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“Est-ce moi qui utilise mon cerveau ou mon cerveau qui m’utilise?” (Spirou n° 4081)

4 avril 2014: sous la houlette de la précédente ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, l’ensemble du parlement (N-VA et Vlaamse Belang exceptés) vote  la loi reconnaissant la profession de psychothérapeute et valide quatre courants théoriques. La formation nécessaire pour obtenir le titre de psychothérapeute est un baccalauréat suivi d’une spécialisation dans un des courants reconnus.

 

30 juin 2016: Volte-face politique à la belge. Opaque et tendancieuse - seul un courant théorique ayant été consulté - et conçue par Maggie De Block, actuelle ministre de la Santé, une réforme est votée: Le métier de psychothérapeute n’existera plus. La psychothérapie sera considérée comme un acte médical réservé aux médecins, psychologues cliniciens et orthopédagogues cliniciens (diplôme quasi inexistant en partie francophone). On élimine sans vergogne  les instituts de formation, la maturation personnelle, la diversité des parcours, la variété des approches psychothérapeutiques au profit d’un cursus académique complémentaire non précisé.

Par ailleurs, et c’est là que les choses s’aggravent “la psychothérapie implique que le praticien effectue des actes dont la valeur a été prouvée suivant la science psychologique”.  En d’autres mots, la psychothérapie disparaît comme profession et se réduit à un acte spécialisé comme une radiographie ou l’ablation d’un organe. Acte soumis à la seule logique de l’Evidence Based Medicine. Une telle approche nie l’impact de la parole  subjective, spécificité des êtres humains que nous sommes.

Or, en matière de psychothérapie,  il est démontré que le facteur déterminant s’avère être la personne même du thérapeute ainsi que son expérience plutôt que sa référence à un modèle théorique particulier... Réduire toute forme de psychothérapie à un traitement protocolaire, est véritablement aberrant. C’est renier l’aspect unique de chaque chemin de vie.

Apprendre et intégrer l’alphabet de l’individu normalisé est à l’opposé d’user des lettres pour composer le texte de notre vie. Il y a une différence entre s’adapter aux codes sociaux de la culture qui accueille et être standardisé et formaté selon des normes. Et être donc manipulable à souhait. Ce type d’imposition politique renvoie à des souvenirs du passé dont nous avons pourtant dit « plus jamais ça »….

La nouvelle loi implique un refus officiel de reconnaître les traitements par la parole pour ne donner un accès remboursé qu’aux thérapies pratiquant la rectification du comportement humain. Où donc retrouver nos valeurs fondamentales que sont le respect de la différence, de la spécificité, de l’autonomie et de la complémentarité? Il ne nous reste qu’à déplorer que dans cette nouvelle loi, l’indigence du fond se dispute à la brutalité des formes.

La Belgique devient le seul pays européen à supprimer le métier de psychothérapeute. On s’interroge : les parlementaires ont-ils voté cette loi selon la consigne ou selon leur conscience? Car en réalité, on constate que Maggie De Block met les médecins (généralistes) au centre du dispositif alors que ceux-ci n’étaient pas demandeurs. N’est-il dès lors pas à craindre que la consommation de psychotropes ne diminuera nullement ?

Psychologie Magazine - Septembre 2016