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 A moins d’être enfant unique, tous nous avons à subir les impondérables de cette relation, lien de sang indissoluble, appelée : fratrie ! Qu’entend-t-on par fratrie ? « Ensemble des frères et sœurs d’une famille », telle est la laconique définition du petit Robert

La trajectoire de l’humanité est parsemée d’histoires entre frères et sœurs des plus glorieuses aux plus dramatiques. Une fratrie pourrait donc être la plus belle ou la pire des choses. Eh oui ! La fraternité « parenté entre frères et sœurs » n’est pas toujours synonyme de charité, solidarité, camaraderie, elle renvoie à bien des paradoxes car comme nous le rappelle un proverbe turc: «  d’un frère, ni la gloire ni la mort ne se peuvent aisément supporter »….

Fratrie côté pile

La bible nous cite de nombreux exemples de rivalité dans une fratrie : Caïn tue Abel, ou encore Jacob, en rusant avec un plat de lentilles, n’hésite à voler le droit d’aînesse à son frère. Le Livre des Proverbes elle nous dit « le frère ennemi de son frère résiste plus qu’une place forte » ! De même, nombre de tragédies grecques relatent les déchirements et les crimes commis au sein de fratries jalouses ou envieuses. Ne dit-on pas que l’on n’est jamais trahi que par les siens ?. Car comme le dit Corneille : « Le sang n’empêche pas de différer de rang » ce qui peut entraîner des vengeances d’une violence froide ou passionnelle puisque « Courroux de frères, courroux de diables d’enfer » ! 

Fratrie côté face

Si pour certains l’injustice dont ils souffrent de la part d’un ou de plusieurs membres de leur fratrie cause une douleur plus cruelle que le fer, d’un autre côté « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » Une réelle amitié entre frères et sœurs n’est-elle pas aussi solide qu’un rempart ? Selon Plutarque « un frère est un ami donné par la nature. »

Au dire des chinois : « Quand les frères travaillent ensemble, les montagnes se changent en or ». Dans une récente interview, Amélie Nothomb n’hésite pas à nous expliciter comment le lien et le soutien de sa sœur lui a permis d’être ce qu’elle est aujourd’hui.

 Que ce soit dans des romans où dans la vie de tous les jours, les exemples de la richesse du lien indissoluble entre frères et sœurs n’est plus à démontrer. En cas de coup dur, n’est ce pas au sein de sa famille que chaque être humain rêve de trouver réconfort et soutien ? Pour cette raison sans doute tout parent souhaite voir ses enfants vivre en harmonie et disposant d’un sens du partage. 

Pourquoi plusieurs enfants ?

De nos jours, ce n’est plus le « don de Dieu ou de la nature » qui détermine le nombre des enfants !La famille est individualisée et un planning familial, en fonction d’un choix fait par le couple, détermine le nombre d’enfants voulus.

Autrefois, la limitation des naissances puisait son sens dans l’ambition des couples d’améliorer les conditions de vie de leur famille et d’assurer ainsi la promotion sociale des enfants. Depuis une trentaine d’années, les couples en limitant les naissances, cherchent d’abord à s’assurer l’autonomie de vie qui leur permet un épanouissement personnel.

L’enfant est devenu une finalité choisie par le couple. Au but commun du couple, accepté dès le mariage, de mettre prioritairement tout en œuvre pour élever des enfants, s’y est substitué graduellement un autre but tout à fait personnel : l’accomplissement de soi sous le regard de l’autre et si le désir en naît, son parachèvement par la grâce d’un ou plusieurs enfants.

Ce n’est pas l’avènement de la pilule, nous explique Philippe Ariès, historien de la vie familiale, qui a permis la limitation des naissances car celle-ci se pratique depuis le début du 20ème siècle. C’est la place que l’enfant occupe dans la famille et la finalité qui lui est assignée qui a changé avec l’avènement des nouveaux moyens contraceptifs.

Fratrie d’aujourd’hui : association d’enfants gâtés ?

Nous vivons aujourd’hui un réel paradoxe de société : plus que jamais les parents pensent qu’il est important qu’un enfant acquiert le sens du partage or, l’enfant se retrouve de moins en moins dans des situations qui le poussent à devoir faire une place à l’autre…

Une majorité de parents craignent de ne pas donner assez à leurs enfants ; ils veulent à toutes forces les rendre heureux et la médiation de l’amour passe par l’argent, par les biens matériels. Aussi, il devient de plus en plus courant de constater que nombre d’enfants ont chacun une télévision personnelle, leur propre ordinateur et, de toute évidence, leur propre chambre ! 

Il n’empêche : l’entente cordiale entre les enfants, reste un idéal parental très prégnant et bien compréhensif. Aussi, souvent le discours de l’adulte stimule entre autre « de partager les jeux afin de devenir de grands amis ». A ce propos, je me permets d’attirer votre attention sur le danger de mettre la charrue devant les bœufs, à savoir de demander à un enfant de partager ses biens avant même que celui-ci ne soit assuré du droit d’avoir tout pouvoir sur ce qui lui appartient ! C’est à dire d’être reconnu dans son bon droit de ne pas partager ! 

Si l’on souhaite qu’un enfant apprenne à partager, il faut d’abord que l’objet qu’il partagerait ou donnerait lui appartienne ! Ce n’est que lorsque un territoire est à soi que l’on peut inviter l’autre à y pénétrer. C’est en respectant le sens de la propriété de l’enfant que l’on pourra l’amener à vivre les joies du partage. De quel droit un adulte peut-il décider qu’un enfant doit prêter son jouet alors que ce jouet ne lui appartient pas ! C’est un abus de pouvoir qui entraîne chez l’enfant le sentiment de ne rien avoir à soi, de n’avoir aucune emprise, aucun droit, aucun devoir, d’être, en finalité, bien peu de choses…

Pour se construire, l’être humain à besoin d’un minimum de choses à lui. Cela va d’une certitude d’être aimé au même titre que les autres enfants, en passant par une place claire au sein de la famille, jusqu’au droit à un jardin secret.

