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J’aime les nuages, les nuages qui passent... là-bas... Là-bas... les merveilleux nuages! (Ch. Baudelaire)

L’imaginaire du vent et de l’eau est sans limite. Jamais un nuage ne sera identique à un autre, et chaque instant qui passe le transforme. Et si de nos vacances nous faisions une opportunité de mouvance? D’instants d’hymnes à la vie, à la possibilité de nouveaux regards sur le monde extérieur et sur notre monde intérieur.

Chérissons cette vacuité pour laisser advenir la saveur joyeuse d’autres petits gestes quotidiens et découvrir la beauté qui palpite dans nos vies. C’est dans les choses les plus simples que nous saisissons le mieux ce qui est grand. Un coucher de soleil, un ciel étoilé, le jeu d’un enfant, une plume qui virevolte. Ne nous leurrons pas, en nous invitant à vivre pleinement chaque moment sans se raccrocher aux réflexes connus, cette approche simple de la vie demande du courage…

Pareille prise de recul en appelle à abandonner radicalement l’utilité dominante que sont les intérêts purement économiques. Profiter de l’intermède de l’été pour s’échapper de la cage des devoirs et des “il faut”, et, tel un lâcher d’oiseaux, permettre à l’imaginaire s’éclater en tous sens. Renoncer à la tentation du contrôle, perdre de vue ses préoccupations habituelles, ses certitudes. Se confronter à la liberté, prendre le risque de s’aventurer dans l’inconnu. Oser la pulsion de vie qui pousse à l’inédit et affranchit de la répétition.

S’autoriser à ne désirer rien d’autre que d’être là. Oser des yeux détachés dans le vide ou fixés sur la promenade besogneuse d’une fourmi. Petits regards sur des minuscules riens pour embellir notre richesse intérieure. Bonheurs simples. Temps bénis qui  donnent au sublime le droit d’exister.

Et rayon enfants, capitulons devant l’emprise de la peur, lâchons le paradigme du risque zéro, arrêtons d’être culpabilisés “de ne pas être assez prudents” en brandissant le spectre de “l’accident” ! Laissez-les bricoler avec marteau, clous et scie. Grimper aux arbres, faire des cabrioles en vélo ou sur leur planche. Ils n’en deviendront que plus adroits et capables d’évaluer un risque. Et si d’un geste malhabile coulent quelques gouttes de sang ou s’annonce un « bleu », restons calmes et soutenons leur confiance en eux en les rassurant à la fois sur leur solidité physique et psychique.

Ne pas s’offenser d’une petite main boueuse qui d’un regard brillant se tend vers la vôtre. Comme à l’approche d’un pays lointain, la saisir doucement  pour se ramener quelques instants, quelques instants seulement, au pays de votre enfance… Cette main habitée de joie de vivre et d’enthousiasme vous réapprendra à jouer à saute-mouton avec les difficultés de la vie.

 

S’abandonner aux surprises de la vie est un art et une science....

 

Psychologies, Juillet 2014