Home Articles par Edition Le Ligueur Gaston le Grognon
Gaston le Grognon PDF Imprimer Envoyer

échec de l'échange
Diane Drory
" Gaston me fait bouillir.  Pour lui, rien n'est jamais bien.  Il ne correspond pas à ce que j'aurais voulu faire ! " explique la mère de cet aîné de 8 ans, jamais content.  Le visage du gamin rayonne bien rarement de bonheur.
" Il se braque constamment contre mes directives.  Il se sent toujours jugé, critiqué, prétend que je ne lui laisse rien faire.  Il ne veut pas donner, il ne sait pas aimer.  En tout, il manifeste une réserve, comme s'il avait peur qu'on lui prenne tout ! ", déplore cette maman.
L'ainé, souvent
Nathalie nous explique son désarroi face à un enfant qui ne partage pas et manifeste, une réserve.  En général , quelqu'un qui a souffert d'une pénurie, soit parce qu'on lui a pris ce qui était à lui, soit parce que l'on ne lui a pas donné le nécessaire vital, se méfie, garde pour lui, a peur de perdre.  Pour cet être-là, l'échange devient chose difficile.
Comportement de Gaston, selon le témoignage de Nathalie : c'est souvent le lot des aînés.  L'échange affectif avec un premier-né est rendu plus vulnérable par la nouveauté de la situation.  Ce petit être paraît si différent de l'adulte, de tout ce que l'on avait pu imaginer : un bébé ne sait pas parler, demander avec des mots...Comment allons-nous le comprendre dans ce qu'il demande?  Quelquefois, c'est un peu l'affolement.  Pourtant, pleins de courage,  les parents soignent, lavent, nourrissent, se coupent en quatre pour leur petit.  Avec toute leur intelligence, ils sollicitent les connaissances lues ou entendues, mais il arrive que le coeur soit tellement plein d'angoisse, de questions, de déceptions, d'étonnements, qu'ils n'arrivent pas à donner suffisamment de réponses rassurantes à un bébé qui doit encore tout découvrir de notre vie terrestre.  Parfois mère et enfant ne se rejoignent pas, ne retrouvent plus leur complicité d'avant...L'enfant attend quelque chose, la mère ne va pas vers l'enfant pour ce qu'il demande, l'enfant ne la gratifie pas pour ce qu'elle lui donne...
Le fossé des déceptions dans les attentes réciproques commence à se creuser.  D'aucun côté, on ne se sent aimé parce que pas entendu, écouté et compris dans ses attentes affectives.
Pour Gaston, son air grognon témoigne de sa souffrance d'avoir manqué de correspondance, de la satisfaction de recevoir une réponse à ses demandes et de répondre aux attentes de son entourage.
Dès le départ
Une réflexion sur la relation entre Gaston et sa mère depuis la naissance de ce dernier conduit Nathalie à exprimer les propos suivants : " Il est vrai qu'il y a toujours eu un problème de  communication entre lui et moi.  Il n'y a pas d'échange; c'est plutôt un jeu en miroir, je me reconnais en lui, cela m'énerve.  Je ne vois pas ses différences, celles qui me permettraient de dialoguer avec lui.  De même, Gaston n'accepte pas mon autorité, il se braque par rapport à toutes mes demandes.  Il me reproche sans cesse de ne pas l'écouter.  Cependant, il me prend beaucoup de temps, beaucoup d'attention.  Trop!  Je me surprends à le repousser, à le rabrouer.  C'est un cercle vicieux.  Tous les deux, nous souhaitons l'échange, mais cela tourne toujours mal."
L'échec de l'échange est parfois très culpabilisant pour certains parents.  Ils se désolent, ils ont l'impression de mal s'y prendre, de ne pas prendre le temps qu'il faut....Pourtant, dans l'échec de l'échange, la part de responsabilité de l'enfant n'est pas à sous-estimer...Gaston , à l'image de beaucoup d'enfants grognons parce que se sentant moins aimés, moins  considérés, s'arrange souvent  pour poser ses questions, avancer ces demandes relationnelles à un moment de la journée où il est sûr d'essuyer un refus, une non-disponibilité!  Ainsi, sans s'en rendre compte, le petit garçon cherche à perpétuer le scénario de non-correspondance qu'il a connu pendant sa toute petite enfance.  Pourquoi?
Parce que l'humain est ainsi fait qu'il préfère repéter une situation connue, même si elle est douloureuse, que de s'aventurer dans un comportement nouveau.
Combien de fois n'entend -on pas un parent s'exclamer : " C'est toujours au mauvais moment qu'il vient me demander quelque  chose.  Pour ne pas me sentir coupable de toujours l'envoyer sur les roses, je me rends compte que je deviens sourde quand il vient vers moi! " Ainsi , sans le faire consciemment , un enfant peut bloquer l'échange, continuer alors à souffir de cet échec de communication et d'avoir ainsi toutes les bonnes raisons de rester grognon.
Rompre le cercle vicieux
" Comment sortir de ce cercle vicieux ? " s'interroge Nathalie.
Pour recréer de l'échange, il faut que quelque chose change!  Une suggestion : pourquoi ne pas essayer la politique du rendez-vous quotidien fixe avec l'enfant?  Moment auquel on le renvoie quand il vient " au mauvais moment ".  Plutôt que de devoir jouer au sourd-muet, le parent peut alors, par exemple, dire à son enfant : " C'est important ce que tu me dis là .  Nous en reparlerons après le goûter pendant ce quart-d'heure qui nous est réservé."  Ainsi, le parent n'est plus culpabilisé de ne pas répondre à la demande de son enfant et l'attitude autodestructrice de l'enfant est évincée.
Si un enfant a le sentiment d'avoir été lésé, incompris, ce temps d'écoute garanti et régulier lui restitue la confiance dans l'adulte.  Par ce temps de parole, une place claire lui est donnée.  Maintenant qu'il sait parler, le langage verbal devrait aider au réajustement d'une communication indispensable à l'évolution d'un être humain.
Accrochez-vous, il faut " tout " savoir entendre....
..

Commentaires
Rechercher RSS
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!

!joomlacomment 4.0 Copyright (C) 2009 Compojoom.com . All rights reserved."