La phobie du balai Imprimer

Interrogative, une maman nous raconte: "Depuis deux mois, pour une raison inexpliquée, notre petit Mathieu nous fait des scènes épouvantables dès que l'un d'entre nous prend un balai en main. Nous devons user de toutes sortes de subterfuges pour balayer à son insu!" Voilà, il faut l'avouer une attitude, de la part d'un enfant, pour le moins étrange et peu pratique!
La maman continue son récit: "Mathieu a trois ans, avant d'aller à mon travail, je le dépose à l'école. Il s'y est magnifiquement adapté, et participe aux jeux avec toute la sociabilité requise. Là aussi, une seule ombre dans le tableau, si par malheur la maîtresse doit se munir d'un balai pour ranger la classe, ce sont des hurlements incontrôlés." A entendre la description faite par les parents, lorsque Mathieu voit quelqu'un empoigner un balai, le tableau dressé est vraiment pathétique. Visiblement, il ne s'agit pas d'un caprice mais d'une réelle terreur envahissant le coeur du petit; aucune menace ou aucun câlin ne vient calmer cette tempête émotionnelle.
"Que faire? Je me sens vraiment mal lorsque je vois mon enfant dans cet état." soupire le père.
"Un balai, cela vous ferait-il penser à quoi?" lui demandai-je.
" Un bâton, une brosse?" répond le père.
" Il est vrai," reprend la mère, " Mathieu a toujours adoré jouer avec des bâtons. Faire la guerre, comme il aimait dire. Je dis: comme il aimait, car maintenant Mathieu ne joue plus jamais avec des bâtons." Mathieu, écoutant de toutes ses oreilles les paroles parentales, acquiesce timidement.
"Tiens, pourquoi a-t-il abandonné ce jeu favori?" lançais-je
Le père poursuit: "Nous le lui avons interdit suite à un événement fâcheux s'étant produit il y a deux mois. Ce jour-là, Mathieu me demanda de faire une bataille "d' épées". Nous allâmes chercher deux beaux bâtons dans le jardin et le duel commença. Mathieu était déchaîné, poussant des cris stridents, son épée fendant l'air de tous côtés, il se mit à crier avec conviction: " je vais tuer Papa.".
Réfléchissons un instant. Que ce passe-t-il dans le coeur et la tête d'un enfant de trois ans? Il est en plein dans l'âge de l'opposition. Découvrant la possibilité d'avoir des idées personnelles différentes de celles de ses parents, un enfant de cet âge souhaite les mettre à exécution. Par exemple: à l'heure du bain,  transformer le savon en sous-marin faisant des remontées aléatoires, quoi de plus gai! Ou encore de dessiner de nouveaux motifs sur le papier peint de la chambre à coucher, ou tout simplement décider de donner le bain à sa poupée au milieu du salon! Tout cela n'est-ce pas génial! De toutes ces idées nouvelles jaillissants des élucubrations enfantines certaines sont possibles et admises par les parents d'autres sont radicalement rejetées voire proscrites!
L'attitude parentale limitant ainsi les initiatives de l'enfant, à le don de sérieusement énerver, irriter voir même violemment fâcher ce même enfant. A ce moment il souhaite réellement tuer l'adulte venant se mettre en travers du chemin de son désir. Mais attention, subtile nuance, parfois difficilement compréhensible pour un adulte, vouloir tuer l'adulte n'est en rien synonyme de souhaiter la mort ou la disparition réelle de cet adulte
Ce petit passage par la théorie étant terminé, revenons-en à Mathieu.
Vous comprenez mon saisissement devant de pareilles paroles," continue la mère, "je suis sorti de la maison, j'ai fait arrêter ce jeu stupide. Ces paroles m'ont glacée le coeur, imaginez donc, un si petit bout d'homme parlant déjà de tuer, ou allons-nous avec toute cette violence! Mon mari et moi avons décidés d'interdire ce genre d'activité." Et se tournant vers son gamin, elle confirme en lui disant: "Tu te rappelles, Mathieu, Papa et Maman t'ont bien expliqué de ne plus jouer avec des bâtons, c'est dangereux!"
La suite, vous l'avez sans doute devinée! Lisant dans les yeux de ses parents la peur provoquée lors du duel précité, prenant au sérieux la mort possible du père au travers de jeux avec des bâtons, Mathieu a focalisé sa peur de la mort sur les balais.
En prononçant victorieusement, les mots "je vais tuer Papa", en aucun cas Mathieu ne souhaitait la disparition réelle de son père, il en a bien trop besoin, il lui est bien trop attaché! Son "Je vais tuer Papa" signifiait "Ouf, Papa ne sera pas toujours le plus fort, parfois mes idées gagneront, je peux être diffèrent de lui!" Peut-être les parents auraient-ils été moins alarmés si Mathieu avait dit: " Je sais tuer Papa"?
Suite à l' incident de la bataille, le manche d'un balai semblable à l'épée fatidique était devenue signe de mort. Depuis lors, dans sa tête tout a commencé à se mélanger, dans son coeur règne la confusion des émotions. Il n'ose plus imaginer la légitime envie d'éliminer l'autre, celui qui vient entraver le désir, croyant provoquer ainsi d'emblée, la disparition de l'être cher.
Les malentendus étant levés, les parents rassurés quant à la normalité de l'attitude de leur fils, petit Mathieu pu, sans angoisse,  observer sa mère balayer la cuisine.

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