Les enfants emballage Imprimer

"Je vais mal," dit Anne, "je me sens déprimée, je n'ai plus le goût à rien, plus rien ne m'emballe"
Quoique étants encore en bas âge, Anne sent ses enfants lui échapper. Arnaud, 6 ans, investit l'école et les copains; Élise, allant vers ses 3 ans, dit sans arrêt: " Moi, moi veut faire toute seule."
Sur quoi s'appuie le sentiment de lassitude d'Anne face à sa fillette grandissant? "Nous avons tant de complicité," explique Anne, " Elle est si câline. Elle me donne l'impression qu'enfin quelqu'un m'aime, m'aime pour moi, pour qui je suis, pour ce que j'apporte."
Tout au long de la conversation, la petite Élise assise sur les genoux de sa maman, s'agglutine à celle-ci. N'arrêtant pas de l'embrasser; elle se colle contre un sein, glisse sur l'autre, puis se retournant, elle passe d'un genoux à un autre et continue ce manège sans qu'à un seul instant sa mère ne mette un frein à cet envahissement physiologique intempestif. Visiblement, Élise, de tout son corps s'efforce d'emballer celui de sa mère. Pourquoi?
Écoutons Anne: " Si mes enfants grandissent, de quoi vais-je remplir ma vie? Mon travail ne m'intéresse guère. Depuis ma naissance, j'ai traversé la vie comme un rêve, elle est passée comme un film dans lequel je n'ai jamais consciemment choisi mon rôle! Je ne sais pas qui je suis; je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, je n'y ai jamais réfléchi. Il faut maintenant accepter d'aller vers autre chose mais à part mes enfants, rien ne m'emballe.
Visiblement, emballant sa mère de tous cotés, en la caressant sans arrêt, Élise essaye de pallier au désarroi et au manque de consistance du désir maternel. Parlant de son enfance solitaire agrémentée de peu de chaleur parentale, Anne les larmes aux yeux, réalise que sa petite Élise lui donne cette affection tant attendue mais jamais reçue.
Soudain, la petite saute des genoux de sa mère pour prendre un mouchoir en papier dans la boite déposée sur le petit guéridon. Retournant vers sa mère, elle lui essuie le visage en murmurant: "Pas triste Maman. Non pas être triste."
Un flash traverse l'esprit d'Anne. Elle s'écrie: " Je sais à quoi j'ai passé toute ma jeunesse! A soutenir ma mère!" Le geste de sa fille a brusquement levé un voile du passé, "J'ai traversé ma vie comme un rêve car je n'ai jamais vécu pour moi. J'ai toujours été exemplaire pour ne pas créer de soucis à ma mère. Je n'aurais jamais osé agir dans le sens d'un "Moi, moi toute seule, pour moi!. Et me voilà inquiète et déçue de voir ma fille refuser par moments d'en faire de même!"
Le bon ordre de la nature ne souhaite-t-il pas, de la part des parents, d'assurer à leur enfant une enveloppe affective suffisamment sécurisante pour lui permettre de mettre tout en oeuvre pour se construire? Or, l'enfance d'Anne fut tout à l'inverse. Ce fut elle qui, au sacrifice de son propre développement, en étant parfaite et bien sage, emballa sa mère d'une enveloppe sécurisante afin de permettre à cette dernière de traverser la vie tant bien que mal. Pour remplir le vide affectif ainsi crée, Anne attendait, à son tour, inconsciemment, de se faire emballer par ses enfants; rôle déjà en partie assumé par Elise...
Une tâche difficile attend Anne: partir à la découverte de ce qui pourrai suffisamment l'emballer afin que se brise, à sa génération, la répétition d'une inversion de rôles.

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