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Jeux entre adéquation et consommation

Venez, venez Saint Nicolas. Nous serons toujours sages comme des petits moutons, nous dirons des prières pour avoir des bonbons… » Où est-il le temps où les bonbons du bon Saint, telle une manne céleste, venaient garnir les chaussons des enfants.

« Des bonbons ! rient les enfants d’aujourd’hui, mais on en a quand on veut ! » Il en est de même pour les petites voitures, ou autre petits jouets que les parents achètent sans trop hésiter  « Puisque cela lui fait plaisir, et finalement pour ce que cela coûte… » ou « Parce que sinon il me fera une scène devant tout le monde.. » ou encore « Sinon il va bouder et le peu de temps passé ensemble va s’en trouvé gâché… ». 

Les parents de plus en plus stressés par une vie professionnelle exigeante, se retrouvent souvent frustrés ( et culpabilisés) d’avoir si peu de temps à consacrer à leurs enfants. Alors au non de quoi refuser des sucreries ou interdire de mettre dans le panier du ménage une petite breloque à la mode adroitement présentée aux caisses enregistreuses ? Pas aisé pour ces mêmes parents d’évaluer ce qui est le plus adéquat à offrir pour la Saint Nicolas.

De nos jours, à qui donc profite-t-il Saint Nicolas  ?

De nos jours, le grand Saint n’est-il pas promu au rang de Saint patron de la Consommation ? « Venez, venez Saint Nicolas, enfants petits et grands nous attirerons, des jeux de plus en plus chers fabriquerons et de gros sous nous remplirons… » Voilà ce que pourrait chanter fabricants, revendeurs et distributeurs de jouets. 

L’enfance représente un marché économique gigantesque, et de plus, vu la banalisation du jouet simple, les souhaits de nos enfants en appellent à des acquisitions de plus en plus coûteuses. Les parents se saignent, ne veulent pas que leur enfant se sente défavorisé par rapport à son copain ou à l’enfant du voisin, et la dernière console up to date il aura ! Et les revendeurs de se frotter la mains, le commerce tourne.

La spirale de la consommation ne semble pas être prête à se calmer. A l’époque, se sentant menacés par la Grande Main Cachée, les soixante huitards se sont opposés avec verve et violence contre la société de consommation. Je crains que sur ce plan-là, ils aient perdu la bataille. Les Chinois ne viennent-ils pas, récemment, de recevoir une semaine de congé offert par le gouvernement pour…leur apprendre à consommer ! 

Et des jouets tu consommeras.

Ce commandement prônant la consommation est diffusé tout azimuts, soutenant la quête de l’Avoir. Souvent, bon nombre de bébés se retrouvent avec leur chambre inondée de peluches avant même d’être nés! 

Les jeux s’amassent, s’entassent, entre autre grâce aux bons offices du Saint rencontré à tous les endroits stratégiques de vente ou de distribution de jouets. Heureusement, chaque année la Saint Nicolas des « pauvres » consacre un exutoire moral à cette débauche encombrante de jeux…

Il n’empêche que l’adulte achète et, tout comme l’enfant, tombe dans le piège du marché de la consommation dont un des buts principaux est d’illusionner les familles quant à la possession d’un objet qui comblerait tous ses désirs. L’objet à peine acquis, voilà notre enfant qui, déçu par les promesses illusoires, part déjà à la recherche d’un nouvel objet, quelque chose d’autre, de mieux, de plus génial…et le cycle infernal commence : « Il n'est jamais content avec ce qu’il a, et pourtant je lui achète ce qu’il demande » 

Et pour comble, n’entendons nous pas souvent des parents dire : « Il a tous ces jouets, je ne sais plus où les ranger dans sa chambre et il préfère encore passer son temps devant la télévision ! Comment est-ce donc possible ? »

Non seulement c’est possible mais c’est logique car à la fin trop de jeux agacent tant l’enfant que l’adulte !Soyons donc attentif aux leurres. Un beau et bon jouet n’est pas d’emblée un jouet cher . Qui n’a vu des enfants jouer pendant des heures avec des boites en carton transformées en maison, conserver précieusement des bouts de bois cloués en épée ou être émerveillés par un adulte qui d’une pousse de noisetier leur fabrique un « arc à flèche » le plus  merveilleux » qui soit ! 

Etre attentif aux méfaits du culte de l’Avoir nous pousse à réfléchir sur la fonction même du jeu qui, pour sa part, participe essentiellement à la construction de l’Etre.

En quelques mots, l’essence du jeu.

Le jeu a de multiples fonctions, mais sa fonction essentielle sera de développer l’imaginaire et l’expression du monde intérieur avec tous les sentiments contradictoires qui l’habitent. Le jeu peut aussi apprendre à perdre et à gagner, introduisant à accepter la compétitivité ; d’autres jeux stimuleront la réflexion  ou la mise en place de projets.

Pour le nouveau-né, tout est jouet. Il découvre son corps et celui de ceux qui l’entourent. Il se passionne pour ses mains autant que pour la boucle d’oreille de sa mère. Grandissant, une fois acquise une certaine autonomie, il part en explorateur découvrir le monde : c’est l’âge du « touche à tout ». Entre deux et trois ans, sa soif d’affirmation apporte une dimension nouvelle à son plaisir de jouer : il veut tout faire tout seul.

Puis vient l’âge où l’on à besoin d’imiter, de comprendre le sens et la signification des choses. Avant de s’intéresser aux jeux où l’on gagne ou où l’on perd, l’enfant a besoin d’avoir intégré la place qu’il occupe dans le monde qui l’environne. Pour ce faire, l’imaginaire prend une place prépondérante, les poupées pleurent ou rient, les ours consolent ou raillent et d’autres sont privés de dessert ou couvert de baisers ! 

