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Quelle importance accorder à ces moments de convivialité que sont les repas pris en commun ?

«  En voyant mes enfants grandir, je me suis rendu compte que de la vie professionnelle des parents et de la diversité des loisirs de chacun d’entre nous, il en résultait une mauvaise organisation des repas. » En effet, sous la poussée de nouveaux modes d’organisation du travail, la culture alimentaire des familles a fortement évoluée au cours de ces dernières décennies. L’organisation du temps familial semble avoir très mal résisté aux modifications de notre société, en particulier au niveau des repas. La structure traditionnelle des repas familiaux a tendance à disparaître.

Maggy a deux enfants en bas âge, 3 et 5 ans. « Si nous mangeons en famille ? C’est rare. Le matin c’est la course. J’habille les enfants pendant que mon mari prend sa douche. Ensuite il prend le relève en leur glissant un yaourt dans la bouche tandis que le café coule et que je m’habille. Nous avalons chacun notre tasse et hop en voiture, école et boulot ! Le soir les enfants mangent avant nous, mon mari rentrant plus tard. Le week-end? Très rarement, ils sont petits et nous préférerons manger à nous deux. » On est loin de l’époque où, en compagnie des parents les enfants avalaient un bol de lait frais agrémenté d’une tartine  garnie de la confiture faite par grand-mère…

Bien sûr, ce n’est pas toujours facile pour les adultes de se mettre au diapason d’une conversation d’enfant, parfois hésitante, parfois répétitive, parfois logorrhée. Heureux, pourtant, ceux qui peuvent se souvenir de ces moments gratifiants pendant lesquels l’adulte prenant le temps de nous écouter, nous donnait l’occasion d’apprendre à s’exprimer. 

Notre culture favorisant l’hyper individualisme oublie parfois que la véritable richesse de l’humanité est la relation, être ensemble, se dire des choses. 

Les repas familiaux, une leçon de choses !

Les repas, expériences de vie communautaire sont de réelles « leçons de choses ». Moment où l’enfant doit attendre de parler qu’un autre ait terminé sa phrase avant d’intervenir à son tour. Moment où l’adulte se met en retrait pour se mettre à l’écoute de l’enfant. Moment d’apprendre le respect de l’autre par la transmission de certaines normes de politesse ; moment où l’on apprend à échanger, à confronter les différences d’opinions, de vision des faits, etc. Occasion de limiter la liberté individuelle car « il en faut pour tout le monde « de ce bon dessert à la vanille » Ainsi apprend-on à négocier le relationnel,  à construire l’être social de chacun, à développer la concentration et le sens critique. Le manque de ces capacités n’est-il pas trop souvent reproché aux jeunes d’aujourd’hui ?

Les adultes n’oublient-ils pas parfois que l’épanouissement existentiel et émotif des enfants ne peut se réaliser que si un individu trouve un équilibre entre le respect de lui-même et celui de l’environnement ? Prendre le temps d’être ensemble, de nous parler permet à l’enfant de ne pas se sentir seul. Partager le pain quotidien reste un geste symbole de solidarité et de fraternité.

« Me rendant compte que de plus en plus souvent, chacun d’entre nous allait se servir un peu n’importe quand en mangeant un peu n’importe quoi, je me suis dit qu’il était grand temps de ré instaurer des repas familiaux ! Cela nous a permis de refaire connaissance avec nos enfants… »

Les repas en famille : un supplément alimentaire !

Les repas en famille sont des lieux d’échanges des plaisirs et des peines de chacun. Lieu de confrontation des idées et des vérités subjectives. Bien plus qu’un temps de remplissage nutritif biologique, le repas en famille nourrit notre esprit et notre âme. Ces moments privilégiés ont pour mission de resserrer les liens, de dénouer l’écheveau du quotidien. Il met ensemble des membres d’une famille, non pas pour construire une belle unanimité, un faux œcuménisme familial mais pour donner une chance de plus à la communication, au débat. Pour confronter et construire ensemble ce qui fait la spécificité de cette famille là, dans un dialogue parfois lent à s’établir, parfois difficile mais déterminant pour la structuration des différentes personnalités qui se retrouvent autour des plats. Chacun avec son originalité, sa richesse, sa vision des choses complémentaire ou contradictoire, convergente ou divergente ! 

Cette composante émotive accompagnant la nourriture, forge nos racines, notre sentiment d’appartenance et celui de ne pas se sentir seul au monde. Il en est ainsi depuis le premier jour de notre existence. Le tsar Nicolas II tenta une expérience terrible. Dès leur naissance, il fit nourrir 100 bébés avec une nourriture parfaitement appropriée mais en interdisant toute interaction ou parole adressée personnellement aux enfants. Ils sont tous morts endéans les six mois…Plus de repas en famille aideront sans doute nos enfants à se sentir moins seuls, moins désespérés de n’avoir pour partenaires que le confort matériel le plus sophistiqué soit-il…

Partager nos repas avec les ado…

« Moi, les repas en famille, cela me rase ! Mon père est rivé aux nouvelles dispensées par la télé jamais éteinte. Ma mère ne parle que de vider les plats. Ma jeune sœur je n’ai rien à lui dire. Je me sens totalement hors jeu et suis bien plus content de me réchauffer  un petit plat dans le micro onde ou grignoter à mon aise dans ma chambre !  D’ailleurs mes parents ne comprennent pas que je m’intéresse à d’autres choses qu’eux. Et leur leçon de morale je n’en ai rien à cirer »

La télévision doit-elle être conviée aux repas ? Et à table on peut parler d’autre chose que de nourriture ! N’empêche, ne rêvons pas, l’adolescence n’est pas l’âge de la communion communicative entre parents et enfants ! Au contraire, à cet âge, le besoin de distanciation est grand mais cela ne veut pas dire que l’on à rien à se dire. S’intéresser à ce qui nourrit l’expérience quotidienne de nos jeunes signe que nous continuons à nous intéresser à eux, même si parallèlement, ils ne manifestent pas ce même appétit envers les adultes ! Transmettre notre histoire, notre expérience, nos valeurs clés, sans en faire une panacée, parler notre différence ou notre ressemblance, sans jugement de valeur, a toute son importance quelque soit l’âge de nos enfants…

Dresser la table et la querelle cessera

Non par magie, bien sûr ! Quoique déguster un plat préparé avec attention et amour adoucisse sans doute les mœurs. Un plaisir partagé reste toujours plus nourrissant affectivement qu’un plaisir solitaire ! L’intérêt du repas en famille ne serait-il pas de ne pas être uniquement axé sur ce que l’on mange mais d’aussi à avoir à tenir compte de celui avec qui l’on mange ? Peut-être la différence entre le repas pris en tête-à-tête avec le frigo sur un coin de table et celui pris tous ensemble autour d’une table, est-elle la même que celle dénoncée par Socrate : « Certains vivent pour manger, d’autres mangent pour vivre »


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