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"L’école, cette institution de l’époque moderne qui est en grande difficulté" (Bernard Delvaux)

L’institution scolaire belge, en questionnement depuis des décennies, n’atteint pas ses objectifs. Si en âge d’obligation scolaire, le taux de scolarisation est proche des 100%, à l’âge de 15 ans, 48% des élèves ont redoublé au moins une fois... Avec l’espoir d’un résultat différent, les réformes des législatures successives ont toujours été dans le même sens. Hélas, ni l’augmentation considérable des dépenses, ni les tentatives de réformes structurelles ne se sont traduites par une réelle amélioration de la performance des écoles en termes d’efficacité, d’égalité des chances, ou de résultats.

 

Bien plus que la taille des classes ou la modernité des bâtiments, la motivation et la capacité relationnelle des enseignants sont des facteurs clés pour éveiller la mobilisation intellectuelle d’un enfant. Pourquoi un enseignant sur trois abandonne-t-il ce métier au cours des cinq premières années ? En Belgique, le manque de respect et de considération pour la carrière d’enseignant fait qu’elle ne figure pas dans le top 20 des professions les plus attractives… Ce métier, trop souvent, est assumé par des jeunes pour qui c’est un deuxième ou troisième choix de carrière. « Devenir instit de primaire parce que je ne trouve pas mieux... ». Quel contraste avec la Finlande, pays où l’école est d’un niveau particulièrement satisfaisant et où être instituteur de maternelle ou de primaire fait partie des trois métiers les mieux rémunérés et surtout les plus valorisés.

Plutôt que de nous lamenter sur le dégoût des enfants pour l’école, sur les échecs scolaires croissants, sur la déscolarisation, interrogeons-nous. Comment pourrions-nous améliorer la performance de notre système scolaire? Chacun de nous ne pourrait-il pas témoigner plus de reconnaissance et d’appréciation aux enseignants ? Sommes-nous capables de penser au-delà des étiquettes ? Sommes nous capables de soutenir notre brillant diplômé qui veut consacrer quelques années de sa vie à devenir prof de première primaire? Sommes-nous capable de lui dire autre chose que “Avec les études que tu as faites, tu peux faire une carrière bien plus valorisante. Non vraiment instituteur... laisse cela à d’autres... ». Nous, les parents, devons sortir de notre conviction que réussir sa vie professionnelle et tirer partie des beaux diplômes obtenus, c’est avant tout faire de l’argent. Si votre fils ou fille,  universitaire, veut s’engager à former les générations suivantes, n’ayez pas comme premier réflexe de l’en dissuader... Soutenons et respectons les jeunes animés par la croyance que la civilisation se transmet par l’instruction.

 

Nous avons un rôle à jouer, celui de contribuer à améliorer les relations entre le corps professoral et les familles. Les parents devraient soutenir l’enseignant qui stimule les notions de “mérite” et “d’effort”. Apprendre à vaincre une difficulté, à se dépasser devrait être au cœur de ce qu’offre l’expérience scolaire. Coordonnons nos efforts dans ce sens. A qui l’enfant doit-il faire confiance si parents et enseignants se dénigrent mutuellement ? Tout enfant a besoin de connivence entre adultes et non de rivalité. La dégradation des relations parents – enseignants et l’irrespect qui en découle  entraînent  les enfants fragiles ou moins suivis à un parcours scolaire chaotique.

Publié dans Psychologie Magazine Belgique Novembre 2015