Home Articles par Edition Le Ligueur Je ne rêve pas, je pense
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Combien d'enfants ne désolent-ils pas leurs instituteurs(trices) par leur attitude calme, certes, mais oh combien absente au déroulement de la leçon.
"Votre enfant est sage, mais il regarde les mouches voler au lieu d'écouter le cours.", ou "Tout le temps dans la lune ce petit!", ou encore " Quel rêveur votre enfant! Aura-t-il un jour les pieds sur terre?", pire "Votre fils ne s'intéresse à rien.", plus inquiètent si le décrochage par rapport à la moyenne "normale" devient trop flagrante, les parents s'entendent dire: " Il faudra envisager l'enseignement spécial pour votre enfant".
Nestor est un de ces enfants rêveurs. Rêveur certes mais suffisamment ancré dans la réalité pour renvoyer aux adultes se plaignant de son comportement, un cinglant et ferme: "Je ne rêve pas, je pense!" Voici une réflexion nous obligeant, nous les adultes, à revoir nos point de vue! Effectivement, un enfant n'agissant pas de la façon X au moment Y, tel que le souhaiterai un projet d'adulte sur lui, n'en est pas pour autant un enfant ne faisant rien de bon. A ses yeux, l'enfant rêveur a sans doute d'autres thèmes à penser, plus importants , plus urgents à résoudre que de s'efforcer à comprendre pourquoi 2+2 font 4, ou d'enregistrer les différentes parties du corps d'un haneton, ou encore de mémoriser la lignée des rois de France.
De ces enfants catalogués "rêveurs" voir "inadaptés", cherchons à découvrir leurs préoccupations. Sur quels points d'interrogations butent-ils? A quelles questions, cherchent-ils, de toute la force de leur pensée, une réponse?
Un enfant, nous l'oublions trop souvent, avant de pouvoir investir la
logique de l'apprentissage scolaire, pour se sentir prêt motivé à enregistrer des notions abstraites telles que l'écriture et le calcul mental, doit avoir trouvé des réponses plus ou moins satisfaisantes aux questions primordiales de la condition humaine. Eh oui, tous petits, tels les grands philosophes, cherchent dans la vie quotidienne les réponses aux énigmes suivantes: la raison de la Vie, le sens de la Mort, le rôle de la Sexuation, la place de l'Amour et celle à accorder à la Haine. Quand une question reste sans réponse ou que la réponse paraît trop angoissante, l'intérêt concernant ce thème l'emporte sur celui de l'apprentissage scolaire..
Blocage
Quand une question restée sans réponse reste top essentielle, l'enfant ne peut mobiliser suffisssament d'énergie mentale pour investir l'apprentissage scolaire; il n'accroche pas ou se déconnecte rapidement, en d'autre mots il manque de concentration et s'entends souvent dire: "Il prend du retard, jamais il n'y arrivera!", ou "Il fait un blocage", autre remarque classique: "Sans doute manque-t-il de capacité, il est moins doue qu'un autre.", etc.... Ces paroles ne sont pas agréables à entendre surtout quand blocage est , aux yeux de l'adulte, confondu avec manque de moyens intellectuels... Ce n'est pas parce qu'un enfant ne preste pas celons les normes habituelles, qu'il est "bête"!
Dans de nombreux cas, des difficultés scolaires, dues à un manque de concentration, signalent une énergie mentale  mobilisée "ailleurs", dans les hautes sphères de la réflexion métaphysique. Cet ailleurs c'est "la lune", "les mouches qui volent", etc...En toute logique, il nous est aisé de comprendre que lorsque l'enfant voyage "dans son monde", il est incapable de reproduire sans faute une dictée qui la veille avait pourtant été effectuée sans la moindre erreur.
