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La valse à trois temps c’est beaucoup plus charmant que la valse à deux temps.. la valse à deux temps c’est beaucoup moins dansant…(J. Brel)

Savez-vous ce que représente le chiffre 3 ? Bien plus que l’opération mathématique de 2+1 ou 1+1+1… Symbole du tiers terme, il est ce nombre fascinant qui nous délivre de la dualité. Il est le nous qui élargit l’espace entre toi et moi.

 

Mais aujourd’hui, où est donc passé le chiffre 3? Notre langage courant juge en termes de top ou nul. En classe, on fait partie des paumés ou des populaires. Entre bon ou mauvais s’efface la nuance et le potentiel d’erreur,  et s’oublie qu’entre le blanc et le noir, il y a une multitude de gris...

Le monde actuel nous piège. D’une part, dans l’excitation de la toute-puissance, nos désirs les plus fous étant réalisables, et d’autre part, dans l’insatisfaction, l’incapacité ou l’échec, de par notre refus d’accepter règles et limitations. Est-ce la raison pour laquelle la bipolarité est le trouble psychique par excellence de notre époque ? Tandis que pour éviter de s’épuiser dans le duel entre manie et dépression, un arbitre existe : le questionnement de notre rapport aux autres, au monde.

Dans bien des circonstances, l’individu d’aujourd’hui se trouve confronté à des relations duelles. Le raisonnement binaire l’emporte dans nombre de débats, imposant aux évènements un rapport direct de comparaison, d’antithèse, d’opposition. Là où une formule ternaire nous offre la possibilité d’établir une comparaison ou un rapport entre des quantités ou des concepts.

Pour nous sortir de la platitude de la hauteur et de la largeur, une troisième dimension existe : la profondeur. Le trois ouvre à la relation triangulaire. Le concept central qu’est le « tiers terme » joue un rôle essentiel, car il organise en séparant. C’est de cette position que travaille le médiateur, le coach, le thérapeute ou  l’audit auquel font appel les entreprises. C’est la place du père qui sépare symboliquement la mère et l’enfant afin de permettre à ce dernier de se construire dans une identité singulière.

Cette fonction de tiers se fonde sur le don de l’absence et de l’acte.  Elle est essentielle dans notre rapport avec nos enfants. Cette fonction offre de l’absence lorsque le père dit à la mère : « Ce soir je t’emmène en amoureux. Le petit est assez grand pour rester quelques heures sous la garde d’une autre que toi ». Or, souvent j’entends : « Depuis que nous avons des enfants, nous n’avons jamais quitté la maison sans eux… » Le manque d’absence empêche le « Nom du Père », freine la potentialité de lien social … Là où l’apport du tiers engendre des possibilités d’harmonie.

Le tiers c’est aussi le « Non du Père » qui impose des actes. Premier temps, l’enfant se lève de table en plein repas. Deuxième temps, l’adulte l’enjoint de se rasseoir en le menaçant d’une réprimande s’il récidive. Troisième temps, l’enfant se lève à nouveau de table. Si, à ce moment-là, l’acte d’appliquer la réprimande se retrouve bafoué, le résultat sera inconséquence et incohérence. Là où l’apport du tiers engendrerait de la loi et de la structure.

 

Il y a tant à apprendre de ce chiffre 3 qui, entre terre et ciel, nous permet de dire “Je”. Alors, ne l’effarouchez pas, laissez-le envahir votre quotidien.

 

Psychologies, Avril 2014