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« Le ton sur lequel nous parlons au monde est celui qu’il emploie avec nous. Qui donne le meilleur, reçoit le meilleur » (John Burroughs)

Tout contretemps porte en lui l’opportunité d’une réflexion. L’embargo russe sur nos poires belges, nous incitant à manger des fruits du Limbourg plutôt que des pommes de Nouvelle Zélande, est une occasion d’attirer notre attention sur une notion négligée mais non négligeable : l’énergie grise.

Si ce concept d'énergie grise est si peu répandu, c’est parce qu'il permet d'établir certaines vérités susceptibles de pousser le consommateur responsable à faire des choix peu compatibles avec les bases de notre société de consommation. Y être attentif exige de nous familiariser avec l'addition totale de l'énergie consommée pour les coûts de conception, de transformation, de transport, de commercialisation, de stockage, de vente, d'entretien et au final d’élimination ou de recyclage d’un produit. Ainsi par exemple, l’énergie grise d’un appareil électronique est en moyenne 3 fois supérieure à l'électricité qu'il consommera pendant sa durée de vie. Et pourtant, cela n’a pas empêché la vente de 10 millions d’ Iphone 6, trois jours après sa sortie.

Consommer les légumes de nos potagers ou les fruits de notre région offre des repas à faible quantité d’énergie grise. Sur le linteau de la cheminée de Diane de Poitiers est gravé :"Nul plat venu d’ailleurs". Elle était consciente du privilège dont jouit celui qui irrigue ses veines avec les fruits de son terroir. Consommer des aliments importés nous rend citoyen du monde, mais l’identité d’un être ne s’enracine-t-elle pas dans l’espace géographique qui le nourrit ?

A propos d’identité, il est intéressant d’analyser quelle part d’énergie grise ankylose nos messages et nos actes dans l’addition totale des énergies que nous dépensons au quotidien. Stresser, s’énerver, se mettre en colère, génère une charge non négligeable d’énergie sombre. Pareillement, dans notre rapport à l’autre, être désagréable, pessimiste, préjudiciable voir destructeur, rapide à juger ou à critiquer de manière négative, sont autant de pourvoyeurs d’énergie grise. En assombrissant notre vitalité ou celle des autres nous provoquons du malaise. Plus grave : l’énergie grise est une tueuse de rêves. Provoquant l’insécurité et le manque de confiance en soi et en l’autre, elle cautionne la peur et le doute. Le succès de la psychologie positive est une recherche de contrepoids à l’énergie grise dégagée par un univers harcelant, médisant, usant même de l'anonymat d’Internet  pour blasphémer. L’état d’esprit est une énergie puissante  qui gère en grande partie l’équilibre de notre vie psychique. Une énergie qui, par le biais de nos motivations et de notre dynamique, détermine notre rapport à la vie et au monde

Et l’engouement à « réseauter » pendant des heures, ne s’apparente-t-il pas aussi parfois à une production d’énergie grise ? Tandis que passer du temps avec des personnes proches en chair et en os équivaut à croquer une pomme bien de chez nous.

Tout comme il faut éviter les produits aux emballages inutiles, refusons le surcoût des messages négatifs, sources de grisaille relationnelle. Consommons la fraîcheur de l’optimisme et de la créativité.

 

Elles sont là, à portée de main, dans le cœur d’enfant dont nous avons tous gardé une part.

 

Psychologies, Novembre 2014