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Les fêtes de fin d’années approchent à grands pas ! Bientôt le petit Jésus sera parmi nous, où donc avez-vous rangé la crèche ? Et le gui de l’an neuf ? Symbole de vie florissante (puisqu’il pousse en hiver alors que les arbres ont perdu leurs feuilles), il faudra y penser ! 

Lisant ces lignes, certains visages deviendront moroses, pour eux : « Je déteste la période des fêtes de fin d’années, c’est une véritable corvée, ça me donne le cafard ! »…

Le sens de la fête se perdrait-il ? Encore un fait de société ? Après tout, ces fêtes, est-ce vraiment nécessaire ?

De tous temps, la fête existe.

L’histoire de l’humanité est liée à l’histoire des civilisations ; elle reflète la manière dont les humains ont cherché à se frayer un chemin au travers d’une Dame Nature tour à tour hostile et généreuse. Depuis la nuit des temps, tous les peuples ont organisé des rituels de fêtes afin de remercier les dieux de leurs faveurs ou encore pour s’attirer leur protection et leur bienveillance. 

Dans les tragédies grecques, le héros est confronté à devoir choisir entre des valeurs essentielles mais contradictoires (amour, honneur, vérité, etc.). Hélas, fait incontournable, malgré l’aide de sa rationalité le héros, en choisissant une valeur, se trompe et faute par rapport à une autre. La destinée humaine continuellement prise dans les rets de drames cornéliens, s’en ressent damnée, abandonnée des dieux. En contre point, face à l’échec du rationnel, Euripide ose introduire dans la tragédie humaine le vent de l’incommensurable, du passionnel, de tout ce qui échappe au pouvoir de la rationalité. Cette dimension, symbolisée par la fête nous offre la possibilité de regarder du dehors, de prendre distance du paradoxe de nos combats quotidiens.

Le raisonnable faisant souvent l’économie de la fantaisie devient rapidement une prison si n’interviennent pas les soupapes de la joie, de l’humour, de la danse, de l’excès propre aux évènements extraordinaires. La vie est un combat et les fêtes en sont les indispensables trêves ! Ainsi, par exemple, de nos jours les moments de détente permettent d’oublier un paradoxe qui concerne bon nombre d’entre nous : l’impossibilité d’allier en toute sérénité vie de famille et vie professionnelle.

Marquant le temps qui passe

La fête vient rompre la monotonie de la routine qui nous livre à Chronos, dieu du temps dont il faut coûte que coûte "« gagner » les faveurs pour ne pas le « perdre » ou être dévorer par lui. Rythmant le déroulement d’une année, les cérémonies festives provoquent une césure dans le quotidien et permettent de donner une place au rêve, à l’irrationnel.

Ainsi, depuis la nuit des temps les humains ont voulu apprivoiser le temps qui s’écoule, par un cérémonial de fêtes traditionnelles. Ces fêtes rythment les années qui passent et marquent d’empreintes symboliques le déroulement de chacune de nos vies en soulignant les moments clés qui acquièrent ainsi valeur de passages initiatiques. Par exemple : baptême, première communion, fiançailles, mariage,…

Soutenant la rencontre

La vie impose une nécessité : se chercher, pour se trouver, se rencontrer pour s’aimer et empêcher ainsi la mort de l’espèce. Parmi les nombreuses stratégies possibles pour se rencontrer, la fête n’en est-elle pas une ?

« Quelle effervescence chez Camille lorsqu’elle peut réunir quelques amis de sa classe ou lorsqu’elle est invitée ! Elle a alors vraiment le cœur en fête ! »

La rencontre est un élément essentiel de notre survie psychique, si à notre naissance personne ne vient à notre rencontre, nous mourrons d’inexistence dans le regard d’un autre, et cela même si nos besoins matériels sont assouvis ! Les fêtes qu’elles soient familiales, culturelles, religieuses ou conviviales permettent de nous sentir reconnus, situés et soutenus par le groupe, facilitant ainsi la construction de notre corps social en soudant les cœurs.

Sollicitant la joie et l’appartenance

Le sens profond de la fête n’est-il pas d’œuvrer au renforcement de l’Etre ? La fête ne symbolise-t-elle pas la rencontre dans la Joie ? Ce sentiment qui nous transporte l’âme car la présence de l’autre nous ravit. Validant le lien elle est une occasion de communiquer son bonheur d’être avec l’autre, de vivre la réciprocité de l’amour, le plaisir du partage.

