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Les cinq points cardinaux de l’enfant

Face au forçage intellectuello-pédagogique auquel sont soumis certains enfants, les organisateurs de la quinzaine de la petite enfance ont voulu rappeler que l’éveil de l’enfant à la vie passe d’abord par l’expérimentation physique. Aujourd’hui, dans un monde dominé par l’écran, les valeurs de performance et l’obsession de la sécurité, l’enfance s’efface au profit d’une hyper cérébralité qui amène les enfants à être de plus en plus désincarnés à savoir de ne plus habiter leur corps. Or être humanisé ce n’est pas avoir seulement un corps vivant mais habiter ce corps de sens et de projets.

Pour devenir un humain incarné dans son corps, centré comme disent d’autres, l’enfant doit pouvoir expérimenter la vie de manière globale, sans segmenter à outrance un sens par rapport à un autre. Ceci se fera s’il peut expérimenter le plaisir de la relation à travers le jeu et l’art de prendre du temps.

Aujourd’hui, dans notre culture hyper individualisée, le défi des parents et des professionnels est de se battre pour une présence réelle à soi ET à l’enfant. Reconnaître un enfant, c’est lui reconnaître avant tout l’individualité de son corps. Que son corps soit quelque chose qui lui appartienne n’est pas une notion évidente pour l’enfant. Ce corps au départ totalement dépendant de l’adulte doit lui être rendu par les parents. L’enfant devient propre s’il ressent le droit à l’indépendance de ses membres inférieurs.

L’image d’un corps fonctionnant et complet sera déterminée par toutes les expériences sensorielles et émotionnelles de ce corps dans la relation à l’adulte et à l’environnement. C’est dire l’importance des expériences construites dans le registre de la communication c'est-à-dire tout ce que l’enfant aura entendu dire à propos de son corps, comment il aura senti qu’on le regarde, (ex : tu es maladroit) Rappelons que à sa naissance, le bébé est dans le désir de connaissance à travers la communication. ? Il découvre ses sens grâce à l’autre et par ses sens il découvre le monde.

Quels sont donc ces cinq points cardinaux qui donnent à l’enfant un visage intérieur à nul autre pareil ?

L’oreille : siège d’une intense activité de communication et signal de l’humeur intérieure, elle possède la formidable propriété de ne jamais se fermer. Face à l’autre, à l’enfant il est utile d’avoir souvent les oreilles à la place des yeux. « La puce à l’oreille »…

L’œil est l’étincelle du visage, il peut à lui seul exprimer toute la palette émotive, rire, sourire, pleurer, fustiger. Tout « nous sort par les yeux »…

Le nez nous fait connaître la nature des choses. Flair et connaissance sont ici confondus Une maxime populaire dit « Le sot n’a pas de nez ». Dans l’image inconsciente du corps, avoir un nez c’est être né, être en mesure de s’incarner.

La bouche, goulue et bavarde, elle engloutit et déblatère. Siège du goût, au propre elle reflète l’acceptation ou le refus de la nourriture, au figuré l’acceptation ou le refus des évènements. « Vomir une situation » mais nous espérons que vous quitterez la salle en ayant l’impression d’avoir été nourris

Le toucher fait parler la peau des états d’âme d’un dedans et enregistre une multitude de renseignements du dehors. Cette énorme « surface sensible » compte en moyenne 14 000 cm2 pour une femme et 20 000 cm2 pour un homme soit 1000 fois plus que la surface combinée de la rétine de nos deux yeux et 10 000 fois celle des deux tympans. Ce sens fait appel au corps entier, sens le plus archaïque, sens essentiel pour tout ce qui fait que « nous sommes touchés par l’autre ou qu’au contraire il nous laisse froid … »

Les sens ont plus d’un tour dans leur sac car la complexité des possibilités perceptives d’un organe sensoriel élargit notre possible connaissance de l’univers.

La peau permet d’entendre comme dit cette maman : « Quand mon enfant pleure, je l’entends à travers mon corps entier » L’autre jour un petit garçon m’explique : à ses oreilles j’ai vu que le chien a vu.  L’enfant qui lit un livre d’image suit souvent du doigt l’image comme si son doigt regardait, le tout petit met en bouche son hochet pour en goûter l’odeur, la texture et ainsi il appréhende la forme de l’objet et discerne les caractéristiques de surface et de matière. C’est bien connu, les yeux ont des oreilles et en nous regardant l’enfant cherche à entendre ce que l’on ne lui dit pas ! Entre adultes on a souvent un regard entendu… Les oreilles ont des yeux comme me l’expliquait Gaspard : «  Quand mes parents se disputent, je ferme les yeux pour ne pas les voir mais leurs paroles font pleins de vilaines couleurs et de méchantes formes dans mes yeux fermés »

Sensorialité et existence

Aujourd’hui nous nous sommes axés sur l’engagement du corps sensible dans la construction d’une individualité et qu’il y a donc lieu, dans un monde obsédé par la performance, de favoriser des activités qui apprennent la responsabilité d’être dans ses sensations, de les reconnaître afin de pouvoir les penser et donc les guider. L’intelligence n’est pas qu’une question de QI, si elle séjourne dans le cerveau, elle est nourrit par le corps entier car c’est lui qui en est l’esprit. L’engouement pour la connaissance rationnelle nous  fait parfois oublier que nos sens permettant l’expérience, sont nos portes d’entrées à l’existence.

Nous sommes sur terre pour nous incarner dans le monde, c’est ce que l’on appelle le processus d’individuation. S’incarner c’est permettre à nos mains de tâtonner à leur rythme et dans la terre que le petit malaxe il imprime des formes jusque ici inconnue de lui. La danse permet au corps de découvrir ses rythmes, etc. La reliance sensible à soi, aux autres et au monde apporte une autonomie qui défie l’emprise de l’individualisme ambiant. Sans doute s’est-on égaré dans la survalorisation des notions d’estime de soi en oubliant que l’essence de notre confiance passe par l’estime de l’autre. L’initiation au massage, au toucher nous permet de considérer l’autre comme soi-même.  La détresse de tant enfants dénonce que dans l’isoloir du « moi pour et par  moi » la solitude est intense. Ne sommes-nous pas sur terre pour éprouver la joie de vivre ?

Le plaisir

On nous parle beaucoup de plaisir et de l’importance que l’enfant en éprouve le plus possible. Mais c’est quoi finalement ? Souvent on constate que les plaisirs simples, ordinaires, facilement accessibles sont discrédités et risquent de passer inaperçus dans le tumulte du quotidien. Transmettre le plaisir de vivre c’est sans doute faire sentir à l’enfant que vivre c’est aimer » L’amour est dans le banal au quotidien. Dans la présence à soi et à l’autre. Nos sens en éveil nous font découvrir l’autre et tout ce qui nous entoure. Notre rôle d’éducateur est de faire apprécier à l’enfant d’exister au monde, sinon « à quoi bon vivre » ?  Si on n’aime pas sa vie, il ne reste qu’à survivre au déplaisir de la vie….

Et avant de passer la parole aux autre intervenants je reprend les paroles d’un enfant : « Quand un animal mange le nez, on n'est plus né ça veut dire qu’on est mort. On sent plus rien. On a plus de cœur. » S’il est vrai que le cœur est sans doute notre 6ème sens, mais il ne peut s’épanouir que s’il est animé par les cinq autres.

 

 

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