Home Articles par Edition Le Ligueur Les vacances, temps d'autonomie
Les vacances, temps d'autonomie PDF Imprimer Envoyer

Fratrie côté pile
Texst
Grandes vacances: période pendant laquelle les écoles rendent leur liberté aux élèves. Quels trésors se cachent-ils derrière ce mot? Selon le dictionnaire, liberté renvoie à indépendance, autonomie, affranchissement, permission, émancipation, j'en passe et des meilleurs!
Si la perspective des vacances réjouit la plupart d'entre nous, pour d'autres elles se présentent comme une épée de Damoclès.
Écoutons Annie. " Je vois arriver le temps des vacances avec angoisse. Félicie est une enfant épuisante, du matin au soir, elle ne me lâche pas les baskets. J'adore ma fille, mais c'est plus fort que moi, dès le matin, à peine ai-je vu le bout de son nez que déjà elle m'énerve. J'attend le moment où l'école m'en débarrasse pour retrouver un peu de sérénité... Alors, l'idée de l'avoir pendant deux mois à mes guêtres, à ne pas me lâcher du regard..."
Faut pas croire que seuls pensent ainsi les parents. Se remémorant son enfance, Annie exprime ce qui peut se lire dans nombre d'yeux d'enfants: " Lorsque j'étais enfant, et encore aujourd'hui, ma mère était encombrante dans tout ce qu'elle me disait ou...ne disait pas! Sans cesse j'étais à l'affût de ce qu'il y avait dans sa tête. Elle était là, tout le temps dans mon champ de vision."
Que ce serait-il passé entre ces mères et leur enfant pour que la relation soit aussi agglutinée, collante, étouffante? Écoutons à nouveau Annie, elle raconte simplement et clairement son départ dans la vie avec Félicie, semblable
à celui de tant de parents vivant la même difficulté. "Félicie est mon premier bébé. Depuis toute petite je l'ai toujours eu près de moi. Sans doute l'ai-je un peu trop couvée mais je voulais lui donner une vie en rose en la protégeant des dangers du monde extérieur. Jamais elle ne me quittait. Les deux premières années, je vivais sur un nuage. Elle étais devenu un bébé modèle, sans doute modelée à mon désir sans que je m'en rende compte...Je ne l'ai pas vu grandir. Bien sûr, comme tous les enfants, elle s'est mise , par exemple, à marcher mais je ne me suis pas rendu compte du sens et de l'importance de ce fait. Pour moi elle se mettait à marcher simplement parce que un enfant est un humain et donc à un certain âge il est normal qu'il se dresse sur ses postérieurs!
Pour l'élever j'avais arrêté de travailler. Puisque j'étais là pour elle, je n'avais pas conscience, qu'en ne la lâchant pas d'une semelle, je m'accaparait complètement cette enfant. Ce n'est qu'à la naissance de mon fils que j'ai réalisé l'emprise que nous avions l'une sur l'autre et la façon dont, à son tour, elle me pompait l'air. Depuis lors cela ne s'est guère amélioré!"
Et cette maman de résumer en une phrase percutante la souffrance de sa fille: "Le drame pour Félicie est de n'être "chez elle" que là où je suis!"
Quel lien, me direz-vous, entre une réflexion sur le temps des vacances et le récit d'une relation mère-enfant étouffante? Laissez moi vous dire où je veux en venir. Le temps des vacances n'est-il pas un moment de possible "vacance"? En effet, la rigueur des horaires s'estompant permet à la prégnance du regard maternel de s'effilocher. Les commentaires d'Annie vous ont permis de constater l'importance de la fonction du regard; de l'impact du visuel dans la mise en place
de l'interrelation mère-enfant. Le regard favorise donc le lien et par conséquent le sentiment de sécurité que procure la mère à l'enfant. Le visuel favorise "l'accrochage" post natal car le regard est un des facteurs déterminant dans la mise en place "du cordon ombilical émotionnel" reliant l'enfant à ses parents. Cependant un excès de regard à un effet emprisonnant, il ne s'agit alors plus d'un cordon,  qui un beau jour se romps de lui-même, mais d'une chaîne lourde à porter tant pour l'enfant que pour l'adulte. Comme l'explique si bien Annie: " En se mettant sans cesse dans mon champ de vision, Félicie me rend encombrante pour elle...je deviens alors cassante et plus je la repousse au plus elle s'accroche.."
Le temps des vacances n'est-il pas un moment idéal pour essayer de ne plus être encombrant l'un pour l'autre? Le soleil permet de laisser l'enfant jouer au fond du jardin ou d'aller faire un tour en vélo. Sur la plage ne soyons pas sans cesse tendues à l'idée de voir l'enfant s'éloigner du "trou" familial. Sachons fermer la porte de la salle de jeu afin de ne pas avoir à contrôler "malgré nous" ce qui s'y passe. Stimulons l'enfant à faire des camps de vacances, à loger chez des copains et... à faire lui même son petit bagage.
Mais se récrierons certaines mères: " Mais il va s'imaginer que je me désintéresse de lui si je ne veille pas à ce qu'il ait bien tout pris! Si je refuse d'être dérangée pendant ma lecture, mes enfants vont se sentir "jetés"! Ce n'est pas ma vision d'une bonne mère que de ne pas me préoccuper constamment de leur bien-être!"
Le bon amour n'est-il pas celui qui faisant confiance à l'enfant dès son plus jeune âge, lui accorde une plage d'autonomie et ...d'erreurs ou encore de moments durant lesquels  il s'ennuie...? Hors du regard de l'autre il découvrira pas à pas qui il est et ce qu'il souhaite faire de sa vie...Car comme disait Pascal: "Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos dans une chambre."                                                              D.DRORY (juin 97)

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