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Mon enfant et le cybersexe

Smartphone et tablette en mains, certains enfants ont leur premier contact avec la sexualité à travers les images chocs de YouPorn. On fait quoi?

Sandrine, maman d’une petite Léa de sept ans, a imaginé mille et un scénarios quand, il y a deux ans, sa fille, qu’elle habillait avant le départ pour l’école, lui a raconté que sa copine Laura lui avait montré sur internet « des madames sucer les zizis de messieurs, des messieurs lécher la kikine des madames et utiliser des faux zizis».

Article paru dans Elle, par Isabelle Blandiaux

« Sur le moment, j’ai eu l’impression de me vider de mon sang. Et, comme je ne me voyais pas aborder la sexualité avec ma fille à travers les images très crues de YouPorn, j’ai essayé de la rassurer en lui disant qu’il s’agissait d’acteurs et que c’était un site pour les adultes, assez mal fait d’ailleurs. J’ai évidemment prévenu les parents de Laura qui ont eux aussi parlé à leur fille, mais de manière plus précise certainement puisqu’elle était un peu plus grande que Léa. Quand à ma fille, même si je suis parvenue à la distraire et à la rassurer, elle a quand même reparlé de l’incident à différents moments, pendant environ un an. »

Bien sûr, pour éviter ce genre de problème, on peut acheter des applications de contrôle parental et les installer sur les tablettes et les smartphones qui sont utilisés par les enfants, mais l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est pourquoi la psychologue et psychanalyste spécialiste des troubles de la petite enfance, Diane Drory, conseille plutôt aux parents de miser sur la prévention. « On peut expliquer à son enfant qu’en surfant, il est tout à fait possible qu’il tombe sur des images choquantes, qui vont l’effrayer, parce que ce genre de choses existe aussi sur internet. Et lui dire que si ça lui arrive, il doit en parler à un adulte.» La bonne attitude si c’est arrivé à votre enfant? Avant tout, ne pas se fâcher car l’enfant est déjà sous le choc de ce qu’il a vu et bien souvent, il s’est retrouvé face à la cybersexualité par accident et non de manière intentionnelle. «On doit aussi lui expliquer que ce n’est pas ça l’amour entre deux personnes, que certains adultes se comportent de cette manière, mais que ça ne signifie pas que tout le monde le fait et que lui ne sera en tout cas pas obligé de le faire quand il sera plus grand.» Et puis, il faut ensuite vérifier qu’il ne reste pas troublé par cette mésaventure. «Deux semaines après l’incident, on peut lui demander s’il y a encore pensé, s’il y a des choses qu’il n’a pas comprises. L’idée est de lui montrer qu’on reste ouvert au dialogue.»

Diane Drory, psychologue : « Des gamins de 12 ans demandent des fellations à leur petite amie. »

Car la question est de savoir ce que deviennent ces images quand elles s’impriment sur la rétine puis dans le cerveau des enfants.

Diane Drory se dit inquiète de la tournure que prend la sexualité chez les jeunes, de plus en plus imprégnés par la pornographie. « On retombe dans des schémas où les filles sont hyper soumises, priées de faire tout ce qu’il faut pour que les garçons aient du plaisir sans pouvoir se soucier du leur. Dans mes consultations, je constate que de plus en plus de garçons demandent des fellations dans les toilettes à leur petite amie de 12-13 ans. Tout cela parce qu’ils ont vu du porno et qu’ils trouvent cela normal. » D’où l’importance pour les parents d’insister sur le respect du corps – le sien et celui de l’autre – dès l’enfance. « On ne fait pas à l’autre ce qu’on n’a pas envie qu’on nous fasse. On ne peut pas nécessairement faire à l’autre tout ce qu’on rêverait de lui faire, certaines choses doivent rester de l’ordre du fantasme. Et on ne peut pas toucher l’autre s’il n’en a pas envie. »

Dans les écoles aussi, la prise de conscience de l’évolution de la sexualité chez les jeunes incite à réagir.

