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Sommes-nous devenus trop fusionnels avec nos enfants?

Et si on les aimait… trop?

Jamais les enfants n'ont été aussi désirés, programmés, choyés. Jamais les parents n'ont été si proches. Et pourtant, les experts nous encouragent à les lâcher… progressivement. 

Texte Catherine Pirlot avec la collaboration de Diane Drory, psychologue et psychanalyste, Dana Castro, psychologue et Beatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

"Je suis maman de deux grands enfants et tout le monde dit qu'avec le plus jeune, nous avons une relation fusionnelle. Mon fils partage presque tout avec moi, nous avons des moments de grand bonheur car nous sommes complices, amis pourrait-on dire. Mais je reconnais que cette complicité a des dérives. Avec le temps et l'âge, il me fait des remarques qui ne devraient être formulées que par un compagnon ou un époux. J'ai parfois l'impression qu'il aimerait diriger ma vie. Mais que faire? Pas facile le retour en arrière! Surtout quand on se heurte à un mur d'incompréhension. Je pense qu'il faut attendre que chacun retrouve sa place et son rôle, dans la compréhension mutuelle et le dialogue…"

Diane Drory, spécialiste des troubles de la petite enfance, n'est pas étonnée par la situation que vit cette maman. "La donne a changé depuis vingt ans en matière de relations parents-enfants, rappelle-t-elle. Aujourd'hui, l'enfant est devenu le héros de la vie de ses parents. Ils cherchent à le combler mais veulent aussi -inconsciemment ou pas- qu'il réponde à tout ce qu'ils attendent de lui. C'est aussi simple que cela."

Assurance tous risques

"Rien n'est plus normal que d'être en fusion à certains moments de la vie", ajoute-t-elle. Dans le ventre maternel et lors des premiers mois d'existence du bébé, les désirs de la maman et de l'enfant sont entremêlés. Leurs besoins aussi. Cette découverte mutuelle est évidemment vitale. Mais il y a un temps pour tout. Et ce qui questionne, c'est le temps durant lequel cette relation perdure et empêche l'enfant de respirer son propre oxygène, de faire ses expériences, d'être en échec. Même si nous vivons des moments de grande présence avec nos enfants ou ados, la fusion doit se délier pour faire de la place aux autres mais aussi à l'accident, au risque. "C'est un grand problème aujourd'hui, s'inquiète- t-elle, les enfants ne peuvent plus prendre aucun risque. Rien ne doit leur arriver. Stressés par le travail, la crise, certains parents en ont fait en quelque sorte un bonus ou un refuge. Comment voulez-vous qu'ils  puissent s'échapper de cette force centripète, sauf de manière brutale ou inattendue?"

Compenser les difficultés

"Une fusion raisonnable participe au plaisir d'être ensemble, nuance Dana Castro, notre seconde experte. Mais le 'collé-serré' devient problématique lorsqu'il n'est qu'une forme de compensation. Notre quotidien est de plus en plus intense et nos intérêts aussi variés que nombreux - ce qui est normal. Je rencontre des parents qui se sentent coupables de faire mener à leurs enfants une vie un peu dingue à cause de leur propre suractivité. Alors pour se sentir 'bons parents', ils les emmènent partout, même en sortie tard le soir. Une autre raison est à trouver dans l'anxiété permanente qu'ils éprouvent. 'Que va devenir mon enfant sans moi?' Comme s'ils étaient les seules personnes sources de bien-être." Il est vrai que le climat ambiant est flou (On ne sait pas où on va, l'imprévu guette, la planète se dérègle)  et contribue à nous rapprocher excessivement de nos enfants.

Skype, SMS, mails : la fusion dans le contrôle

Les nouvelles technologies nous jouent également un sale tour, dans la mesure où elles induisent une urgence psychologique. "Au secours! Mon enfant vient de terminer son match de foot, il ne me répond pas, qu'est-ce qui lui est arrivé?"  Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne, pointe cette manière de communiquer qui alimente les comportements familiaux fusionnels. "Elles nous donnent le pouvoir de savoir ce que nos enfants font et vivent à tout moment. Et cela renforce notre besoin de tout contrôler. Les générations précédentes ne disposaient pas de tous ces moyens. Une fois les limites d'éducation posées, les parents n'avaient pas d'autre choix que de lâcher prise. J'invite régulièrement certains couples à prendre conscience que leurs enfants ne leur appartiennent pas et que la meilleure éducation à leur offrir c'est de les accompagner à devenir adultes, explique-t-elle. Je comprends, par ailleurs, combien ce pas est difficile à franchir dans les familles monoparentales. Papas ou mamans sont de plus en plus nombreux à s'être investis énormément pour élever 'seuls' leur enfant. Ils ont besoin non seulement d'être rassurés mais sont en attente d'un retour affectif énorme." Diane Drory rebondit: "Aujourd'hui, dès qu'il y a un passage à vide, il y a souvent séparation. Tandis qu'être le parent de son enfant, c'est pour une vie. Rien d'étonnant alors que ce lien soit surinvesti; celui-là au moins, on ne le rompt pas."

