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Jouer au lieu d'acheter PDF Imprimer Envoyer

Diane Drory
" Je ne veux pas que mon enfant ait l'impression d'avoir moins qu'un autre, c'est important pour moi                                          
qu'il dispose des jeux dont ils parlent entre copains ".
" Son anniversaire et les fêtes, c'est un fameux budjet, mais mon fils ne pourra pas me reprocher d'avoir eu moins qu'un autre.  Mais son seul dommage, c'est que ces jeux s'entassent dans une armoire, sans avoir été utilisés.  On joue une fois, deux fois et puis on passe au suivant! " raconte cette maman séparée de son mari depuis deux ans et qui n'en mène pas large au point de vue financier.
Trop c'est trop
Sans presque s'en rendre compte, les parents sont piégés par l'inflation de l'offre en matière de jeux.  Tout va si vite qu'on n'a plus le temps de se passionner pour un jeu!  Déjà un autre débarque sur le marché, déclassant le premier.  Paradoxe du tropde jeux qui crée un trop peu de possibilités d'en jouir !
Un père nous explique : " Mon fils a une chambre remplie de livres et de jeux, mais l'il n'a pas beaucoup de temps pour jouer...Il doit étudier en revenant de l'école, c'est important pour son avenir.  Les jours de congé, il y a cours de musique, atelier de créativité, mouvement de jeunesse."  Nouveau paradoxe : les enfants ont de plus en plus de jeux et de moins en moins de temps pour jouer...
Plusieurs raisons peuvent se profiler à l'horizon de la surconsommation de jeux avec, pour conséquence, un sacré prix à payer pour cet investissement.
Ces  achats rassurent certains parents de la peur qu'ils ont que l'enfant ne ressente pas assez leur  amour.  On achète des jeux pour montrer à l'enfant qu'on l'aime.
Dans d'autres familles, la crainte de blesser l'enfant en disant " non " motive ces dépenses qui, parfois, pèsent lourds dans le budget familial.  L'enfant scie, boude jusqu'à ce qu'il obtienne gain de cause.  Dans ce cas aussi, je doute que la progéniture se sente, pour autant, plus aimée ! Même si c'est cela que les parents espèrent.
Quand Papa et Maman ont des professions très prenantes, ils pensent aussi chercher à se faire pardonner...leur manque de temps disponible pour l'enfant.  L'ère de l'ordinateur semble avoir produit pour beaucoup d'entre nous, un temps de plus en plus programmé.  Hélas, dans cette programmation, il est rare de  retrouver la rubrique : " temps libre pour s'aimer en famille "
A chaque couple, à chaque famille, de réinventer le quotidien, malgré les contraintes de notre société dite de consommation.  A chaque adulte de s'efforcer de ne pas se laisser leurrer par l'argent afin de renouer avec les bases de l'amour : prendre du temps avec l'autre, avec ou sans jouet.
JOUER SANS JOUET
Diane Drory
Jouer, c'est développer son imaginaire, c'est donc vivre.  Le jeu fait revivre les conflits, permet de s'idendifier, de régler ses comptes.  Il apprend à aborder l'autre et autorise à redevenir petit.
Les jouets n'entraînent pas d'emblée le plaisir de jouer : on peut s'ennuyer ferme avec un jeu qui ne nous amuse pas ! Tout le monde n'aime pas les jeux de société, les jeux de construction ou les activités sportives ...
Jeux gratuits
Les enfants, d'ailleurs, ne jouent pas toujours avec les jouets à leur disposition.  Ils leur préfèrent souvent un objet quelconque, possédant une toute autre destination, qui sollicite leur esprit créatif.  Qui n'a pu observer le succès qu'ont , chez les enfants dont l'imagination n'a pas été tuée par la télé ou par le stress familial, boîtes en cartons, vieux bouts de  bois ou de ficelle ou anciens vêtements?
L'adulte qui permet à un enfant de jouer sans jouet, lui permet de laisser voquer librement son imagination.  L'imaginaire a notamment pour rôle de permettre à l'enfant d'exprimer son monde intérieur.  Or ce monde, celui du coeur, n'est pas seulement peuplé de sentiments amoureux.
