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Orthodoxologie et Collapsologie PDF Imprimer Envoyer

Laissons deux mots nouveaux vagabonder dans notre imaginaire : orthodoxologie et collapsologie.

Dans son encyclique verte, parlant d’ « orthodoxologie », le pape François en appelle à faire preuve de réflexion et d’action dans le domaine de l’écologie. Nous mettant en garde contre la destruction de la planète, il déclare : « Nous ne sommes pas les simples bénéficiaires, mais les gardiens de autres créatures. » Commençons par être des gardiens attentifs à ne pas interdire l’enfance à nos enfants, tout en veillant à répondre à leurs besoins si différents de ceux des adultes. C’est pourquoi l’obligation d’envoyer les petits sur les bancs de l’école à cinq ans me laisse dubitative. N’ont-ils pas encore, à cet âge, besoin de se mouvoir en liberté afin d’étendre le dédale de leur imaginaire ? Par ailleurs, vue l’ampleur du stress parental par rapport à la réussite scolaire de leurs enfants, je crains la probable dérive : voir les parents apprendre les rudiments de lecture et de calcul à leur petit de quatre ans sous prétexte de le préparer à sa première primaire… La course à l’excellence met la jeunesse en danger. Il suffit de se référer au pourcentage d’échecs scolaires, de suicides, de dépendances de tous ordres, pour s’en convaincre.

 

Comme il n’est plus possible de nier rationnellement qu’un écroulement de notre civilisation est engagé, il me paraît inévitable, pour penser le changement, de s’ouvrir à la collapsologie : théorie de l’effondrement positif. La collapsologie est un domaine de recherche déjà investi par des scientifiques spécialistes du climat, de l’énergie, de la démographie et de l’agronomie (pour approfondir ce sujet, vous pouvez vous référer aux excellents ouvrages de Pablo Servigne).

Une sérieuse remise en question du système scolaire pourrait se concevoir sous la forme d’un éboulement positif. Afin que l’école devienne un lieu pour se construire et forger son esprit au sens critique et à la résolution de problèmes complexes inédits, au lieu d’être une superstructure impersonnelle au service d’un enseignement anonyme. La scolarité ne devrait-elle pas être un projet humaniste fédérateur de savoirs ? Cela entraînera, sans nul doute, plus d’engouement et de motivation de la part des élèves.

« L’homme est en danger, ce n’est pas seulement une question d’économie, mais d’éthique et d’anthropologie… » Le pape nous exhorte également à protéger la création et la vie humaine. Pour sauver l’homme, il nous faudra changer de regard, être moins prédateurs et compétitifs, pour devenir plus coopératifs et empathiques. Pour ce faire, un paradigme collapsologique sera d’effondrer l’idée que réussir, c’est s’enrichir, quel que soit le prix éthique à payer, cet impératif favorisant la tricherie. Le monde du football, de la politique, de la finance et celui des falsifications des travaux de recherche nous montre jusqu’à quel point la tricherie est aujourd’hui banalisée.

Face aux défis d’une gestion éthique des galaxies climatiques, énergétiques, technologiques et au défi de l’avènement d’une humanité pacifique, on ne manque pas de problèmes à résoudre.

Tout cela nécessitera une compétence d’orthodoxologie ciblée qui ne pourra faire l’économie de la collapsologie…

 

Publié dans Psychologie Magazine Belgique Septembre 2015