Jouer se révèle être le travail essentiel de l’enfance. Par le jeu, l’enfant invente, construit, assemble. L’énergie investie dans cette tâche participe à la création de son individualité spécifique, il se nourrit de ses créations imaginaires et s’enrichit de l’expérience de la mise en scène de situations

Gare au leurre des jeux sophistiqués

Un des pièges de l’étau de la consommation sera d’illusionner parents et enfants quand à l’importance de la possession d’objets fascinants qui répondraient à tous les rêves et à tous les manques.

Je viens de lire dans un magazine prônant de nouveaux jouets : « Une nouvelle peluche interactive et révolutionnaire ! » . L’idée est jolie puisqu’il s’agit d’une peluche qui, après certaines caresses administrées par l’enfant, accouche d’un « œuf parlant »: son enfant. Fantastique n’est ce pas. Une des fonctions du jeu n’est elle pas de soutenir l’interactivité ? Mais finalement l’enfant n’est que spectateur d’une interactivité entre l’œuf pondu (par le ventre) et sa maman peluche, sa part d’acteur est bien minime. C’est de la télévision en trois dimensions… 

On nous annonce aussi, comme valeur ajoutée majeure, que cette peluche ne demande qu’à s’exprimer et à ce que l’on s’occupe d’elle. Attention ne sommes-nous pas en train d’inverser les rôles ? L’idée d’une peluche n’est-elle pas qu’il soit à la disposition de ce que l’enfant a envie de projeter en elle, or dans ce cas-ci, c’est à l’enfant à se plier aux attentes du jouet… N’a-t-il pas déjà fort à faire de répondre, tant bien que mal, à tout ce que les adultes lui demandent ?

Autre leurre, il n’y a qu’amour et tendresse dans les dialogues entre la mère et son œuf. Vous savez aussi bien que moi que si les enfants embrassent tendrement leur peluche ou poupées, ceux-ci sont aussi mis dans le coin ou ont à subir une bonne fessée ! Ce jouet, tout sympathique qu’il soit, assume-t-il réellement la fonction indispensable du jeu ? A savoir : permettre à l’enfant de revivre et d’intégrer des scènes de SA vie quotidienne et les questions que celle-ci soulève.

Un jeu trop fini, sophistiqué est une curiosité scientifique mais s’il ne permet pas de créer  ou d’imaginer, il est inefficace dans sa fonction de jouet. Agacé et déçu, l’enfant le laissera vite traîner dans un coin « Et pourtant il a coûté si cher… » à moins que l’enfant ne s’entende dire « Tu vois comment tu es, tu nous l’a demandé, nous trouvions cela trop cher et maintenant tu ne t’y intéresse plus ! » L’enfant l’a certes demandé en le voyant dans la vitrine ; un enfant ne peut-il pas aussi se faire leurrer par un objet alléchant par la forme mais décevant dans le fond ? 

Ces jeux « merveilleux d’ingéniosité » l’enfant s’en lasse vite car ce n’est pas un jeu, c’est une machine !

Des jeux pour rendre intelligent…

Il en est de même pour cette engouement des jeux de développement pédagogique ! « Il faut que mon enfant soit bien préparé à l’école ! », « Je veux qu’il cultive son intelligence, tout ne se joue-t-il pas avant 5 ans, », « Je suis fière de mon enfant il raisonne déjà beaucoup plus logiquement que ses petits cousins » Ne confondons pas la création d’un petit singe savant avec un enfant bien dans sa peau ! Les jeux imaginaires sont souvent dénigrés par l’adulte et considérés comme perte de temps ou bêtises. « Il passe son temps à jouer avec ses petits soldats, pour sa Saint Nicolas, je vais lui acheter un jeu intelligent. » Les jeux qui permettent d’un jour être en possession de toutes ses capacités mentales ne sont pas toujours ceux que l’on pense… 

Rappelons-nous qu’un jouet peut être consacré par des adultes du fait de sa haute technicité, ce n’est pas pour autant que d’emblée il entraîne le plaisir de jouer ; on peut s’ennuyer ferme avec un jouet qui ne répond pas à nos attentes! 

Faut-il jouer avec un enfant ?

« Il faut » est une locution dangereuse en matière pédagogique. Si, pour un parent, jouer avec son enfant est une corvée, pensez-vous que l’enfant en retirera une joie profonde ? Bien sûr une activité ludique qui se déroule à deux ou à plusieurs est un élément constructif dans la vie d’un enfant, mais il faut que chacun y trouve un minimum de plaisir.

Il est certain que l’interactivité des jeux vidéo ou de deux peluches en dialogue, ne remplace en aucun cas, pour aucun humain, celle avec un être vivant de sang chaud !  Les berceuses enregistrées ou les histoires lues sur cassettes n’égaleront jamais  la chaleur d’une voix aimée qui chante ou raconte…

Il est d’ailleurs intéressant de constater comme les enfants investissent plus un jeu de société qui a été joué avec les parents. Une maman me raconta : « L’an dernier, à la Saint Nicolas, j’ai acheté pour mes jeunes le dernier jeu en vogue, mais noyée dans mon travail je n’ai pas joué ce jeu avec eux. Il est toujours là, quasi intouché… Par contre, ils continuent à investir avec bonheur d’autres jeux de sociétés que j’ai partagé avec eux »

Finalement c’est à nous, adultes, de maintenir les traditions et à être le Bon Saint Nicolas qui sauve les enfants du méchant, méchant boucher… qui aujourd’hui s’appellerait : consommation. 

Mots clés: Pédagogie Jeux Fête Intelligence Mensonge