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Accueil et accompagnement familial

J’ai l’honneur et le plaisir de vous présenter aujourd’hui quelques facettes qui font du Sefia un service de placement familial pas comme les autres. Il y a quelques années déjà que j’ai la chance de collaborer avec plaisir et intérêt, en tant que formateur extérieur, avec les membres de l’équipe et avec l’ensemble des gardiennes maternelles.

Depuis 2008, le ministère de la famille a réparti l’accueil de jour en deux secteurs : secteur « conciliation vie professionnelle- vie familiale » ce sont les crèches, les maisons relais, les gardiennes. Le tâche première de ce secteur est de trouver une garde pour l’enfant, l’encadrement de la situation familiale étant secondaire. Le Sefia par contre est le seul service de placement qui fait partie du secteur « Aide sociale »  Leur mission est de permettre aux parents et aux enfants de conserver ou de construire une relation bénéfique dans des situations psychosociales difficiles. La situation de garde de l’enfant est un élément de base sur lequel se greffe un accompagnement familial global. Pour quoi ? Parce qu’il s’agit ici d’aider des familles traversant une situation problématique en s’appuyant sur les compétences de chaque membres de la structure familiale à l’aide, entre autre, des compétences de la famille d’accueil.

La tâche des membres de cette équipe ne se limite donc pas à trouver pour des enfants en rade de garde un lieu sécurisé mais assume aussi tout un volet social pour les familles en difficulté.

Les familles d’aujourd’hui

Bien des choses ont changé. L’affectif étant devenu le critère de la formation des couples et de la raison de la conception d’un enfant, les familles n’ont plus guère la stabilité d’antan et les séparations vont bon train. Il y a donc de plus en plus de familles en rupture, en souffrance, en difficultés psychologique et sociale. Le nombre de familles mono parentale s’accroît d’année en année ainsi que le nombre de familles recomposées.

Tout cela entraîne beaucoup de doutes, d’angoisses, de questionnement et de tension chez les adultes ayant des enfants à charge. Ce qui ne rend pas la vie des enfants plus facile, ni plus sereine surtout qu’il y a de plus en plus de familles en rupture, en souffrance, en difficultés psychologiques ou sociale.

Partout on se heurte à un nombre croissant de demandes de placement émanant de familles qui n’ont pas assez de revenus pour payer un placement et qui de surcroît nécessitent une aide ou un suivi social. A titre d’exemple, Spafa a eu, en 2006,  650 nouvelles demandes de placement ce qui entraîne un énorme travail d’analyse des demandes. De ces familles, il y a eu 92 placements réalisés au sein de Spafa et les autres familles ont été orientées vers une aide au logement, une crèche, un internat, un placement jour et nuit., etc. Ceci équivaut à un travail de réflexion non négligeable basé sur la philosophie de veiller à ne pas répondre immédiatement à la demande mais d’évaluer ce qu’elle sous entend.

Ceci conduit chaque suiveur a gérer actuellement 50 dossiers avec tous les problèmes qui surgissent, anorexie, refus d’aller à l’école, enfants que l’on ne vient pas reprendre à temps, etc.

Statuts de l’enfant.

Il n’y a pas si longtemps, l’enfant était considéré comme un don du Ciel, la Vie n’étant pas du ressort des humains. L’apparition de la pilule a changé la donne, elle permet de nous protéger de la venue d’un enfant…Car le désir d’enfant commence, en général à notre époque, par le refus d’en avoir un ! Enfant malvenu ? Dans notre culture, n’est-il pas paradoxal que cet enfant adulé, cet enfant qui fait vendre, cet argument publicitaire affiché partout comme emblème de valeur, ce même enfant ne soit pas le bienvenu ? Et pourtant, l’adulte ouvertement témoigne d’un double statut donné à l’enfant : il est à la fois un gêneur et un trésor auquel il ne peut rien arriver !

Une fois « mis en route » l’enfant se voit déjà porteur de grandes attentes. ! De nos jours, choisir d’accueillir un enfant a pour corollaire d’attendre de lui qu’il procure du contentement et satisfaction… La psychanalyse révèle le statut de l’enfant comme étant celui d’ « d’objet du désir parental », naît un sentiment de doute. Il ne s’agit donc de ne pas de se tromper !. » Enfant-objet ? Cet enfant devra réaliser les rêves de ses géniteurs. Les combler, les rassurer, les aimer, avec le risque de devenir, comme l’appelle Geneviève Delaisi de Perceval, l’enfant prothèse…Celui qui devra guérir les blessures narcissiques d’un parent ou qui répondra à une attente inconsciente de répéter un rôle déjà joué antérieurement dans l’histoire familiale….

Apparaît alors l’ombre de la culpabilité avec son défilé de peur de mal faire, de ne pas être assez à la maison, de ne pas donner à l’enfant tout ce dont il a besoin, de voir le couple se défaire. Enfant persécuteur ?

