Home Articles par Edition Le Ligueur Le voleur de biscuits
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Doucement, tout souriant, Grégoire rentre dans le living où, une tasse de café les ayant réunies, sa mère converse agréablement avec quelques amies.
Cet enfant plein de charme, quoique un peu distant, fait mine de s'intéresser à l'entourage, tout en se rapprochant doucement du plateau à café placé sur un meuble. Soudain, d'un geste prompt et discret, sa petite main de six ans s'ouvre toute grande afin de glaner le plus possible de biscuits sucrés déposés sur une assiette. Avec la rapidité de l'éclair, la main disparaît dans la poche de son pantalon. Personne n'a rien vu, sauf la maman de Grégoire. Elle connaît le défaut de son fils... voler des biscuits et autres douceurs dés que l'occasion se présente!
Grégoire a-t-il en lui le germe d'un voleur? "Qui vole un oeuf vole un boeuf" nous conte un dicton populaire. Oui mais voler des biscuits? Issus de familles d'éducation très stricte, les parents de Grégoire sont inquiets face au comportement de leur fils.
On pourrait penser que Grègoire ait facilement accès à des biscuits?" La réponse est " Non". La raison en est simple: le sucre étant mauvais pour la santé, il est banni de la panoplie culinaire. Les bonbons sont formellement interdits car qui dit bonbon dit sucre, or sucre et dents ne font pas bon ménage! Ainsi depuis son plus jeune âge, Grégoire s'est entendu refuser toute friandise.
Sur ce plan, sa maman est catégorique. Tant envers la famille élargie, qu'à l'école, ou face à une épicière généreuse, sans exception, au nom d'un dogme irréfutable: " Les bonbons sont mauvais pour les dents," toute sucrerie est obligatoirement repoussée.
Pour nous, adultes, cette phrase est sans ambiguïté; interdire à un enfant de manger des bonbons signifie une attitude de prévention par rapport aux caries dentaires. La logique enfantine accorderait-elle d'emblée le même sens à cette phrase?
Hélas non! Pour le tout petit, le mot carie est difficile à comprendre, il est loin de se douter qu'une dent puisse pourrir et même si on le lui explique souvent, il n'en a cure. Par contre le sucre, aliment essentiellement doux renvoit symboliquement à des images de douceur, de tendresse et de chaleur maternelle. Pour cette raison sans doute les bonbons ont-ils été inventés, en guise de messagers de marques d'affection!
Afin de mieux comprendre le geste du petit Grégoire, nous pourrions nous poser la question suivante: "Grégoire est-il friand de câlins? Qu'en est-il des échanges de tendresse entre lui et les siens?" En réponse, sa mère nous explique "Grégoire fut très câlin les six premiers mois de sa vie, tant qu'il était nourri au sein. Par après, petit à petit, il a refusé les marques de tendresse. Aujourd'hui il adopterait en général, une attitude plutôt distante."
Revenons à ces fameuses dents, si importantes aux yeux de l'adulte. Le sont-elles aussi pour l'enfant? Oh oui, pour l'enfant, les dents sont d'un intérêt primordial car elles poussent! En effet, parfois dans la douleur, une à une le petit enfante ses dents, pour en découvrir ensuite chaque jour la force et les pouvoirs. Plus les dents sont grandes et nombreuses, plus l'enfant acquiert la sensation de pouvoir mordre non seulement dans sa tartine ou sur sa viande mais aussi dans la vie. A cet âge les dents symbolisent la pulsion de vie et l'enfant leur accorde une affection toute particulière.
Ainsi, aussi étonnant que cela puisse paraître, la phrase " Non, pas de bonbons pour Grégoire, c'est mauvais pour ses dents." peut être interprété par l'enfant comme un refus de la mère à ce que son enfant grandisse, puisse entrer en rivalité avec elle. Le "C'est mauvais pour ses dents" est parfois compris par l'enfant comme une angoisse de l'adulte face à la poussée dentaire. Il imagine la situation suivante: " De peur de voir grandir mes dents, ma mère me refuse des choses bonnes et douces; des nourritures données volontiers par les autres mamans à leurs enfants, ces mères-là, aiment leur enfant et n'ont pas peur de les voir grandir." En d'autres mots: "Ma mère me refuse des bonbons que d'autres volontiers m'offrirait, car elle ne m'aime pas; pour moi pas de douceurs permises."
Voilà sans doute, en conséquence de ce malentendu concernant les bonbons, et les caries; Grégoire s'est-il renfermé sur lui-même. Il se distancie de sa mère en refusant toute manifestation affective.  Et pour s'en consoler, il essaye de compenser en volant quelques biscuits à la sauvette...

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