Ainsi, en Fédération Wallonie-Bruxelles, deux séances d’éducation sexuelle sont organisées en sixième primaire, via les centres psycho-médico-sociaux (PMS). « C’est vrai que c’est un peu tard », souligne Annick Le Boulengé, directrice de l’École primaire communale n°6 à Schaerbeek. « Alors, on organise aussi des animations pour développer l’esprit critique en rapport avec l’utilisation d’internet, pour éduquer au respect du corps. Certains enfants ont un smartphone parce qu’ils rentrent seuls chez eux dès la deuxième primaire. Il est déjà arrivé qu’on trouve des images porno sur le téléphone d’un élève de sept ou huit ans. Quand j’ai convoqué les parents pour leur en parler, ils étaient très choqués. »

En raison des problèmes auxquels elle était confrontée dès la maternelle via son internat, l’école Plein Air d’Uccle accueille, depuis 2003, à l’initiative de la Fédération laïque des centres de plannings familiaux, une cellule Evras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle), rebaptisée aujourd’hui cellule Plein Cœur. « L’idée : apprendre aux enfants à parler petit à petit de tout ce qui est relationnel, affectif et sexuel de façon fluide et simple. Ce qui s’exprime et peut être verbalisé posera moins de problèmes. On peut espérer que cela permette également de prévenir des abus sexuels », explique Isabelle André, infirmière au centre PMS communal de Uccle. Deux ou trois séances sont organisées par an, avec des animateurs et des animatrices de plannings familiaux, de la troisième maternelle à la sixième primaire . « Avec les tout-petits, on parle surtout des émotions, de comment exprimer ses sentiments. On apprend aux enfants à dire “non”, on insiste sur le respect du corps. Au début des primaires, on aborde la famille et ses différentes formes : monoparentale, homoparentale, recomposée... On évoque aussi l’amitié et l’amour. À la préadolescence, on va plus loin, sur la reproduction et l’accouchement. Il s’agit plus d’une animation que d’une information, donc cela peut complètement dévier en fonction des questions des enfants. On utilise les mots adaptés à leur âge, mais les animatrices parlent en termes exacts de l’anatomie. Ce qui me frappe, c’est que les questions sur la sexualité qui venaient en secondaire il y a dix ans sont aujourd’hui posées dès la troisième ou quatrième primaire. »

« Ils n’ont pas 5 ans qu’on leur demande s’ils ont une amoureuse. Cessons de les adultiser »

La méthode convainc pleinement Charlotte, maman de Léon, élève de 9 ans à l’école Plein Air. « Je suis très ouverte aux diverses sexualités et genres, je soutiens la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels) et on en parle pas mal à la maison. Mon fils réagit même aux propos homophobes des adultes quand il en entend. Il n’a jamais posé de question sur le sexe parce qu’il reçoit déjà les réponses à l’école et s’y connaît même parfois mieux que moi sur la guerre entre les spermatozoïdes, sur le fonctionnement des ovaires et des ovules. Il ne ricane pas, n’est pas gêné quand il est question de sexualité et s’interroge très sainement sur le genre. Je me demande quand même quel impact cela va avoir sur lui à l’adolescence. Est-ce qu’il ne va pas percevoir mon attention particulière à l’égard des gays comme une demande implicite de ma part, comme une incitation à être homosexuel ? » À cela, Diane Drory répond que « la sexualité se cherche à tâtons ». « Elle n’est pas définie pour tout le monde d’emblée. Il est donc très important de laisser l’adolescent – très malléable – faire son chemin selon son histoire sans en tirer de conclusion hâtive, sans coller des étiquettes sur ses comportements. » Aux parents de revoir aussi leur manière d’agir. « L’enfant n’a pas 5 ans qu’on lui demande déjà s’il a un(e) amoureux(se). Ce faisant, on induit que les histoires d’amour sont de son âge, on induit aussi le toucher, le baiser sur la bouche... Ce qui n’est pas d’emblée la façon dont l’enfant vit l’amour. Cela peut conduire des garçons et des filles en fin de primaires ou en début d’humanités à avoir des comportements d’adultes en matière de sexualité. Or, leurs corps ne demandent pas encore cela. Ils calquent juste leurs comportements sur ceux des adultes parce qu’ils pensent que c’est ce qu’on attend d’eux. Évitons donc de les “adultiser” et continuons à leur parler avec poésie. »