Home Articles par Edition Psychologies Magazine Belgique De l'Ecole
De l'Ecole PDF Imprimer Envoyer

« L’école d’aujourd’hui est un crime que nous ne pourrons nous permettre encore longtemps ! » (Richard David Precht)

Voici à peine 6 semaines que l’école a commencé, et déjà ma rencontre quotidienne avec des écolier(e) s me renvoie au triste constat que le système scolaire, trop souvent, ennuie misérablement les enfants et voit leur curiosité naturelle se dessécher… Notre modèle de scolarité datant, à peu près, de la révolution industrielle, impose un moule demandant aux enfants d'avancer à la même vitesse. On freine les rapides, on humilie les plus lents.

N’est-il pas étonnant de constater que l’école reste obstinément étanche à toutes les découvertes récentes en neurolinguistique, psychologie et autres sciences ? Sachant, de nos jours, qu’un individu peut se concentrer un maximum de 20 à 30 minutes, pourquoi l’astreindre à un cours magistral qui dure 50 minutes ? La neuro-endocrinologie a prouvé que l’immobilité entrave le fonctionnement cortical, tandis qu’on oblige les enfants à rester assis sans bouger durant la plus grande partie de la journée d’école. Autre constat inquiétant : promouvoir le pouvoir de l'invention et protéger les territoires illimités de l'imagination ne font pas partie du cursus scolaire.

La matrice de l’école étant ainsi constituée, me rétorquerez-vous, que peut y remanier le quidam de parent ? Rien ? Vrai et faux. En tant que parent, on peut être suffisamment visionnaire pour arrêter de croire qu’aujourd’hui, seule la formation à une spécialité pointue, rare et bien rémunérée est garante d’un avenir prometteur. Acceptons que de nouveaux chemins s’ouvrent à nos enfants. Il est temps de prendre conscience que la technologie moderne, dont nous n’imaginons pas encore l’incroyable futur, les amènera à devoir imaginer leur projet de vie de façon autonome, solidaire et pluridisciplinaire. Plus que la course au diplôme, mobiliser la force de la motivation à entreprendre assurera leur avenir. Cessons de nous braquer sur le QI, aidons nos enfants à développer leur QE (quotient émotionnel). En stimulant les enfants à parler en public, en les faisant participer à des discussions philosophiques, en  les aidant à apprendre de leurs erreurs (au lieu de diaboliser celles-ci). Enfin,  en les ouvrant au bonheur de réfléchir et d’imaginer.

Stimuler une éducation ouverte à l’imagination et à l’intelligence relationnelle aidera les jeunes à développer une curiosité polyvalente. Il faut accepter l’idée que l’école n’est plus le seul lieu pour apprendre à connaître le monde et son histoire. Nous voguons dans un univers de connaissances universelles, dans lequel il faut apprendre à se relier à d’autres, à travailler en équipe, pour naviguer dans la jungle du savoir. L'usage des réseaux horizontaux demande de faire preuve de convivialité, de tempérance émotionnelle et d'un sens de responsabilité face à des pairs.

 

En plus de devoir se muer en une communauté d’apprentissage solidaire développant les facultés créatives, la curiosité et le désir d’apprendre, l’école de l’avenir sera celle qui saura réveiller l’enthousiasme et développer le savoir-être.

 

Psychologies, Octobre 2014