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Il est né le divin enfant…

Les systèmes éducatifs constituent une succession d’interprétations des besoins de l’enfant au fil de la trajectoire historique. « Dans le temps », l’enfant était considéré comme un adulte en devenir, se forgeant au gré des transmissions culturelles. Puis vint l’apport de Françoise Dolto qui a œuvré à accorder à l’enfant une place d’individu à part entière, doté du droit de disposer d’un désir propre. Ce nouveau regard entraîna un courant éducatif refusant de contrecarrer le désir de l’enfant, dans la crainte de le frustrer.  Apparurent alors nombre d’enfants-rois pratiquant sans vergogne un pouvoir certain sur les adultes. Le pouvoir engendrant ses excès, l’enfant-tyran détrôna le roi…

Et aujourd’hui ?

 

Tel le beaujolais nouveau, l’enfant-déifié, dont il faut vénérer tous les potentiels, est arrivé. Il grandit souvent dans une atmosphère de fusion mystique et de total dévouement parental. Ainsi,  certains bambins, hauts comme trois pommes, fâchés de se voir contrecarrés, n’hésitent pas à shooter dans les tibias parentaux et... ceux-ci se laissent faire. A moins que du haut de ses 5 ans, tel un justicier, le petit ne brandisse triomphalement la menace de “l’interdiction de me donner une fessée, sinon je téléphone au n°116.” Et le parent de se soumettre, tel les pécheurs craignant les foudres célestes.

Il est vrai que de dictatoriales bibles du “bon parent” font légion, prônant de répondre à toutes les attentes de l’enfant, d’être corps et âme à l’écoute de son désir, de ne  pas user de punitions. “Avoir un enfant c’est comme entrer en religion”  déclara une maman, épuisée de se plier aux derniers diktats en vogue. Le fondamentalisme, en éducation comme en religion, induit plus de souffrance que de sagesse… Plus que jamais les parents veulent être des parents “parfaits”, de crainte d’avoir à subir des reproches de la part des enfants.

Cherchant à être fidèles à ce savoir canonisé qui les enferme dans le dogme sacro-saint “du bien-être de l’enfant avant tout”, les parents s’arcboutent vers l’enfant, prêts à pallier ses moindres manques. La peur de porter les stigmates du mauvais parent les tenaille, vraisemblablement.

Est-il raisonnable qu’un enfant, parfois âgé de 6 ans ou plus, que cela ennuie de s’habiller seul, soit vêtu par un parent ou l’autre, si pas les deux ? Jusqu’à se plier à des caprices du genre :  ”Non ma chaussette je la veux sur l’autre pied” ? S’ils s’y refusent, l’enfant hurlera de rage, car la tendance veut que seul l’enfant sache ce qui est juste et bon pour lui...

Mais ces parents si dévoués, ne courent-ils pas le risque de voir leur projet éducatif s’enfermer dans l’idéal de l’enfant “parfaitementidéalementheureuxl”? L’accomplissement et le désir de réalisation des parents seraient-ils passés des mains de Dieu à celles de l’enfant divinisé? Un esprit critique fera comprendre qu’entre la réalité du terrain éducatif au quotidien et les textes qui fondent la vision moderne, il est indispensable d’employer son bon sens...

Par ailleurs, cette « prunelle de mes yeux » renvoie à un autre dilemme : comment sortir du monothéisme ? En effet, certains parents n’osent concevoir le désir d’avoir un deuxième enfant, tant ils se sentent coupables à l’idée de trahir l’aîné par un partage d’amour filial…

Psychologie Magazine Avril 2016