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Les vacances, un temps pour s’ennuyer entre vide existentiel et imaginaire merveilleux

Les vacances d’été touchent à leur fin. Mais pendant les congés, vous êtes-vous ennuyé ? Avez-vous eu l’impression que le temps ne passait pas, qu’il s’étirait même ? Rien de grave, au contraire : s’ennuyer, au fond, c’est se faire face… pour, peut-être, mieux se connaître.

Gaylord Culot, Le Soir, 21 août 2026  

Dehors, le soleil brille. C’est l’été : il fait beau, il fait chaud. Vous vous installez confortablement dans un fauteuil, un livre en main. Et puis, soudain, vous vous rendez compte que vous n’avez pas envie de lire, mais que vous n’avez pas tellement envie de faire autre chose non plus. C’est l’ennui qui frappe à votre porte, sans crier gare, et vous voilà face à vous-même.

Cette lassitude, quand elle s’installe, comment penser, à quoi réfléchir ? Pour y répondre, deux regards se croisent : d’un côté, la psychologie, et de l’autre, la philosophie.

« L’ennui, c’est un désir, c’est la nature humaine », explique Jean-Michel Longneaux, professeur de philosophie à l’UNamur. « On pourrait l’exprimer comme un désir dans le vide. » Car cette lassitude commence quand le désir ne se porte plus sur rien, et n’a plus d’objet précis. Le philosophe continue : « Comme l’exprimait le philosophe Schopenhauer, la vie humaine est un pendule oscillant du désir à l’ennui. » Or, s’il n’y a plus de désir, il ne reste que la souffrance. « L’ennui vécu comme tel, c’est avoir envie de faire des choses sans savoir quoi, donc le temps n’en finit pas. »

Un esprit vagabonde, dans l’attente d’une distraction

Ressentir ce désœuvrement n’est pas synonyme de dépression. L’absence totale de désir, n’avoir envie de rien : le dépressif est au-delà de cette torpeur. « Ce dont l’ennui est révélateur, c’est que l’être humain laissé à lui-même ne se supporte pas », raconte Jean-Michel Longneaux. C’est insupportable de se rendre compte du vide de soi, de l’existence. C’est, comme dirait Gainsbourg, le spleen qui pousse à cette pensée, à remettre en question sa vie, ses choix.

Face à la monotonie, il y a le divertissement. « Les gens sont prêts à faire n’importe quoi pour se distraire », continue le philosophe. Le classique du pain et des jeux, en somme, qui occupe l’esprit. Et aujourd’hui, c’est le smartphone qui a pris cette place : scroller, chercher, aller de contenu en contenu. Jean-Michel Longneaux insiste : « Notre société, celle de la performance, de la productivité, de la créativité, ne supporte plus l’ennui et s’organise pour qu’il devienne impossible. » Consommer, toujours plus, pour tuer le temps.

Fuir la monotonie pour créer et rêver

Mais s’ennuyer n’est pas forcément négatif. Diane Drory, psychologue spécialiste des troubles de la petite enfance, compare ce détachement à un moteur créatif. « En quelque sorte, l’ennui est aiguilleur de désir : il m’oblige à regarder les autres. » Alors, il y a le passé, refuge face au vide. Une madeleine de Proust, souvenir d’un moment de l’enfance où ne rien faire était permis. « Quand j’étais enfant, je tournais en rond dans le jardin jusqu’à trouver une idée », explique la psychologue. Et aujourd’hui encore, elle dit : « Je pense que l’ennui est le plus beau cadeau que la vie puisse me faire. »

Pour autant, rester sur une chaise, le regard éteint, ce n’est pas une bonne idée. « Le vide vient révéler un vide préexistant, il ne le crée pas », selon la psychologue. Chez l’enfant, pourtant, ce flottement peut être la source des rêves. « S’ennuyer permet à l’enfant d’ouvrir les yeux, de penser à ce que font les autres. » Par exemple dans un livre, qui pousse l’enfant à imaginer les actions d’un personnage. Et donc, de désirer vivre les aventures de celui-ci.

« La société pousse les parents à dire qu’il ne faut pas s’ennuyer : ce serait perdre son temps », continue la psychologue. Si pendant l’année, les enfants n’ont, comme les adultes, pas le temps de s’ennuyer, ce n’est pas le cas pendant les vacances. « Le temps des vacances, c’est le temps où l’on est vacant, où il y a du temps : cette vacance permet l’ennui ». Elle ajoute : « Avoir le temps de s’ennuyer, c’est le rêve ». Pendant les vacances donc, le temps passé à s’ennuyer… n’est pas vraiment perdu.

Après la langueur, mieux se connaître

A l’instar de Diane Drory, Jean-Michel Longneaux juge l’ennui ambivalent, à la fois souffrance et chance. Chance, car l’inactivité offre le temps d’apprendre à mieux se connaître. « C’est cette occasion de s’arrêter sur soi, de réfléchir à ce qu’on a fait jusqu’ici, à qui l’on est. » Il se souvient de la période du confinement durant le covid. « Au sortir de cette période où l’ennui les avait gagnés, des gens ont été amenés à se réorienter, à changer de métier », se rappelle-t-il. « Quand on ne se connaît pas, on a envie de tout essayer, on risque de se casser la figure : en se connaissant, on augmente ses chances d’être heureux. »

« Notre imaginaire est une faculté extraordinaire, parce qu’elle permet de transformer le monde », poursuit le professeur de philosophie. Et dans une société qui n’a pas le temps de s’ennuyer, s’imaginer transformer le monde est tentant. Jean-Michel Longneaux conclut : « Si les gens réfléchissaient vraiment à eux-mêmes, à ce qu’ils veulent dans le monde tel qu’il est… il n’est pas impossible que naissent des révolutions. » 

https://www.lesoir.be/766361/article/2026-08-21/les-vacances-un-temps-pour-sennuyer-entre-vide-existentiel-et-imaginaire