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"Le danger qui nous guette, c’est la conformité, c’est de périr sous le principe de précaution". (Philippe Gabilliet)

“T’inquiète, je gère”. L’homme occidental est épris de contrôle. Notre désir d’emprise sur ce qui nous entoure manifeste notre peur de faire face à l’inattendu. Trois fois, cinq fois par jour, ce couple se téléphone : « Tu fais quoi? » pour « pour savoir si tout va ». Manifestation d’amour ou pulsion de contrôle? Et ces enfants auxquels on dit : “Va jouer dehors mais ne va pas là où je ne te vois plus”, en se justifiant : “ Vous comprenez j’ai besoin de savoir ce qu’il fait, où il est”. Les voilà interdits d’initiative personnelle en toute intimité. Ou encore “Alors, raconte-moi, comment cela s’est-il passé à l’école?”  Ne vous étonnez pas du silence radio qui vous revient en guise de réponse. Certains enfants défendent leur droit au jardin secret.

 

Ne confondons pas la nécessité de savoir « se contrôler », c’est à dire dominer ses pulsions, gérer ses émotions, avec la tendance à vouloir « tout contrôler » afin d’éviter de mauvaises surprises. Ce désir de maîtrise camoufle de l’angoisse, des craintes, des peurs face à « ce qui n’est pas prévu ». Cette attitude se nourrit de l’illusion que l’imprévu peut se maîtriser par une programmation destinée avant tout à nous rassurer.

Contrôler, surveiller, vouloir tout savoir, programmer chaque évènement oriente nos antennes sans cesse vers l’extérieur, tels des radars jamais au repos, sans cesse à l’affût d’éventuelles menaces venant de partout et de nulle part. Loin d’épanouir notre vitalité, cette super vigilance fige le mouvement de la vie, qui se braque et s’inquiète dès que les repères du programme sont bousculés. L’individu qui cherche ainsi à bâillonner l’imprévisible oublie que vouloir tout contrôler induit un manque de confiance dans l’autre et de la part de l’autre, et par-dessus tout  un manque de confiance dans les forces positives de la Vie. Or, cette confiance est indispensable  pour vivre sereinement. La crainte, la méfiance, la frilosité, quels freins à notre liberté d’action…

L’énergie déployée par la confiance en nous et en la Vie nourrit notre désir de liberté, notre enthousiasme, notre créativité. L’incertain, l’inopiné, l’incontrôlable poussent la pensée humaine à s’ouvrir, à se développer, à s’adapter, à évoluer. La liberté mentale consiste en la capacité de produire des projets personnels avec la conviction que si une embûche, une erreur, un imprévu, un contretemps surviennent, nous avons en nous la possibilité de les surmonter.

L’existence est une longue route qui réserve des surprises et comporte des dangers, mais ce n’est pas une raison pour vivre continuellement dans la crainte. S’il nous faut bien sûr réfléchir, prendre des précautions, ne laissons pas la crainte de l’imprévu s’installer dans le quotidien.

Puisque le hasard, l’inattendu ont leurs lois que jamais nous ne materons, en avant, vive le lâcher prise ! Cela évitera les réactions de repli face aux requêtes des demandeurs d’asile qui manifestent notre peur de voir notre confort quotidien, programmé et sécurisé, être mis en péril…

Publié dans Psychologie Magazine Belgique Octobre 2015