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Écrit par Diane Drory   


Commençons par le récit d'Anne, mère de deux enfants.  " Quand je fus enceinte pour la première fois, mon ventre resta pour mon mari un mystère, un lieu où se passaient d'étranges choses qui lui faisaient un peu peur.  Il regardait ce ventre sans comprendre, effrayé de voir des masses s'y déplacer.  A la naissance de Noémie, mon aînée , je fus très désarçonnée.  Entre le bébé dans les bras et celui que j'avais senti bouger dans mon ventre, il y avait un énorme hiatus.  L'un n'avait rien à voir avec l'autre!  Cet enfant déposé sur mon ventre était si différent de celui imaginé dans ma tête.  Toute mon approche de Noémie, longtemps dans ma tête et mon coeur m'incitait à la considérer, à la regarder comme un morceau de mon ventre, comme une prolongation de moi.
Dès le quatrième mois de grosesse, mon mari a joué avec Félicie.  Voir son père jouer avec l'enfant qui grandissait en moi m'a aidée à considérer d'emblée Félicie comme un bébé, comme une personne éxtérieur à moi; issue de ma chair mais non chair mélangée à ma chair ".
Voir et entendre la relation du père avec son futur enfant jette les premières bases de ce que l'on appelle la fonction paternelle, celle qui individualise et permet ainsi à la mère et à l'enfant de se différencier.
Cette fonction paternelle est aussi celle qui ouvre les chemins de l'autonomisation.  S'autonomiser, c'est découvrir que l'on peut désirer pour soi, c'est-à-dire avoir des projets différents pour soi que ceux escomptés par le désir parental.  La petite Angélique, du haut de ses 6 ans, nous résume en une phrase superbe ce que bien psy célèbres ont expliqué en des textes laborieusement réfléchis.  Ecoutons-là.
Elle nous raconte l'histoire d'un petit lapin bien en sécurité dans son lit.  Il ne s'endormait pas, pourtant il n'avait pas peur car il savait que sa maman était là et viendrait au premier appel.  Mais....
" le papa du petit lapin n'arrêtait pas de lire ses journaux, d'écrire ses lettres et à la fin le bébé s'ennuyait tout seul dans son lit, sans rêves ".  Oui, c'est le père et tout ce qui le représente, c'est-à-dire tout ce qui est différent de la mère, du projet maternel, qui permet à l'enfant de " rêver " .  Rêver s'entend ici dans le sens de " penser pour lui ", dans la différence de son existence propre.
Que les pères se le disent : " En prenant notre place, nous aidons nos enfants à grandir, c'est-à-dire à tenter de réaliser leurs rêves ".