Home Articles par Edition Le Ligueur Pourquoi les enfants se laissent-ils abuser
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Les événements de cet été ont fortement secoué notre population.. La réaction d'ulcération, spontanée et massive, face aux déviances que certains adultes imposent aux enfants à permis de lever le coin du rideau d'un sujet jusqu'à présent souvent tabou. Étrange, et sans doute heureux, de constater comment depuis lors les langues se délient; nombreux sont ceux qui relatent des attouchements ou pire qu'ils ont eut à subir pendant leur enfance...
Une question revient souvent " Pourquoi donc une grande majorité des enfants restent-ils muets lorsqu'ils ont maille à partir avec un adulte les abusant?" Effectivement, pourquoi tant d'enfants subissant des sévices sexuels ne se précipitent-ils pas dans les bras d'un parent ou d'un éducateur pour conter leur désarroi?
Le silence des enfants est-il à être mis en rapport avec un sentiment de culpabilité? L'enfant se tairait-il car il retire un certain plaisir de cette relation, pour le moins particulière, avec un adulte? Il n'y a, bien sûr pas une réponse unique à ces questions. Chaque cas est différent, mais sans doute le récit de Francette amène un éclairage sur ce qui pourrait se jouer dans le mutisme de certains enfants.
Francette est aujourd'hui adolescente; elle cherche à comprendre les mobiles qui l'ont poussée à se taire face aux "petits jeux" que lui proposait régulièrement le père de sa meilleure copine. Cet homme était par ailleurs un ami de la famille. " Petite, je voulais être considérée comme quelqu'un de sympa. On pouvait faire avec moi tout ce qu'on voulait. Je voulais pas avoir l'air d'une mauviette, d'une chichiteuse. J'aimais que l'on s'intéresse à moi. Cela allait parfois très loin; un jour, à l'école primaire, deux compagnons de classe, sachant que je ne disais jamais rien, me prirent les mains et les écorchèrent sur le crépi du mur de la cour de récréation. Mes mains étaient griffées jusqu'au sang. Je ne dis rien à l'institutrice car j'avais trop peur de ne pas être sympa. Le soir, lorsque je racontai ce petit fait divers à ma mère, elle me répondit:
" Laisse toi faire; ne montre pas que tu es touchée et ils arrêteront leur petit jeu! Il faut rire avec ça..."
Un jour je suis revenue en larmes car ces mêmes garçons avaient pris ma belle pince à cheveux dont j'étais si fière. La réaction de ma mère fut identique, elle me conseilla d'en rire, de faire semblant d'être contente, "d'être bien avec ça" afin de décourager leurs taquineries."
Bien sûr cette maman cru bien faire en poussant son enfant à adopter une attitude passive; sans doute espérait-elle éviter ainsi l'escalade d'un conflit dont l'issue était aléatoire. Vraisemblablement, cette dame, lors de sa propre éducation a-t-elle reçu le message: "Laisse-toi faire et cela passera".
Le comportement passif qu'adopta la petite Francette face aux agissements pervers du papa de sa copine, est probablement lié à l'interprétation qu'elle fit du message maternel. A savoir: il est dans l'ordre des choses de se soumettre à la volonté du plus fort.
" Pendant toute mon enfance, j'ai pris l'habitude de ne rien dire car sinon je n'étais pas sympa. Je voulais avoir une belle image de moi-même chez tout le monde, les profs, les enfants, les amis de mes parents...Je ne voulais pas que l'on ne m'aime pas." Ainsi, Francette n'opposa pas de grandes résistances face aux avances de l'ami de famille.  " Pourquoi je ne disais rien? C'était mon plaisir de ne rien dire. J'étais fière d'être écrasée. Que ce monsieur s'intéresse à moi, c'était comme une félicitations. Ce qu'il faisait n'était pas méchant puisqu'il s'amusait... J'avais très peur que l'on dise du mal de moi."
Pendant plusieurs années, la petite a tout encaissé, sans en dire un mot à qui que ce soi. Elle retirait même un certain fierté à séduire cet homme. Malgré la détresse, le refus intérieur de cette violation de son corps, se faire l'objet du désir de cet homme la rassurait sur sa capacité d'être aimable aux yeux des autres. Une minime part de souffrance était adoucie par un certain plaisir qu'elle éprouvait à constater qu'il n'y avait qu'avec elle  "que l'on faisait comme ça...". Se mettre en place d'objet l'aidait à se confirmer dans le sentiment d'avoir, au regard d'autrui, une certaine valeur.
Francette dit aussi:
"C'était un cauchemar d'être petite.
Je me sentais enfermée dans mes murs de silence.
La nuit, je rêvais que j'essayais de crier mais pas un son ne sortait..."

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