Enfin le temps de raconter ! La magie de la fête opère, elle tisse des liens de familiarités entre ceux qui la partage renforçant ainsi les liens d’appartenance. Les fêtes en famille soudent car elles enracinent des souvenirs et des liens, renforçant ainsi l’identité fondée sur le sentiment que l’on sait d’où l’on vient et vers où l’on va ; elles sont l’occasion de raconter au travers des légendes et mythes familiaux ce qui l’a fondé et lui donne sens.

N’hésitons pas à cultiver en nous et chez nos enfants le sens de la fête ! De favoriser ces moments où nous désirons nous faire belles, encore plus belles que la tentative de chaque matin devant notre miroir ! De nous parer d’un beau bijou ! D’habiller nos tables ne fut-ce que de quelques branches de lierre ; d’assurer un éclairage accueillant, chaleureux et intime. De favoriser une créativité qui fait lien comme l’organisation de vacances autour de la mise en scène une pièce de théâtre ou d’apprendre à des enfants à créer des milieux de tables avec ce qui a pu se glaner au cours d’une promenade. Développer le goût de la fête c’est ne pas craindre le culte des anniversaires ! Tous ces moments hors du commun façonnent un pan de notre être, nourrissent notre champ sensoriel et font survivre le merveilleux dont nous avons tous, petits et grands, besoin pour entraîner le plaisir de rêver et de pouvoir croire à nos rêves !

Quand la fête sonne faux

 Ce besoin de rêve est inscrit en chacun de nous, les faiseurs « d’évènements », nouveau créneau de marketing, l’ont bien compris. Mais lorsque la fête ne rime pas avec la joie d’une rencontre, malgré tout le faste qu’elle peut déployer, nous nous retrouvons solitaires, dans un monde dépourvu de sens, vivant dans la ponctualité de l’instant qui passe, instant venu de nulle part et sans destination, drogue sans lendemain…

Pourquoi tant de jeunes se saoulent-ils le vendredi et le samedi soir ? Parce qu’il faut « faire la fête ». Hélas souvent la signification à donner à ce mot est absente.

Pour aider les générations à donner un sens à cette locution, la transmission des traditions, cette inscription dans l’histoire dont nous sommes issus, est un moyen privilégié. Hélas, aujourd’hui les traditions ont perdu de leur éclat, même la Noël, fête familiale par excellence qui autour de son arbre réunissait petits et grands se déroule de plus en plus dans l’anonymat d’un restaurant prosaïque… trop souvent, par manque de temps, un anniversaire sera l’occasion du don d’une somme d’argent et non plus l’occasion de déguster ensemble un gâteau avec bougies et chanson appropriée ! 

Aussi c’est, de façon de plus en plus solitaire, que l’individu doit chercher le sens de sa vie. Ceux qui n’auront pas été initié à l’alchimie de la fête, dans le sens véritable de terme, auront plus facilement tendance à donner un sens à leur vie à travers la violence, la drogue ou l’alcool. S’amuser le samedi soir est, pour beaucoup, devenu : « se saouler jusqu’à s’éclater… »

D’autres diront « Pour moi, les rencontres familiales représentent une réelle corvée » Peut-être n’ont-ils eu que l’expérience de « fausses fêtes » celles uniquement axée sur la rencontre pour Avoir quelque chose de l’autre plutôt que sur la joie d’Etre avec l’autre. Ils ressentent alors la solitude, le cafard ou la déception. Comme le sont parfois les fêtes de carnaval ou de réveillon de nouvel an où l’évènement est forcé à coup d’artifices qui ne viennent pas du cœur mais d’une convention qui ne demande que pétards, confettis et boissons à bulles.

La fête fait partie d’une dynamique d’appartenance et d’identification à autrui, processus psychique que tout humain a à traverser, car un « Je » ne peut exister qu’à l’intérieur d’un « Nous » auquel il appartient. Lorsqu’un enfant sent que les moments clés de la constitution de sa famille et de la culture qui l’accueillent, valent « une cérémonie » particulière, cela facilite grandement la possibilité de « donner un sens » à sa vie car il est relié au groupe social. La fête soutenant la créativité de la rencontre joyeuse entre humains, est un si bel ingrédient de notre vie qu’il serait dommage de la banaliser, de la confondre avec consommation ou de la bannir pour « manque de sérieux »…


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