Home Articles par Edition Le Ligueur Une vilaine petite musique dans la tête
Une vilaine petite musique dans la tête PDF Imprimer Envoyer

Lorsque l'heure du retour de l'école approche, certaines mamans sentent un réel stress s'emparer d'elles. A la joie de retrouver leur enfant, se mêle la panique devant une nouvelle série de devoirs et de leçons à affronter...
L'enfant, pour sa part, rentrant d'une journée de cours sait, lui aussi, qu'une réelle corrida l'attend, qui sera le premier mis à mort? Lui ou sa mère?
Ainsi, hélàs, trop souvent, les devoirs et leçons se révèlent extrêmement destructeurs de la relation entre l'enfant et les parents. Essayons d'en comprendre le mécanisme afin d'éviter la mise en place de circonstances parfois dramatiques pour l'avenir de l'enfant..
Que ce soit du à la pression familiale ou sociale, ou encore au passé scolaire de la mère, pour un grand nombre d'entre elles l'image de " être une bonne mère", est directement proportionnelle aux résultats scolaires de l'enfant. Dans ce cas, à tout prix, l'enfant doit obtenir de beaux points. Voici l'histoire de Julie, semblable à tant d'autres...
Julie, 8 ans, désespère sa mère. "C'est une enfant intelligente" disent les professeurs, cependant ses résultats scolaires sont peu brillants et obtenus à l'issue d'un réel acharnement de bourrage de crâne. Dès son retour à la maison, la petite essaye à tout prix d'échapper le plus longtemps possible au fatidique: "Viens, Julie, nous allons faire les devoirs." maternel. Les enfants se montrent extrêmement inventifs pour retarder cette épreuve: oublier ses cahiers, traîner en rue, prolonger le goûter le plus longtemps possible, s'enfermer dans la toilette en prétextant un violent ennui intestinal, etc... N'empêche,à un moment, il faut bien y passer.
Chaque fois en s'attelant à la tâche les deux partis s'arment de courage, espérant que, cette fois-ci, tout se passera bien. Pour sa part, l'enfant espère donner des réponses exactes en assimilant rapidement la matière du jour. Ainsi gratifiée par les résultats positifs, la maman se sentira aimée par son enfant; faisant d'elle une bonne mère au yeux de la société, l'enfant pourra, tout heureux, aller jouer!
Malheureusement trop souvent, les choses tournent au vinaigre. A la première difficulté, l'enfant se bloque, puis s'énervant se mêt à gigoter sur sa chaise perdant le fil de ses idées; petit à petit, la mère sort de ses gonds. Des phrases destructrices lui échappent tant elle est à bout:  "Tu te fous de qui?", " Ce que tu peux être bête!", "J'en ai marre de toi.", " Je préférerais que tu n'ai jamais existé", "Tu m'épuises", etc... Face aux récriminations de l'adulte, l'angoisse monte chez l'enfant; se sentant aplati par le poids des remarques, celui-ci répond de plus en plus n'importe quoi. La mère explose, les cahiers volent. Parfois, involontairement, un mauvais coup part, ou une volée de claques qui, plus tard, arracheront des larmes à la maman culpabilisée... Cependant, dans le feu de l'action, la mère ne démissionne pas: "On travaillera jusqu'au souper s'il le faut mais tu connaîtra ta leçon, espèce de tête de bois!" Tandis qu'elle s'acharne, des idées désespérement rageuses envahissent l'enfant.
Parfois envers et contre tout, l'enfant réussit à assimiler les leçons; hélàs, malgré toute sa bonne volonté, rien ne dit qu'il saura en reproduire quelque chose le lendemain. Alors, effondrées devant le bulletin, ces mères diront " Et pourtant, j'ai tout fait. L'autre soir, avec moi, il écrivait tous les mots sans faute et le lendemain en classe il refait toutes! Qu'à -t-il donc cet enfant? Il doit vraiment être bête!" Petit à petit, l'enfant s'imagine lui aussi être moins capable qu'un autre et il se met à détester l'école...
Ainsi ce passait les choses entre Julie et sa maman. Un jour , cependant, celle-ci décida de changer son fusil d'épaule et de s'en remettre à son mari pour le suivi des tâches scolaires. Pour la maman ce fut un réel tour de force tant l'angoisse face à de moins beaux points se faisait tenaillante. Le père pris les décisions suivantes: - Maman n'interviendrait qu'à la demande de Julie.
- Ayant décidé d'un temps imparti aux tâches post scolaire, il demanda à sa femme d'être vigilante quand au respect de l' horaire mis en place en accord avec Julie.. Si les devoirs n'étaient pas terminés, tant pis. Il estime indispensable de respecter un temps de jeu. Jouer est une activité extrêmement sérieuse et importante au développement harmonieux d'un enfant.
Ne rêvons pas, les beaux points furent dans un premiers temps moins beaux... mais le répit accordé par la mère permit à Julie de prononcer une phrase essentielle: " Tu sais Maman, quand tu me disais: " Viens, nous allons travailler." une étrange vilaine  musique remplissait mes oreilles et je sentais ma tête se vider..." Cette description quant à  une sensation de vide cérébral est caractéristique pour beaucoup d'entre nous lorsque nous sommes face à face avec la peur d'échouer.
Entendant cette petite phrase, cette maman sent remonter un vieux souvenir: Elle le relate: " En fin de primaire, il fallait passer un test. Les résultats scolaires étaient d'une très grande importance pour ma mère et tous les jours elle assistait à mes devoirs. Pour ce test, chacun de nous recevions une feuille. Tout d'un coup, je sentis quelque chose se bloquer en moi. Croyant ne pas être capable de réussir cette épreuve, j'étais devenue incapable de lire et d'imaginer que je saurais répondrecorrectement aux questions. Heureusement ma voisine m'a laissé copier sa feuille." Ce souvenir permis, à cette maman, de comprendre l'impact de son propre passé sur son comportement envers sa fille. Ainsi comme par contagion, telle sa mère, elle ressentait une angoisse profonde face à la scolarité. Du même coup, resurgit l'image de l'enfer traversé lorsqu' un enfant sent, soudain, toutes ses facultés intellectuelles se paralyser face au stress de décevoir la mère. Son cerveau n'est plus contrôlable tant il se remplit de l'angoisse parentale...
Après quelques mois, Julie revint rayonnante de l'école. " Regarde Maman, mes beaux points!" Sa mère n'en revenait pas, pour la première fois, elle entendait sa fille s'intéresser à ses résultats scolaires. Grâce à l'intervention paternelle, la petite s'était, petit à petit, réconciliée avec l'école prouvant ainsi à tous et surtout à elle-même, son intelligence!
Que d'échecs et de déceptions peuvent être évités si dès son plus jeune âge, l'enfant comprend l'école comme un univers lui appartenant et non pas comme un lieu destiné à faire plaisir aux parents ou encore à pallier leurs angoisses...

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