Si ces difficultés scolaires sont une épreuve pour les parents, elles ont aussi une incidence directe sur la représentation corporelle inconsciente de l'enfant, donc de ses possibilités. Par un modelage, Gaétan, 9ans, nous explicite clairement les transformations inconscientes de l'image du corps. " Tu vois, mon bonhomme s'appelle Emile. Avant il avait des jambes, elles sont tombées et il les a employées pour faire une carapace." Disant cela, Gaétan détache les jambes de son Emile et emploie cette plasticine ainsi récupérée pour renforcer l'avant et l'arrière du tronc de son bonhomme. Il continue: "Puis il a des épaulettes qui ont commencer à grandir." Tout en parlant, il rajoute à Emile une sorte de paire d'aile prolongeant les épaules. "Tu vois maintenant il va voler dans les airs pour aller sur la lune. Là-bas il cherche un trésor."  fut le mot de la fin.
Que pourrions-nous déduire du message de l'histoire d'Emile? Confronté à un blocage scolaire, l'enfant perd, virtuellement, une partie essentielle des possibilités de son être; en effet les jambes, moyen de locomotion donc symbole d'autonomie, permettant de marcher, d'avoir les pieds sur terre, de s'intégrer au mouvement général de l'humanité, Emile les perd. Par ailleurs, des épaulettes, lui permettant de planer dans un "ailleurs" hors du monde des humains afin, de résoudre là une question restée en suspend, lui poussent aux bras. Ce n'est donc pas de naissance que l'enfant est inadapté (c'est à dire sans jambes), le manque d'intérêt pour le scolaire serait plutôt à imputer à une quête incessante d'une mystérieuse réponse ; bien sûr, l'enfant est pris inconsciemment et bien malgré lui dans ce processus de blocage. Fondamentalement, son seul désir est d' être aime et semblable aux autres.
Souffrance
Rappelez- vous, Gaétan met une carapace à son Emile, en d'autres mots énergie de l'autonomie se récupère pour se forger une auto-protection, mais afin de se protéger de quoi?
Jeanne, devenue aujourd'hui adulte, ayant traversé un parcours scolaire chaotique, peut nous donner une clé à ce symbole. Elle raconte: "Ma première année d'école, quel cauchemar! Je voulais tant être comme les autres mais je ne comprenais rien. Pourquoi fallait-il apprendre à écrire? A quoi cela servait-il? En plus écrire mon prénom, pour moi,  la signification du sens d'un prénom était un mystère. Chez nous, à la maison, ma mère disait "ON" pour toutes action nous concernant ou me concernant, par conséquent mon prénom ne renvoyait en aucun cas à la réalité de mon corps, de mon être. Je me ressentais comme une partie de l'univers familial mais en aucun cas comme une personne à part entière accueillie dans son "nom". Puis du jour au lendemain, assise devant un cahier je devais écrire Jeanne; mais Jeanne, pour moi cela ne voulait rien dire. Désespérément j'essayais de mettre sur ce mot une image, des lettres! Avec tout mon courage, avec mes moyens, j'essayais de résoudre cette énigme autour du sens de mon existence,  de ne pas m'appliquer à reproduire des chiffres et des lettre dont je n'avais que faire entraînèrent gronderies et déceptions parentales. Et de m'entendre dire: "Cette enfant est spéciale, pas comme les autres"
C'est affreux de ne pas comprendre, de se sentir exclue; on ne se sent pas aimé. Désespérément solitaire, ma pensée cherchait à s'accrocher à une image mais tout était transparent.... Alors vis à vis des autres enfants, je faisant
semblant que tout m'était égal." Ne retrouvons-nous pas là, la carapace dont Gaétan avait revêtu son bonhomme en plasticine?
Sans doute par rapport à d'autres questions restées sans réponse, confronté à ses propres énigmes trop envahissantes, Gaétan comme Jeanne fait, lui aussi, semblant que ses échecs scolaires glissent sur la carapace de son indifférence! Cependant ses rêveries fréquentes nous signalent la prégnance de pensées absorbantes, tellement obsédantes  qu'il en oublie de jouer avec les autres enfants...

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