuré,  c’est à l’enfant d’y répondre par le biais de ses résultats scolaires…Ainsi dès le retour de l’école, après avoir questionné avec fébrilité les dernières cotes récoltées, les parents s’arc-boutent sur les devoirs, souvent au prix d’affrontements ou de désespérance. Tout cela au nom de la sécurité…Ces enfants, surstimulés dès leur jeune âge, se retrouvent souvent cinq, dix ou quinze ans plus tard ne voulant plus rien faire, détestant l’école, pensant qu’ils sont nuls ou devenant violents à force de désespérance…Le but sécuritaire est-il atteint ?

Que penser de cette gamine de 10 ans, très bonne élève, d’accors, mais incapable de traverser la route seule tant elle est habituée à tenir la main de l’adulte…

Constats et perspectives d’avenir ?

L’évolution actuelle entraîne la mort des identités. On globalise, on légifère à tous les niveaux au point que sous la bannière du sécuritaire qui vend « un monde sûr et protecteur », la différence des désirs individuels est de plus en plus annihilée. La prise de risque est interdite, or c’est une initiation nécessaire pour passer de l’enfance à l’âge adulte et elle n’est plus programmée. Cette continuelle addition de contraintes, fonctionnarise la vie. 

Or,  la vraie vie, n’est-elle pas la joie du désir et de l’imprévu ?

Mais le contrôle est devenu, au nom de la sécurité, un autre maître mot. « Tu peux jouer dehors, mais ne vas pas là où je ne te vois plus » disent nombre de parents à leur enfant. Le contrôle c’est le pouvoir du « regard » qu’il soit parental, scientifique ou technique. 

Osera-t-on encore faire confiance à la créativité spontanée de la Vie ? Avec cette emprise du contrôle à tous les niveaux au nom de la sécurité, le hasard est à bannir car il est soumis à la loi de l’Incertain. A cette loi qui pousse la pensée humaine à s’ouvrir, à se développer, à s’adapter, à évoluer. Efforçons-nous de rester des maîtres à penser par nous-même plutôt qu’attendre que vienne toujours d’ailleurs la réponse adéquate à nos craintes face à la mort ou à la maladie ou à la différence.


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