Il se gonfle souvent de rage, de colère, de soif de pouvoir et de domination, bref d'agressivité.  Ces surgissements d'affects conflictuels effraient l'enfant parce que trop souvent l'adulte se sent menacé...L'imaginaire, au travers des jeux, apprivoise l'agressivité.
Pan, tu es mort!
Gaston vient de faire basculer son meilleur ami, en guise de mise à mort.  Un pied sur la poitrine, l'épée pointée vers un coeur, Jacques s'entend dire : " Pan, tu es mort ! ".  Quelques planches et quatre clous ramassés là-bas près des travaux, avaient permis de fabriquer l'épée magique comme, seuls, en possèdent les héros.
"Comme s'il n'y avait pas déjà assez de violence de par le monde ", s'indigne un monsieur qui passait par là.  De peur de réveiller, chez leurs enfants, des instincts meurtriers, certains parents leur interdisent tout jeu guerrier. "Pas d'armes chez nous ".  Ce tabou part d'un bon sentiment mais peut-être n'a-t-on jamais dit à ces adultes que l'agressivité, c'est la vie?  C'est parce que l'on ne veut   pas mourir que l'on se bat pour vivre!  Ces parents se sentent rassurés de voir leur enfant tranquillement occupé avec un jeu éducatif conçu par l'adulte...Ils ont peur de l'agressivité; pourtant cette dernière est le moteur qui nous fait manger, étudier, travailler, gagner de l'argent, nous battre pour  donner la meilleure éducation possible à nos enfants.
Les meilleures armes sont cellez que l'on fabrique soi-même, celles qui laissent le droit à l'enfant d'imaginer qu'un jour, il fera, lui aussi, partie de la race des héros, comme Papa et Maman.
L'enfant n'est pas un obsédé de la violence si, avec les dents, il découpe son biscuit en forme de pistolet!
Quelle richesse que celle d'être autorisé à choisir sa façon de jouer!
JOUER, MAIS A  QUOI ? - Le Ligueur - 13 octobre 1993
Diane Drory
Le midi, Aline mange à l'école.  A quatre ans, ce n'est pas toujours gai; c'est long, toute une journée sans maman !  Pour se faire du bien, se retrouver, Maman et Aline ont décidé qu'après le goûter , elles prendraient une demi-heure pour elles deux, pour jouer.  Oui, mais jouer à quoi ?
" Cela m'amuse de jouer avec Aline, raconte sa maman, mais les jeux qu'elle me propose m'ennuient vraiment!  Moi, je voudrais choisir un jeu de l'oie, une course de cheval, ou un autre jeu de société de son âge.  Quand je lui propose, Aline boude, refuse.  Un seul jeu l'intéresse : jouer à " Papa et Maman" ou au " Magasin ", à " acheter et à vendre ".  Moi, ces jeux-là m'ennuient profondément".
" Pourquoi ? ", lui demandai-je
" Déjà toute la journée, je suis une Maman qui prépare des repas, fais des courses, nettoie...., et voilà que ma fille, rentrant de l'école, me demande des jeux allant dans le même sens!  J'ai vraiment envie d'autre chose comme délassement!.
Je lui demande comment se déroulent ces jeux.
La maman continue : " Hier, j'ai répondu à son attente et  accepté de jouer à Papa et Maman.  Aline s'est choisi un bébé, et moi aussi, je devais choisir un bébé parmi toutes ses peluches.  J'ai choisi l'ours brun.  Elle m'a dit : " non pas celui-là, il est méchant ".  Je me suis entêtée et finalement, elle a a accepté l'ours brun comme étant mon enfant.  Ensuite, il faut aller acheter de la nourriture pour ces bébés, les nourrir, les promener, jouer avec eux... Elle me donne des conseils, m'explique comment devenir une parfaite maman !.
A la découverte de soi
Pour mieux accepter les jeux que nous proposent nos petits, il est important de comprendre qu'à chaque âge, le jeu a une fonction différente.
