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Tu échoueras mon petit

« L’enjeu pour les parents aujourd’hui, c’est d’aider leur enfant à accepter qu’il ne sache pas tout »

Article paru dans Le Ligueur, par Yves-Marie Vilain-Lepage

Un peu d’autocritique. En dépit des beaux discours, nous sommes tous porteurs d’une société basée sur la performance. Et par capillarité, nos enfants en font les frais. Nous n’acceptons pas l’échec de nos petits, on leur souhaite un maximum de réussite et nous avons une exigence démesurée à leur égard. Ils doivent tout savoir tout de suite. Pourquoi veut-on à tout prix en faire de parfaits petits soldats ? Comment peut-on dédramatiser l’échec et, par la même, lâcher un peu la bride ?

Nos enfants doivent être parfaits. Mais ce n’est pas encore assez, ils doivent être beaux, réactifs, avoir de l’esprit et surtout aligner les bonnes notes, connaître la sonate numéro 18 de Mozart sur le bout des doigts, viser l’or aux Jeux olympiques, être drôles, être cool et tout mignons. Nos enfants doivent être parfaits ? Ce n’est pas encore assez, ils doivent être les meilleurs. Mais pourquoi cette espèce de compétition insidieuse ? Voyons un peu avec Diane Drory, psychologue, qui nous éclaire de sa solide expérience.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous nous expliquer pourquoi le parent a tant de mal à accepter l’échec de son enfant ?

Diane Drory : « La société estime qu’un enfant va tout à fait bien quand les parents lui ont donné tout le cadre pour qu’il puisse s’épanouir de façon performante. Cette réussite est la preuve qu’ils méritaient bien d’être parents. Depuis une quarantaine d’année, les naissances sont de plus en plus maîtrisées et choisies. Parallèlement, les difficultés pour avoir un enfant sont de plus en plus accrues. L’augmentation de la stérilité ou tout du moins du manque de fertilité va croissant. De plus en plus, on a un enfant quand on peut, plus que quand on veut. Pour justifier toute cette énergie, ce parcours ardu, pour conforter ce choix, le petit se doit donc d’être brillant. Il est prié de montrer à l’adulte que celui-ci est un bon parent. En conséquence de quoi, aujourd’hui, je suis inquiète de voir beaucoup d’enfants, vers 8-10 ans, qui ressentent une pression pas possible, tant au niveau de l’école que du sport, de la musique ou de n’importe quelle discipline. Quand j’entends certains élèves de primaire, j’ai l’impression d’entendre parler mes enfants de leurs révisions quand ils étaient étudiants. »

On entend de plus en plus parler d’anxiété de la performance chez les 6-12 ans, vous avez le sentiment que c’est un phénomène qui touche nos petits ?

D. D. : « Je vois en effet de plus en plus de gamins obsédés par la réussite. Ça se caractérise par des petits de 8-9 ans qui sont très raisonnables, obsessionnels, souvent très ordonnés, ils rangent beaucoup, souvent, et développent toute une série de tocs. Plus tard, vers 10-12 ans, ça coince. La pression est de plus en plus prenante, l’adolescence se pointe, on sait que ça va être compliqué, alors on stresse de rater. Parce que ‘si je rate, je suis nul’. Je vois de plus en plus d’angoisses chez ces petits. C’est un peu comme un monstre qui les habite. Le pire, c’est que ça ne passe pas forcément par les parents, pour le coup. J’en entends beaucoup qui me disent ‘Mais je ne lui demande pas tout ça, à l’écouter, on dirait que 11/10, ce n’est pas encore assez’. D’où ça vient, alors ? Le gamin comprend dans les grandes lignes qu’il doit prester. Viser l’excellence. Un moins bon bulletin et il n’est plus rien. »

À vouloir éviter l’échec à tout prix, est-ce que vous pensez que l’on échoue à apprendre ?

D. D. : « Oh oui, alors. On échoue. Pour grandir, il faut écouter, s’imprégner, apprendre. Ce serait bien d’expliquer aux enfants que de moins bonnes notes, c’est un excellent processus d’apprentissage. On remet en question, on essaie d’en tirer des leçons, c’est une manière de mieux se connaître soi-même. Que les choses soient claires, on apprend tous par des échecs. Et puis, parlons de l’imaginaire, aussi. À se braquer uniquement sur la connaissance, à essayer de montrer à l’adulte que l’on en connaît autant que l’adulte, on en oublie de rêver, de s’évader, d’être fantaisiste, d’être créatif… autant d’atouts qui forgent l’imagination. C’est un bagage important. Car en cas de crise, on ne s’en sort pas par la connaissance, mais bien par l’imaginaire. Attention donc à l’hyperperformance à tout prix. »

Mais alors, accepter l’échec, ça s’apprend ?

