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Souvent, les interventions sur le corps, ou la distanciation précoce entre le corps de l'enfant et celui de la mère laissent des blessures inconscientes profondes.
Celles-ci donnent à l'enfant la sensation d'être doté d'un corps troué par lequel s'écoule sans contrôle possible tout ce qui est de son intériorité. De plus, pour l'enfant, l'univers corporel et l'univers psychique sont indissociables, formant un seul corps; c'est pourquoi un corps vécu comme troué c'est à dire non clos, donne à vivre de violentes angoisses nées de la sensation d'être incapable de se protéger d' agressions extérieures tant physiques que psychiques.
Nombreux sont les parents d'enfants hospitalisés ou nés prématurément qui se font du souci quand à l'issue du "traumatisme" vécu par leur enfant. "Sera-t-il marqué à vie?" ou encore "Notre enfant restera-t-il toujours fragile ?"
Les blessures lors de la petite enfance ne sont pas à sous estimer mais ne sont pas pour autant irrémediables. Le témoignage de la maman de Gérard rassurera peut-être un certain nombre.
A l'âge de 5 mois, Gérard avait été hospitalisé pendant plus de deux semaines subissant diverses interventions médicales. Dès ses 15 mois, il questionna sans relâche la possibilité de fermer un espace ouvert et vise versa. Comment? En passant enormement de temps à ouvrir et fermer les armoires à les vider, à les remplir; fasciné par les boîtes il ne trouvait la paix de l'âme qu'en sachant les fremer corectement, les portes aussi le fascinait. Vraisemblablement, par ce biais, Gérard cherchait à comprendre comment pour clore de façon efficace son espace corporel, afin d'en faire un lieu personnel capable de se défendre contre des intrusions non désirées!
Depuis lors, grâce à l'attention réparatrice de ses parents cet enfant, âgé aujourd'hui de quatre ans et demi, a fait bien du chemin, sa mère en témoigne: "Vous souvenez-vous de cette obsession de Gérard à ouvrir et fermer tout ce qui lui tombait sous la main? Eh bien, ce matin Gérard a réparé avec quelques mètres de papier collant (découpés en plein de morceaux grandeur sparadrap!) les petits trous qu'il avait fait, petit, dans sa petite chaise en bois. Il m'a rappelé avoir fait ces trous à l'aide d'une clé...A l'époque, cet incident était passé inaperçu. Sans doute, par la réparation de sa chaise, Gérard à voulu m'expliquer qu'il ressentait ses blessures "guéries".
Cette anecdote nous explicite comment à deux ans et demi, Gérard exprima la manière dont était construite, au fond de son coeur, l'image d'un corps propre vécu comme troué. Pour ce faire, il entailla profondément, sa petite chaise d'enfant, avec une clé, parlant ainsi de son sentiment de fragilité psychique due aux épreuves des premiers mois de sa vie.
La maman poursuit: "Autre anecdote sur la fermeture du corps. A l'occasion des fêtes, Gérard manifesta le désir de décorer la fenêtre du living d'un grand bonhomme de neige. Il en dessina d'abord les contours, puis me regardant il dit: "Comme cela il est tout vide! Je vais le remplir car sinon il ne sera pas heureux." Joignant le geste à la parole, il peinturlura l'espace vide mais en laissant à la hauteur du ventre un petit espace non peint. Je lui demandai: "Pourquoi laisses-tu cet espace non rempli? Il me répondit: "Ca c'est la cicatrice!" Serait-ce faux d'imaginer qu'inconsciemment, il me parlait de ses anciennes angoisses au niveau des trous du corps et m'en confirmait la cicatrisation?
Lorsqu'un enfant a eut un démarrage dans la vie difficile, les adultes ont souvent tendance à maintenir une attitude surprotectrice à son égard. Cela le rend dépendant, trop dépendant de l'adulte et augmente donc sa sensation de fragilité. Les parents de Gérard se sont rendus compte de cet écueil et s'efforçant de faire confiance aux possibilités physiques de leur enfant ils ont stimulé son autonomie aussi aujourd'hui...
"Nous sommes heureux de voir cet enfant méfiant et assez refermé, s'ouvrir aux autres en souriant...et en même temps s'autoriser à avoir des secrets qu'il raconte à une marionnette bien précise avec lesquelles, maintenant, il aime s'endormir. Il ne veut rien raconter de ses sorties avec tantes, cousines, baby-sitters ou autres personnes. C'est son domaine. Il découvre enfin le plaisir de grandir et d'évoluer dans son monde.
Autres changements, il ne cherche plus à prendre la place de son petit frère ou à lui chercher noise; il s'endort et se réveille seul, ferme la porte quand il va à la toilette, et se lave seul dans son bain. Il fait maintenant des dessins figuratifs et le premier fut : la famille. Je le trouve beau!"
Que de tendresse, de bonheur et de respect pour la reconstruction de l'univers intime de son enfant se sont manifestés au travers de ce témoignage!. A la fois rempli de sa propre individualité et se sentant capable de se protéger contre les intrusions tant psychiques que physiques des autres, Gérard peut, aujourd'hui, en toute sécurité prendre le risque de l'indépendance!

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