Home Articles par Edition Le Ligueur L'enfant miroir
L'enfant miroir PDF Imprimer Envoyer

Diane Drory
"Toute femme qui passe dans la maison, elle lui saute au cou...Tandis que moi, dès le matin, elle refuse de m'embrasser, et elle appelle Papa pour la sortir de son lit ".
Maman a le coeur gros.  Sa petite Françoise, 4 ans, mange mal, très mal.  C'est un réel souci.  De plus, dès le matin, elle tire la tête à sa mère.
" Moi le matin, je suis d'attaque.  J'entre dans sa chambre, heureuse de la revoir, j'ouvre les rideaux en lui disant : " salut, Pupuce! ". Dès qu'elle me voit, elle se " racrapotte " au fond de son lit en disant qu'elle ne peut pas ouvrir les yeux car ils sont pleins de sommeil.  Elle déteste se dépêcher le matin.  Quand les choses vont trop vite, elle se replie sur elle-même, toujours sur la défensive.  Avec moi, qui suis une dynamique, je crois qu'elle a l'impression de perdre le contrôle de la situation, et il n'y a plus rien à en tirer que des pleurnicheries.  Elle finit toujours par faire ce que je lui demande, mais je sens que tout son corps me dit non ".
Le nom à la mère
Tout au long du quotidien, les comportements de Françoise manifestent des attitudes de défense comme si toute intervention venue de l'extérieur cherchait à l'agresser. Elle refuse de manger, donnant l'impression que la nourriture qu'on lui offre serait agressante et dangereuse pour elle.  A chaque bouchée, elle inspecte minutieusement le petit coin de tartine dans lequel elle osera peut-être mordre, à moins que, d'emblée, elle ne repousse son assiette.
La mère de Françoise se sent à son tour agressée par pareil comportement.  Elle se sent rejetée, ce qui n'est guère commode pour une maman qui n'a qu'une idée : rendre sa fille heureuse.
Difficile de rester cohérente par rapport  à ses exigences si chaque fois que Florence impose ou demande quelque chose à sa fille, celle-ci l'interprète comme une persécution, comme un écrasement.
Et le papa, n'est pas assez là.  Quand c'est lui qui impose les limites, tout va beaucoup mieux.
Histoires de mères ?
En regardant vivre sa fille, Florence reçoit de plein fouet sa propre histoire.  Elle aussi a eu du mal avec sa mère, elle la ressent encore toujours comme une femme autoritaire, écrasante et revendicatrice à son égard.  Florence n'a jamais osé dire franchement non à sa mère.  De peur de perdre son amour, elle a toujours fait de son mieux pour répondre aux attentes de celle-ci.  Encore aujourd'hui, pour tout, elle dit oui, oui, à sa mère.  Quand elle était enfant, de temps à autre, du fond d'elle-même, se réveillait une énorme colère incontrôlable, sévèrement réprimée par ailleurs.
" Je ne veux pas faire comme ma mère, je n'ai pas l'impression de vouloir imposer à Françoise mes désirs en tout et pour tout.  Sauf pour ces histoires de nourriture, ma fille file trop doux avec moi.  Elle dit oui - oui à tout ce que je demande, mais je lis dans ses yeux la désespérance d'être détruite, la terreur face à ma nervosité.  Je voudrais tant qu' elle ose une colère contre moi ".
En y regardant de plus près, on constate que Florence, malgré sa bonne volonté de laisser à sa fille des espaces de décision, a toujours, et c'est plus fort qu'elle, un petit commentaire du genre : " C'est très bien mais...".  Comme sa mère, elle a énormément de peine à accepter la différence entre elle et sa fille.  Elle condamne cette différence sans s'en rendre compte, par un geste, par un regard, par un mot.
Hélas, rien n'échappe à la sensibilité enfantine.
Que faire, me direz-vous, pour sortir du cycle infernal de la répétition des mêmes attitudes d'une génération  à une autre?  Quelque chose d'essentiel différencie Florence de sa mère : Florence n'a pas peur d'ouvrir les yeux sur la souffrance de son enfant.  Elle ne refuse pas le questionnement que suscite le comportement de Françoise.
Son enfant-miroir lui renvoie sa propre enfance en pleine lumière, enfance qui fut sans doute le reflet de la jeunesse de sa grand-mère maternelle....En osant se regarder en face, Florence brisera le charme maléfique des jeux de miroir qui se renvoient d'une génération à une autre.  Les difficultés d'aujourd'hui surmontées, la petite Françoise ne fera pas porter par ses enfants l'interdit de dire non à sa maman.

Commentaires
Rechercher RSS
Seul les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire!

!joomlacomment 4.0 Copyright (C) 2009 Compojoom.com . All rights reserved."