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Diane Drory
Depuis ma naissance, la petite Aimée hurle du matin au soir.  Elle ne se calme que si on la prend dans les bras, ceux de Papa si possible.  Elle fait, dit-on, des coliques !
En la regardant, poussant son petit ventre ballonné vers l'avant, il me semble l'entendre crier à tout qui peut l'entendre " Je me sens si seule, j'ai peur, tout est si différent d'avant.  Ma peau n'est plus caressée par une douce et égale chaleur, mes oreilles se sentent vides, tellement il y a des moments où plus un bruit ne vient les faire vibrer, et à mon nez arrivent de nouvelles et étranges odeurs. J'ai tout perdu, l'ambiance est à la peur.  Il ne me reste qu'à m'agiter, crier, hurler ma faim de tout ce que j'avais avant.  Ah si je pouvais retrouver celle qui me berçait au son de son coeur, celle du monde d'avant, je serais bien plus calme.  Aujourd'hui, je m'agite, je me tortille, je voudrais que l'inconnue qui s'occupe de moi soit la même qu'avant, celle chez qui je pouvais m'abriter en toute sécurité ".
Naître au monde exige ce premier effort de devoir se séparer de la fonction d'accompagnements que remplissait si parfaitement le placenta.  Ce double avec qui le foetus est en permanente communication est le compagnon qui lui chuchote, qui lui transmet les nouvelles du monde extérieur, en premier celles de la mère,  " sa " mère dont il sent à chaque instant le corps vibrer...
Naître au monde extérieur exige, dans le même effort, de devoir se défaire de toute cette liberté de vie dans un habitacle aux limites sécurisantes.
Naître au monde, c'est perdre, tout perdre pour se retrouver avec comme seul avoir ce petit corps nu qui est encore un inconnu.  Ce petit corps, baptisé bébé, étonne et secoue parfois tant l'émotionnel maternel qu'en,naissant l'enfant a l'impression a l'impression d'avoir perdu sa mère, celle d'avant.  Suite au choc de la séparation des corps et de la rencontre des regards, un petit peut avoir l'impression de se retrouver devant une inconnue quand, face à son bébé, la mère est envahie d'une étrange inquiétude qui la rend étrangère à elle-même et à son enfant...
Son petit visage boursouflé par les pleurs, Aimée continue à nous parler :
"  Tout me paraît si flou; quand j'ouvre ls yeux sur le monde qui m'entoure, souvent je les referme aussitôt car je n'ai pas encore la force de sauter dans cet inconnu.  Pourtant plus fort que la peur est l'appel qui remplit aujourd'hui tout mon coeur, tout mon corps : un besoin de tendresse , d'en donner , d'en recevoir.  Je veux aller à la rencontre de l'Autre.  Pourquoi y a-t-il tant de peurs qui flottent autour de nous ? "
Après nous avoir expliqué sa peur face à l'impression d'avoir perdu sa mère d'avant, celle de la grossesse, Aimée, par son comportement agité, nous relate sa difficulté à installer, en toute sécurité, la recherche, la découverte du monde dans les nouvelles dimensions qui se présentent aux sens de cette toute petite, principalement à son regard.  Ce regard qui était absent de la vie intra-utérine et qui, maintenant, lui fait tout apparaître sous le jour d'une nouvelle, inquiétante étrangeté.
Certaines naissances se passent plus difficilement que prévu.  Au lendemain, lors des retrouvailles oeil à oeil, mère et enfant ne se reconnaissent pas.  Un malentendu, un " malvu " pourrait-on dire, s'installe.  Mère et enfant sont traversés par le sentiment que l'être aimant et aimé " d'avant " n'est plus; Maman  aurait perdu son gentil bébé qu'est venu remplacer un enfant criard et nerveux.  Aimée a perdu cette maman qui la berçait de ses paroles intérieures pour se retrouver face à une femme gentille, attentive certes mais tendue, anxieuse, inquiète, qu'Aimée imagine déçue...
A force de ne pas se reconnaître, l'effroi naît au travers des échanges de regard.  L'oeil devient le sens qui mange, détruit l'autre.  L'angoisse s'installe encore plus fort, tant pour la mère que pour l'enfant, car on ne sait pas quelle paire d'yeux va manger l'autre des yeux et l'anéantir.
Pour se retrouver, pour se reconnaître, pour calmer la faim de ce bébé hurlant son angoisse, au-delà des caresses, il faudra du langage.  Celui qui  dira , expliquera la méprise, celui qui tel un baume cicatrisera la cassure, celui qui sera le ciment des retrouvailles

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