Etre enfant serait-ce devenu un métier ? De nos jours, trop souvent, nous attendons des enfants qu’ils apportent les solutions à nos problèmes ! Enfant parentalisé ! Adultes démissionnaires ? Adultes craintifs de mal faire ? Dans ce monde qui prétend tout contrôler, tout normaliser ose-t-on encore prendre des risques ? Notre époque a tant de mal à engendrer de la sécurité, or pour le précieux trésor qu’est l’enfant-roi, ne faut-il en assurer le maximum ? On lui demande donc son avis pour tout, on négocie les décisions…pour ne pas le fâcher.

Le travail de l’équipe du Sefia

Les rencontres que j’ai eues avec l’équipe restreinte et large, a été largement focalisée sur une réflexion visant à augmenter les compétences parentales avec comme collaborateurs les familles d’accueils. Un véritable défi pour les familles des deux bords et que la place de tiers terme que prend le service empêchent de tomber dans les problématiques de dualité inhérentes à ce type de relation de gardiennage.

Tout cela est loin d’être simple et c’est la raison pour laquelle il est important d’avoir des personnes de génération différentes dans l’équipe. Les jeunes ont l’enthousiasme de celui qui va changer le monde et…tombent malades après deux semaines de travail… tant ils sont assaillis de toutes parts par des questions sans réponse. Quand on démarre dans ce travail on manque cruellement de repères aussi il est essentiel que les aînés puissent accorder du temps aux plus jeunes afin de les guider en transmettant leur savoir-faire. Rappelons que chaque enfant et ses personnes de référence nécessitent un accompagnement psycho-social.

Ce travail est tellement déstabilisant que la permanence du personnel se procure en permettant à chacun d’avoir un hobby au sein de l’organisation (la ludothèque, le prêt de matériel)

Pourquoi parle-t-on de famille d’accueil et pas d’assistante maternelle d’accueil ?

Dans leur travail d’évaluation (et non de sélection), les membres du service ont du apprendre à avoir le droit d’être exigeant avec les familles d’accueil. Ceci les a amené à améliorer l’outil d’analyse des familles et de voir comment celles-ci pouvaient ou non répondre aux attentes des parents en demande.

Pour cette raison, il a été décidé lors d’une journée de réflexion qu’il était indispensable d’associer le mari de l’assistante maternelle à un certain nombre d’entretiens. L’impact et la richesse de sa présence sont loin d’être négligeables tant aux yeux de l’enfant qu’à celui de ses parents.

Tout l’art sera ‘évaluer et choisir des familles d’accueil en fonction de leurs compétences et de la sérénité psychique des membres de cette famille afin qu’elles puissent venir en aide à des parents souvent en détresse face à des enfants à élever. Ces familles devront donc être fiables, dynamiques et endurantes. Pour se faire, lors de chaque entretien d’évaluation le travail s’effectue en trois temps : Toute rencontre est liée à la logique des trois temps :

Le temps de voir

Le temps de comprendre

Le temps de conclure

Ceci afin de pouvoir travailler avec des familles fiables, dynamiques et endurantes.

On parle de famille d’accueil et non d’assistantes maternelle parce qu’il s’agit justement d’une cellule familiale qui doit pouvoir garder son intimité, tout un travail de réflexion a été fait avec l’équipe quant à la façon dont une famille d’accueil peut se protéger, reconnaître ses limites et avoir recours aux professionnelles du service pour être soutenues en cas de situations difficiles.

Les familles ont aussi l’avantage de suivre des formations qui les aide à faire face aux problématiques des enfants. Exemple : l’enfant qui fait une crise quand on lui refuse quelque chose.

L’échange entre les familles d’accueil est extrêmement riche et entraîne beaucoup de dynamisme et d’originalité et permet de se sentir moins seule face aux difficultés.

Entendre les demandes de garde

Tant de questions s’entrechoquent dans la tête des parents ! C’est un moment difficile où ils perdent le contrôle sur l’enfant. Cela entraîne parfois déchirement – culpabilité – ou fuite des responsabilités.

Inquiétude : L’enfant sera-t-il heureux ? L’enfant ne sera-t-il pas traumatisé ?

Communication : Vais-je m’entendre avec la gardienne. Oser dire. Se comprendre ? Ne pas être jugée ? Dénigrée ?

Crainte de la rivalité : si l’enfant s’attache plus à sa gardienne ?

Etre à l’écoute des liens que la famille et l’enfant ont tissés, tissent et la manière dont ces liens vont tisser l’enfant ou l’effilocher telle est une des missions de ce service. La question du lien sera dont le fil rouge au travail de réflexion effectué avec chaque famille. Et  à tous les niveaux de relation du travail : au sein de l’équipe, entre les familles, entre l’enfant et les différentes personnes qu’il a rencontrées ou rencontre au quotidien.

Une idée surgie du travail de réflexion des membres du service a été de marquer le lien par un travail de mémoire, par l’écrit. Chaque enfant un petit livre qui retrace son histoire chez la gardienne qui ainsi offre un passé à l’enfant, une base d’existence. Lorsqu’il y a sortie d’un enfant, une petite fête est donnée en son honneur et il reçoit le livre qui un jour sera peut être l’objet qui lui permettra de trouver un sens à sa vie.