Impossible de devenir quelqu’un quand tout est à tout le monde, que rien n’est personnel. Dans ces conditions, pour survivre il n’y a que l’issue de dérober à l’autre, de manipuler ou autres techniques qui engendrent angoisses et suspicion, jalousies et autres sentiments malfaisants…Ce qui se joue alors, c’est la loi de la jungle, la loi du plus fort. Nous voilà bien loin de l’idéal du partage, du respect de l’autre, d’une fratrie unie et solidaire…

Une fratrie sans conflits. Un idéal à poursuivre ?

Dès que quelqu’un est en présence de quelqu’un d’autre, il y a possibilité de conflit donc bien sûr, le nombre des enfants…multiplie d’une manière exponentielle les risques de conflits ! Une tradition morale prône comme vertueuse l’absence de conflits dans la relation à l’autre niant le fait que pour grandir, progresser un enfant à besoin de rencontrer, de se confronter à la différence. Nous avons tous à apprendre à nous battre pour trouver notre place dans la société, la fratrie ne serait-elle pas un excellent banc d’essai puisqu’elle est notre premier bain social ?

A l’instar de leurs parents, les enfants d’aujourd’hui, la proclamation des droits de l’enfant oblige…, sont aussi en quête d’individuation, d’autonomie et d’épanouissement personnel. Dans le temps on disait « Tu parleras quand tu seras grand et quand tu auras quelque chose à dire ! » De nous jours, la coutume de plus en plus courante est de réunir un petit conseil de famille qui donne à chaque membre de la fratrie la possibilité de formuler ses opinions, de se sentir sur pied d’égalité.

La richesse d’une fratrie.

Un enfant sans fratrie ne doit rien partager, rien ne le menace de dépossession ou de conflit. Il aura donc à attendre les copains ou l’école pour former son identité propre par l’intériorisation de valeurs individuels permettant l’accomplissement personnel et la réalisation de soi.

Se retrouver à plusieurs enfants sous le même toit oblige à l’apprentissage des limites des libertés et des droits personnels sans lesquelles il n’y a pas de vie en société possible. Une famille nombreuse demande une organisation de l’espace-temps, des règlements familiaux, le partage des tâches, la responsabilisation bien agencée si l’on veut ne pas vivre dans le chaos total et dans l’anarchie.

La fratrie incite ainsi à intérioriser des valeurs collectives de solidarité, de tolérance et de respect d’autrui. Le plus difficile sera d’accepter les différences, notamment les signification de tel geste, de tel mot qui d’une personne à l’autre peut acquérir un autre sens. 

En fin de compte, l’important n’est-il pas ce qui peut se vivre et se rire entre des enfants qui partagent le ou les mêmes toits ? Avons-nous à privilégier certains liens parce qu’ils sont de sang ou ne devons nous pas avant tout privilégier la relation et le respect de l’autre parce qu’il est un « frère » dans le sens large du terme ?

Fratries en tous genre !

La diversité de modèles familiaux socialement acceptés au sein de notre société et l’explosion du nombre de divorces, entraînent une non moins grande diversité de possibles fratries ! Des enfants sans aucun lien de sang se retrouvent sous le même toit. Voilà chose devenue courante. Pourrait-on appeler ce nouvel agglomérat, fratrie ?La fratrie serait alors devenue une réalité à géométrie variable ! 

Contrairement à la formation d’un premier couple qui souvent concrétise son union par un ou des enfants, les couples recomposés doivent se construire autour des enfants. La famille est alors composée de plusieurs noyaux qui ne sont pas nécessairement reliés par le sang. Au grand regret de certains enfants, la famille élargie (l’ex conjoint ou les grands parents) refuse parfois de reconnaître les liens fraternels entre enfants issus de parents différents. « A mon père, je ne peux pas dire que Thomas et Ariane sont mes frère et sœurs, il dit qu’ils n’ont rien à voir avec moi. Pourtant, pour moi, Ariane est vraiment comme une sœur, on fait plein de choses ensemble, elle est plus ma sœur que ma vraie sœur avec qui je discute très peu. », raconte Julie. Sans doute, « une sœur », « un frère » peuvent-ils être bien plus qu’une simple relation basée sur un lien de sang. 

Ne devrions nous pas envisager une nouvelle définition de la fratrie ? C’est en tout cas le souhait de bons nombre de ces enfants qui ont réussit à s’accommoder des nouvelles alliances parentales et qui ont tissés entre eux des liens étroits de connivence. 

Qu’elles soient classique ou reconstituées, les fratries lorsqu’elles arrivent à une cohésion interne, permettent le développement de chaque individu, d’une prise de conscience aiguë de son identité et de percevoir la complexité des relations humaines.

Le but d’une fratrie ne serait-elle pas d’apprendre à s’insérer de façon dynamique dans la famille et ensuite grâce à ce modèle, dans la société ? Le but d’une fratrie n’est-il pas d’ouvrir à la dimension de l’amour et du respect de l’autre dans ce qu’il est et dans ce qui lui appartient ?

Si le but est atteint, la mort des parents et l’héritage qui s’en suit ne sera pas l’occasion de s’étriper, de se venger en faisant les pires coups bas….


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