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Sea, Sex and Sun PDF Imprimer Envoyer

« Je ne puis nommer cette ardeur. Est-ce cela l’amour ? » (Tamino dans La flute enchantée)

Les vacances, c’est génial pour les enfants, mais stressant pour les parents d’ados qui rêvent de « sea, sex and sun ». Particulièrement, lorsqu’un parent tombe sur un commentaire émis par le petit copain de sa fille de 14 ans : « Les filles c’est comme des chaussettes, quand elles sont trouées on les jette. » Aux yeux de notre jeunesse, en matière de sexe, de quel rêve, de quel idéal s’agit-il ?

 

Malgré l’inquiétude parentale, parler de sexualité en famille reste souvent un sujet difficile. Pourtant la sexualité envahit à outrance la vie de nos enfants. Les bébés filles n’ont pas encore accédé à la marche que déjà on les habille comme de petites lolitas. Les amitiés des petits enfants sont d’emblée interprétées par les adultes en termes d’amour. « Et comment s’appelle ton amoureuse ? » demande-t-on au garçonnet en deuxième maternelle. Lorsqu’il s’agit d’amour et d’enfants, nous sommes pris, sans y réfléchir, dans un jeu pseudo-innocent. Pour vendre des sucreries, les publicistes n’hésitent pas à mettre des enfants dans des positions  suggérant des attitudes de fellation. Ni à promouvoir la mode au travers de corps de jeunes ados mis en scène en positions érotiques. Arrêtons de nous projeter dans la vie de nos enfants, d’y induire une sexualité semblable à la nôtre.

Dans cette société de plus en plus sexualisée, réalisons-nous que nombre de jeunes ne sont pas bien informés sur les questions de puberté, de relations sexuelles, de contraception ou de maladies sexuellement transmissibles ? A l’âge de faire leurs premières conquêtes amoureuses, ils se documentent sur Internet. A votre avis, les forums ou la pornographie doivent-ils être la source principale d’éducation à la sexualité ? Le porno désacralise la sexualité. Pour beaucoup d’ados la connaissance technique a remplacé l’imaginaire. Prendre ses responsabilités de parents ce n’est pas glisser, sans mots dire, des capotes dans le sac de son fils de 14 ans qui part deux semaines au camp avec un groupe de jeunes. Cela c’est présumer une sexualité, ce n’est pas en parler.

Dans le contexte actuel, comment contrecarrer le danger de voir son enfant être filmé ou se filmer nu, ou dans des jeux sexuels, et que le tout soit balancé sur la toile ? Oui, je sais que le respect du secret et de la pudeur des adolescents est indispensable pour maintenir avec eux une bonne communication. Rien ne nous empêche cependant d’encourager chez nos jeunes le droit de laisser la part belle au rêve et à l’idéalisation. Transmettons-leur un rapport à l’affection qui va à l’encontre d’une finalité immédiate pour valoriser l’attente, la maturation du sentiment, dans le processus de… « trouver la moitié de sa pomme », comme disait Dolto. Oui, je sais, entre attention et discrétion, l’adolescence demande aux parents un véritable exercice d’équilibriste, mais svp : parlez.

Si le premier rapport sexuel est attendu avec impatience, il est aussi redouté dans l’angoisse. Souvent, l’ado pense que faire l’amour, c’est jouir vite fait bien fait. Une fois introduit au sentiment amoureux, il sera très vite confronté aux impasses du désir. Là aussi, il faut rassurer et aider nos jeunes à comprendre que la jouissance demande du temps, une forme de maturité, un abandon total et un profond respect de l’autre.

Publié dans Psychologie Magazine Juillet Belgique 2015