L’art du bon matching

Etre à cette place charnière entre famille demandeuse d’aide et famille pourvoyeuse d’aide est une gageure à ne pas sous estimer. Il s’agit là d’un véritable travail social, c'est-à-dire de société. Le service oriente son suivi en veillant à une communication saine entre les partis et à la transmission d’une culture de solidarité et de respect mutuel de la différence.

Il s’agit de stimuler un travail de collaboration entre les deux parties et pour cela il est essentiel de bien analyser la demande et le life style des familles Il faut à la fois comprendre la famille qui demande de l’aide et celle qui offre un accueil car c’est le lien de confiance qui sert d’arc boutant du cadre de vie offert à l’enfant. Une des clés pour ce faire sera de voir comment respecter l’intimité des enfants et de  ses parents tout en leur faisant accepter les limites et l’intimité de la famille d’accueil.

Dans la situation que nous concerne, ce qui fait lien c’est l’enfant Un travail de supervision et de réflexion avec l’équipe des suiveurs a permis d’élaborer une culture d’entreprise du Splafa à savoir : LE LIEN. Attache ou attachement, le lien n’est pas indifférent. Soit il contrarie car il entrave soit il sécurise et est espoir de plaisir.

Le but final d’un bon matching est d’offrir aux mineurs d’âge un maximum de chance de développer une structure psychique sécurisée et sécurisante leur permettant de devenir des adultes responsables. Car une grande partie de l’éducation se trouve du côté de l’exemple, bien plus que du côté de l’information. De la manière dont les familles d’accueil agissent envers l’enfant et dont celui-ci en tire profit seront, qui sait, peut être un jour des éléments essentiels lui permettant de soutenir sa résilience s’il traverse des moments difficiles dans son parcours de vie. Le fil conducteur sera de faire de la famille d’accueil un vecteur de stabilité pour l’enfant. C’est pourquoi un travail de suivi se prolonge parfois dans le temps bien au-delà du temps de placement.

Par rapport aux familles d’accueil quels sont les mots d’ordre.

Accueillir ce n’est pas se soumettre à tous les désirs des parents. De chercher à les rassurer en faisant tout comme eux. Ce qui met un enfant bien dans sa peau est un adulte qui fonctionne en harmonie avec sa personnalité.

Un lieu d’accueil est une famille élargie et non une famille de remplacement.

La famille d’accueil est un lieu professionnel et non un lieu de maternage.

La famille d’accueil n’est pas une deuxième mère ! Ceci évite les conflits de rivalité.

La famille d’accueil n’est pas là pour compenser, être bonne là où l’on croit que l’autre est mauvaise, elle est là pour qui elle est et pour ce qu’elle a à apporter.

La famille d’accueil est là pour soutenir les parents et non pour les remplacer, l’accueil n’est en rien une adoption.

La famille d’accueil a toute sa valeur de par sa différence. Qu’elle le veuille ou non, la gardienne est une référence.

Conclusion

Je voudrais, aujourd’hui, souligner la rigueur et le professionnalisme de l’équipe du service de placement Sefia. Ils se sont donnés les outils et le temps pour se former, pour se poser les questions essentielles face à des situations de plus en plus complexe et des demandes de plus en plus pressantes. Cela demande à chacun un travail personnel et demande au service de consacrer une part de son budget à cette formation permanente. En plus d’une formation, un travail de supervision individuel est indispensable car il faut se rendre compte que chaque cas renvoie à un pan de son histoire personnelle, qu’il faut pouvoir faire la part des choses ce qui n’est pas toujours simple.

Loin d’être banal, ce travail demande chaque jour de faire appel à la créativité et à l’efficacité. On ne s’improvise pas famille d’accueil, il faut plus d’un an pour apprendre à mettre en place ses limites, apprendre à dire Non, apprendre que personne n’est LE sauveur et accepter avec l’humilité que face à certaines situations on est impuissant.

Il est rassurant que l’équipe ait choisit de limiter le nombre de dossier par suiveurs sinon l’enfant passe au second plan ce qui est totalement contraire à l’idéal du service. Mais face à l’augmentation des demandes, on constate un manque cruel de places pour répondre aux demandes.

Or pour ces familles en difficulté il faut disposer de  places de qualités. En effet, actuellement les enfants manquent de plus en plus de stabilité dans le temps et l’espace, manquent de temps de communication. Et pourtant la chose la plus essentielle pour l’enfant est de lui permettre que se tisse dans son cœur le sentiment qu’il n’est pas seul au monde, qu’il est relié à des adultes qui assurent de la permanence et de la cohérence. C’est le grand atout des familles d’accueil que le Sefia guide et soutient.

Au nom de tous, je vous remercie, Madame la Ministre, pour ce choix de société qui est d’avoir  intégré le Sefia au secteur de « l’aide sociale ». Ceci n’est-il pas la preuve que les politiques d’aujourd’hui prennent leur responsabilités envers les enfants qui demain seront parents à leur tour !

Je vous remercie

 

 

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