D. D. : « Bien sûr. L’enjeu pour les parents aujourd’hui, c’est d’aider leur enfant à accepter qu’il ne sache pas tout. C’est un filtre essentiel dont il faut munir ses petits. Par exemple, votre enfant vient vous voir pour dessiner un chat, il ne sait pas comment on fait. Le réflexe de beaucoup de parents aujourd’hui, c’est de sortir la tablette pour lui montrer des dessins de chat. Et de lui montrer comment on procède. Encore une fois retentit la pression du bon parent qui doit satisfaire le désir de l’enfant. Alors qu’on peut lui dire : ‘Tu ne sais pas pour le moment, mais c’est pas très grave, tu y arriveras plus tard’. Ou l’inviter à réfléchir sur la façon de faire : ‘Comment on pourrait faire la tête ? Dans quelle position ?’. Beaucoup de parents transposent leur vision adulte de la connaissance sur leur gamin.
Un exemple probant : on va verser un verre à son enfant pour éviter qu’il ne renverse de l’eau partout sur la table. Arrive ses 8 ans. On estime qu’il est assez grand, on le laisse faire, mais, immanquablement, il renversera de l’eau partout. À l’inverse, un petit qu’on laisse se servir tout seul, renverse un peu et apprend par lui-même. Par ses erreurs. Chaque info ne peut pas s’obtenir immédiatement. Évidemment, l’escalade numérique brouille davantage les pistes de la recherche. Chaque problème est pensé, solutionné, donc on réfléchit moins. Comme si être compétent, c’était tout avoir, tout de suite, tout bien, sans la moindre erreur. Mais que chacun se dise bien que la vie est un long apprentissage, parsemé de petits échecs qui font bien plus avancer que toutes les recettes clé en main. »

Comment peut-on participer concrètement au fait de dédramatiser l’échec ?

D. D. : « Avant toute chose, il faut apprendre à rêver. Et réapprendre à avoir le temps d’imaginer. Ce sont des grands mots, mais il existe des petites choses toutes bêtes. Des petits exercices. Par exemple, une ou deux fois par semaine, plutôt que de lire une histoire aux enfants avant de se coucher, inventez-en une. Vous complétez la narration. Vous allez raconter n’importe quoi, vous allez partir dans tous les sens, mais vous allez vous marrer ! C’est une façon très importante de sortir du factuel. On ne pense plus aux bons points, aux attentes, on s’autorise à dire et faire des bêtises. Il est essentiel de pouvoir se détacher de ses angoisses communes. Et là, vous allez dans le même sens.
Autre chose, vous estimez que votre enfant a suffisamment révisé pour une interro. Mais lui, il a la trouille. Il demande à réviser encore un peu. Ce ‘encore un peu’ va prendre beaucoup de temps, sur son sommeil ou autre. Il faut intervenir et dire stop. Ne laissez pas faire. Expliquez qu’il peut aller jouer et que ce n’est pas la fin du monde s’il se plante. Le parent doit toujours se demander s’il ne met pas une couche supplémentaire à toute cette pression. Je connais un papa qui dit à sa fille de 9 ans ‘Je t’habille, je te lave, je te conduis, je suis prêt à tout faire. La seule chose que je te demande en retour, c’est que tu sois la première partout’. Il faut quand-même rationnaliser un peu. »

Difficile à comprendre pour les parents que, d’un côté, il faut lâcher un peu la pression alors que de l’autre, l’ultra-compétitivité est valorisée de tous bords ?

D. D. : « C’est justement ce paradoxe qui met l’enfant dans une position difficile. Même si lui parvient à dédramatiser l’échec, toute la société lui dit le contraire. Dans la publicité, dans les films, les séries. Et ça, l’enfant le décode. Il faut donc être drôlement baba cool en tant que parent pour réussir à dire : ‘Allez, oublie tout ça, je veux que tu sois heureux(se), rien de plus’.
L’ambition, oui. Mais il faut une ambition raisonnable. Quand un enfant rentre, on peut d’abord lui demander s’il s’est amusé, s’il a rigolé. Et si oui, avec quel copine, quel copain ? On peut décaler le discours vers la joie, la tristesse ou autre chose que la réussite ou l’échec. Si on y parvient, là, on gagne, on lui ouvre des horizons. »

Facile à dire quand tout se passe bien. Mais pour les parents dont l’enfant est en échec scolaire, c’est une immense tragédie quotidienne…

D. D. : « Parfaitement vrai. Un petit qui déjà doublé en primaire et qui est de nouveau en échec, ‘Il va rater sa vie’, dramatise-t-on. Ce n’est pas normal. Le système scolaire aujourd’hui terrorise. Pour les gamins dont l’intelligence est manuelle, c’est très mal foutu. En Suisse, seuls 10 % partent en humanités. Dès le primaire, on enseigne en plus des cours généraux tout un tas de disciplines manuelles. Du coup, ça les botte, les petits. Le gros problème, c’est de participer à ce schéma de la performance et d’y être obligé. Du coup, seule compte l’intelligence mentale. On dénigre le reste. Les autres qualités ne sont pas mises en valeur. Tout le monde s’accroche au scolaire pour montrer qu’il est un bon parent. Il n’y a que ça qui compte. Ça donne des organismes de remise à niveau qui sont des arnaques totales. Et nous-mêmes avec cet article, on participe à une certaine forme de pression.
Après un échec quel qu’il soit, rappelez à vos enfants qu’il n’y pas que le résultat. Ce qui compte, c’est le chemin. Comment on y parvient. Expliquez qu’on n’en meurt pas. ‘Si je ne suis pas le meilleur, je ne suis rien’, vous dira-t-il. Démentez. Expliquez. Parlez-lui de la valeur de l’échec, de sa richesse. Il apporte plein de choses, à condition qu’on l’accepte. Et qu’on y réfléchisse. »

En pratique :

Les mots qui font du bien

► Tu t’es trompé, pas grave, qu’apprends-tu de cette erreur ?
► Tu n’y arrives pas… pour le moment.
► Si tu n’es pas prêt·e à te tromper, tu ne trouveras pas tes propres solutions.
► L’important est que les choses soient faites, pas parfaites.
► N’oublie pas qu’à l’école, on a le droit de se tromper, car on y va pour apprendre. 

Mots clés: Ecole Education Scolarité Pédagogie