Pour le nouveau -né, tout est jouet.  Il découvre son corps et celui de ceux qui l'entourent.  Il             se passionne pour ses mains, autant que pour les boucles d'oreille de sa mère.  Grandissant,              une fois acquise une certaine mobilité, il part en explorateur découvrir le monde : c'est l'âge                du " touche à tout" Entre deux et trois ans, son besoin de s'affirmer apporte une dimension      nouvelle à son plaisir de jouer : il veut tout faire tout seul..
Puis vient l'âge, celui d'Aline, où on a besoin d'imiter pour comprendre.  Avant de                s'intéresser à des jeux où l'on gagne ou où on perd, l'enfant a  besoin d'avoir compris sa place dans la famille et le monde qui l'environne.  Cela lui permettra, lors-qu'il s'intéressera aux     jeux de société, de comprendre par rapport à qui ou à quoi il perd ou gagne.  Il aura ainsi        compris le sens de son autonomie physique et psychique.
A l'âge d'Aline, une grande partie des jeux servent à développer la connaissance de soi en                 tant qu'être social, c'est-à-dire, à acquérir une meilleure compréhension des rôles et   responsabilités de tous ceux qui l'entourent.  Jouer à papa, c'est chercher à mieux comprendre           ce que c'est " être un Papa ", c'est s'imaginer ce rôle afin de pouvoir s'identifier ou au   contraire, s'en différencier ou les deux à la fois.  Aussi, l'enfant peut inventer quelqu'un de                 nouveau : lui
" Peut-être que je veux brûler certaines étapes dans le développement d'Aline, s'interroge la mère. C'est l'aînée, et  avec son premier enfant, on est souvent pressé de ne pas perdre de temps...Elle ests encore très collée à moi.  Elle a probabement besoin de découvrir comment à travers les petits événements quotidiens, elle peut faire ou penser différemment de moi sans risque de perdre mon affection.  Quand elle joue à un jeu de société, et que je dis qu'elle a perdu, elle se désespère comme si réellement, elle avait perdu quelque chose d'elle-même, ou perdu un peu de mon affection.  Il faut lui laisser le temps de comprendre que jouer peut être un " jeu ", c'est-à-dire sans conséquences pour sa petite personne ".
Si , jouant à magasin, l'adulte s'amuse à observer comment son enfant s'individualise, imite ou contredit, sans doute finit-il par se laisser " prendre au jeu " avec joie?.
Jouer en famille peut alors devenir un voyage à la découverte de son enfant! .
JOUER LA COMPLICITE
Diane Drory
Pour jouer avec Aline, sa maman choisit l'ours brun comme bébé.  " Non dit la fillette, pas celui-là, il est méchant !".
Enfermés dans la réalité de la vie quotidienne, nous nous étonnons parfois de la façon dont, pour l'enfant, le jouet, la peluche peuvent être incarnés, remplis de vie, d'émotions et de sentiments.  Ce " monde de l'enfance "possède autant de valeur et mérite autant de respect que notre " monde du journal télévisé".
Ce n'est pas pour rien que l'enfant prête des sentiments à ses jouets.  Ecoutons la maman d'Aline nous raconter les péripéties de l'ours brun : " Je trouvais cet ours joli et malgré l'insistance de ma fille, je l'ai adopté comme mon enfant.  Pendant la demi-heure de jeu avec Aline, j'ai dû cajoler, nourrir, punir et bercer mon " bébé ".  Ayant à vaquer à mes occupations ménagères, je l'ai ensuite couché dans un lit de poupée, lui souhaitant bonne nuit.  Quel ne fut pas mon étonnement, quand le lendemain, je vis partir Aline à l'école avec cet ours qui, hier encore, incarnait " le méchant "!  En général, c'est son canard qui a pour mission de la consoler du départ matinal ".
Sans doute, suite au jeu de la veille, l'ours a-t-il changé de statut.  Devenu le bébé de sa mère, rempli de ses soins attentifs, il est devenu le double d'Aline, l'enfant bien-aimée de Maman .  Ce même ours est  aussi porteur de  souvenirs maternels, c'est avec lui que, hier encore, maman jouait avec sa fille.  Depuis lors, l'ours brun plus que le canard, sécurise Aline face à la séparation d'avec sa mère.  Avant-hier, l'ours brun représentait sans doute, quelqu'un sur qui Aline était fâchée et ...il était méchant.

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