Le jour où ils quittent le nid…

… est un cap pour la plupart d'entre nous. Pour d'autres, c'est carrément la catastrophe. Béatrice Copper-Royer, auteur de l'ouvrage Le jour où les enfants s'en vont (*) constate un nouveau phénomène: depuis peu, les jeunes vivent eux aussi la précarité de l'emploi, le coût exorbitant des logements. Avec comme conséquence qu'ils quittent de plus en plus tard la maison mais par contre y reviennent plus facilement. Ces allers retours aident finalement les parents à couper progressivement le cordon ombilical. Ceux-ci se rendent compte que la cohabitation avec leur jeune devient difficile. Au troisième départ, ils souhaitent vraiment qu'il soit indépendant pour de bon.

Papa fusionnel

Ce phénomène touche les nouveaux pères qui ont découvert le bonheur de passer du temps avec leur enfant, le langer, lui donner le bain, être câlin. "C'est génial! Mais un papa ne doit pas être que cela, insiste Diane Drory. Le rôle et la fonction symbolique d'un père, c'est aussi de pousser l'enfant à sortir du cocon, à prendre des risques, à découvrir le monde. Je dis toujours qu'il faut 50 % d'amour loi et 50 % d'amour câlin."

Les dommages potentiels

> L'enfant risque de se renfermer, de ne plus être curieux du monde extérieur.

> A l'inverse, il peut aussi casser la relation de manière abrupte, sans que ses parents comprennent ce qui leur arrive.

> La fusion peut couper la notion d'engagement et d'effort  (papa et maman sont là pour tout faire à sa place!).

> Sa confiance en lui peut être diminuée, s'il n'a pas pu apprendre "à sa façon" et tirer les leçons de ses expériences.

> Il porte un poids trop lourd sur les épaules. Lorsqu'on ne le confie jamais à d'autres, il prend trop d'importance dans la vie de ses parents. Il faut qu'il sente que ses parents sont une unité qui se suffit à elle-même.

> Cela ne favorise pas l'alliance avec les frères et sœurs. Des conflits risquent de ressortir plus tard ou à la mort des parents.

> C'est aussi prendre le risque que l'enfant raconte des mensonges pour rassurer ses parents et en même temps se dé-fusionner.

Parents poules ou parents fusions?

Ce n'est pas parce qu'on est parent poule qu'on est d'emblée fusionnel. On peut au sein de la famille bien individualiser son enfant, le laisser choisir mais par contre lui dire: "Ah non, tu vas pas prendre ton vélo, il fait trop froid."

Témoignages

"Je n'ai jamais autant embrassé ni câliné les aînés."

Carine, 38 ans "Mon troisième fils, Louis, a sans doute été le plus heureux des bébés. Je n'ai jamais autant embrassé ou câliné les aînés. J'en étais gaga. Le soir, il m'arrivait d'aller le revoir une dernière fois dans son lit avant d'aller dormir. J'adorais son odeur de bébé et enfouissait mon nez dans son cou. Aujourd'hui, il a 16 ans et est devenu le plus autonome de nos enfants. Presque réfractaire à tout signe d'affection ou d'effusion. Il m'arrive de me demander si cela a un lien avec le côté fusionnel que j'ai entretenu avec lui dans sa petite enfance".

"Son départ m'a rendue malade"

Martine, 53 ans "Ils sont souvent tombés, ont pleuré, se sont révoltés. Toujours nous avons été là, dans l’ombre ou en première ligne. J’ai souvent tremblé, pleuré et mon mari m’a souvent apaisée, raisonnée… Mais l’un des chocs les plus grands pour moi, jusqu’à présent a été le départ de ma fille en Erasmus, en Espagne. Alors que nous avions toujours tout fait pour leur donner autonomie, capacité d’agir et volonté d’aller de l’avant, j’avais l’impression que cette  volonté de les voir comme des adultes responsables me pétait à la figure… J’en ai été physiquement malade… Ensuite mon mari et moi avons dû réapprendre à vivre autrement, pour nous deux. A 53 ans, je pense que la sérénité a fait place à ce sentiment de manque cruel quand ils ne sont pas là. Ma fille a quitté le nid depuis bien longtemps, mon fils vit toujours avec nous et envisage un Erasmus en 2014. Ce sont de beaux adultes, honnêtes, drôles, aimants et attentionnés."


Pour aller plus loin

> Au secours! Je manque de manque. Aimer n'est pas tout offrir, Diane Drory, éd. De Boeck.

> Petits silences et petits mensonges: le jardin secret de l'enfant, Dana Castro, éd. Albin Michel.

> Le jour où les enfants s'en vont, Béatrice Copper-Royer, éd. Albin Michel.