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Wim, 3 ans, a décidé de grandir. Il ne fait plus pipi dans son lange et même la nuit les "accidents" deviennent rares, mais...
"Si le problème de pipi est résolu" explique le père, "en ce qui concerne les grandes opérations, aucun changement. Cela agace fortement ma femme. Imaginez, avant, il y avait un lange pour contenir tout cela, mais maintenant, direct dans la culotte, ce n'est pas agréable à déballer !  Et si ce n'est pas dans sa culotte, on retrouve "sa trace" dans les coins les plus invraisemblables de la maison. De plus son heure était vers ± 15 h, après la sieste, mais voilà que de plus en plus souvent les grandes manoeuvres opèrent matin et après-midi."
Pourquoi, Wim, contrôlant parfaitement ses selles, puisque parfois il se retire en silence dans un coin de la pièce au moment où "cela vient", refuse-t-il de s'exécuter sur son pot, ou au W-C. comme il le fait actuellement parfaitement bien pour la petite opération? Spontanement, l'adulte risquerait facilement le commentaire suivant: "Sale gosse, il provoque pour le plaisir!" Détrompez-vous,  le petit n'est pas fier de son geste car, lorsque sa mère le surprend ou veut le rafraîchir, il la regarde inquiet et tend les bras devant lui afin de l'empêcher de s'approcher.
Le père continue : "Lorsque je demande à Wim pourquoi il fait dans sa culotte ou n'importe où, il me répond inlassablement : "Parce que NON".
Osons le dire, la justesse des paroles d'un enfant est parfois renversante. Effectivement les popos dans la culotte sont parfois intimement liés à la problématique du NON.
L'enfant a le sentiment, lui, (ce qui ne veut pas d'emblée signifier que telle est la réalité quotidienne objectivable ) de ne pas recevoir un espace personnel suffisant. Qu'est-ce-que cela veut dire ? Un grand popo dans la culotte est une façon d'exprimer, par exemple : "J'aimerais grimper seul sur ma chaise au lieu d'être soulevé par l'adulte pour m'y trouver perché", "J'aimerais enfiler ma veste seul", "J'aimerais déterminer moi-même la quantité de nourriture arrivant sur mon assiette", "J'aimerais me laver seul, afin de ne plus être, telle une poupée, balancé d'une main à l'autre par un adulte me frottant le corps", etc...
Dès l'arrivée d'un enfant, la vie quotidienne des parents  est remplie de petits gestes devenants, au fil des jours, des automatismes. Cependant, grandissant, l'enfant souhaite reprendre, petit à petit, ces gestes à son compte. Souvent, "pour que cela aille plus vite", Maman a tendance à ne pas "passer la main". Le rôle du Père, ici, est essentiel. Souvent, on l'entendra dire : "Mais laisse-le faire, il faut bien qu'il apprenne un jour!" Ainsi faisant, il aide sa femme à changer ses habitudes et l'enfant lui en est grandement  reconnaissant.
Le papa de Wim, fort pris par son travail, est peu intervenant à ce niveau. Wim se charge alors de dire "Non" à cette emprise de sa mère sur ses faits et gestes quotidiens.Trouvant qu'il paye cher cette main-mise, il rend à sa maman la monnaie de sa pièce, en utilisant son avoir à lui : le Caca  (premier symbole de l'argent). "Elle m'emm..., je l'emm..." Logique! Hélas, cette loi du talion, n'est pas, pour l'enfant, sans conséquences néfastes. Son geste déçoit la mère et la rend malheureuse, de cela, l'enfant se sent responsable et coupable. Un enfant, luttant pour son autonomie en blessant ses parents, est amené à construire, petit à petit, une image dévalorisée de lui-même.
"Il m'a raconté un cauchemar, qui d'ailleurs nous a tiré du lit, ma femme et moi, " continue le père, "il a rêvé d'un cochon qui voulait le tuer". Pauvre petit Wim, quel cauchemar de devoir agir "comme un cochon" et ayant des "sales culottes". Il pourrait en mourir, c'est à dire, en perdre l'amour de ses parents.
Wim se retrouve déchiré entre son désir de grandir, se manifestant par le mouvement incongru de ses selles qui disent Non à l'envahissement maternel, et la peur de perdre ses parents.
Ce symptôme, appelé encoprésie, est autant un cri lancé dénonçant trop de sollicitude maternante qu'un reproche face à la non-intervention d'un tiers. C'est dire : " Laissez-moi grandir. Laissez-moi choisir. Laissez-moi devenir le chef de mon corps", tout en disant à l'autre parent : "Ne vois-tu pas ton conjoint s'accrocher à moi? Aide-le à me lâcher les baskets car moi, ça me rend malade de culpabilité, de honte et de gêne de la faire ainsi souffrir avec mes manières de cochon !"

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