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Nos jeunes des nomades en errance

« Les jeunes d’aujourd’hui ? Tous pareils ! En faire le moins possible, surtout pas penser à donner un coup de main en famille. Pas d’idéaux, de projets à long terme. Ce qui leur importe ? Leur confort, pouvoir zapper tranquillement vautrés dans un fauteuil ou passer des heures seul à seul avec leur ordinateur. Et le week-end ? Ben ils vont « s’exploser » d’une manière ou d’une autre…  » Voilà ce qui, souvent, s’entend dans la bouche des adultes. Plutôt que d’accuser et dénoncer, réfléchissons à notre part de responsabilité dans cet état de fait.

Nomades dès la petite enfance

A un âge de plus en plus précoce, nombreux sont les enfants, nomadisant d’un parent à un autre A la question : « Où habites-tu ? » la réponse sera «  Ma Maman habite à … et mon Papa à …» En effet, les couples se font et se défont au gré des amours. Et les enfants se retrouvent, valises à la main, ballotés d’un foyer à un autre, ne disposant pas, eux, de domicile fixe pour ancrer leurs points de repères. Tel les peuples nomades, l’habitat des enfants se déplace au gré des saisons de la vie des adultes.

Le temps du sédentarisme où l’enfance se déroulait dans un lieu immuable appelé plus tard « La maison où j’ai grandi » est révolu. Fini le temps où l’on naissait et mourrait dans le même environnement social ! Aujourd’hui, face à la mouvance du monde des adultes, le lieu d’habitation ne joue plus un rôle important dans la construction de l’identité et du sentiment d’appartenance d’un enfant.

Serait-ce une des raisons pour laquelle les jeunes manifestent une réelle difficulté à installer un « chez eux » ? Préférant s’incruster chez les parents ou skater chez l’un ou l’autre ami.

Le lien ne lie plus comme avant !

« Je regrette d’avoir accepté d’être marraine, nous dit Martine, Je ne veux pas de liens ! Pour moi, ce qui compte c’est moi ! » Le lien crée un rapport de dépendance, comme le dit le Petit Prince, « Nous sommes responsables de qui nous avons apprivoisé ». Notre culture hyper individualiste n’aime pas les contraintes, refuse tout ce qui nous enchaîne…

Il n’y a pas si longtemps, notre entourage immédiat (familles, amis, voisins, collègues) subvenaient seuls à nos besoins relationnels. Ils nous prodiguaient affection, entre-aide, information, partage de centres d’intérêts, etc. Les couples se composant, se décomposant pour se recomposer une ou plusieurs fois, entraînent dans leur sillage des enfants obligés de rompre des liens et d’en renouer ailleurs. …Alors le lien social, besoin fondamental qui sert à attacher, à unir, condition pour que se mette en place une relation, est désinvestit au profit d’autres attaches.

Est-ce pour pallier à un sentiment de solitude de plus en plus marqué sont aussi accro au web ? L’e-mail, les forums de discussions, les chat les font adhérer à d’autres micro communautés, sans visage. Communautés qui n’ont pas de lien les unes avec les autres. Centres d’intérêt auxquels ils s’attachent et dont ils se détachent au gré de leurs besoins et de leurs envies…

« Mes meilleurs amis sont ceux avec qui je chatte. Ce sont eux qui me manquent le plus » raconte Nestor pour qui une semaine sans ordinateur est une plongée dans la solitude !

Cet individualisme communautaire conduit-il de l’errance ou assure-t-il de l’ancrage ? L’avenir nous le dira.

Je tue il

Le lien faisant appel à un engagement affectif, si le réseau de liens se retrouve trop souvent brisé, l’individu ne veut plus se prêter au jeu relationnel.

« Vous savez, je n’ai plus envie de m’attacher à personne. Je ne veux plus de liens. Mon père ne s’est jamais vraiment intéressé à moi. Il me prenait tous les 15 jours parce que c’était la règle mais c’est tout. Les amis de ma mère étaient gentils tant qu’ils vivaient avec ma mère mais ils m’ont oublié en la quittant. Je préfère chatter sur le net, là je ne dois pas m’engager » raconte Julien qui a 15 ans.

Les ruptures de liens trop fréquentes et une vision très individualiste du bien-être entraînent une perte de liens. Or la perte de liens tue le sens de l’autre. Notre société hyper individualiste gérée par le toi OU moi rend le lien à l’autre impossible, l’autre est un objet que j’utilise et que je jette après usage, amours kleenex. Comme si la vie n’avait aucun prix, qu’un humain ou un autre, c’est égal.

La solidarité ? On ironise à son sujet, celui qui en manifeste est vite traité de « pigeon »… N’est ce pas la perte du sens de l’interdépendance, qui nous fait assister au spectacle d’une femme enceinte essayant de charger sa voiture d’un paquet lourd et encombrant sous le regard de trois personnes qui n’imaginent même pas de lui venir en aide ?

Ancrage contre errance

Face à un tissu social de plus en plus troué, certains jeunes se retrouvent dans la vie comme des « personnes déplacées » c’est à dire coupées de leur racines, sans cesse posés ailleurs mais ancrés nulle part.

Le contrepoids à la dérive des adultes et à l’errance des jeunes pourrait être un retour à une valeur clé des peuples nomades : la transmission.. Transmettre, c’est : « Nous prenons du temps pour évoquer avec les enfants les moments forts de leur histoire et de celle de leurs familles. Ils vivent tous dans des familles recomposées mais cela ne nous empêche pas d’évoquer le temps où ils vivaient avec nos conjoints de l’époque. C’est important qu’ils ressentent une continuité dans la place qu’ils prirent dans nos vies respectives de parents. »

Pendant l’enfance, la transmission de l’histoire familiale permet au sentiment de filiation de s’ancrer. La filiation, sentiment d’appartenance à une famille, à un groupe, est un des piliers permettant de mettre en place une structure psychique saine et solide. A l’adolescence, la transmission ouvre la voie à la capacité de penser, de se positionner dans sa différence entre les générations. Voilà un tout autre programme que celui de rester coincé dans la solitude des besoins individualistes nourris de matérialisme et de laxisme parental !

L’ancrage qu’offre la transmission stabilise et enracine l’humain au fond de lui-même. Le manque de sentiment de filiation fragilise la capacité à prendre sa place  et voue les individus à l’égarement ou à l’errance…

De plus, la transmission véhicule la valeur de la solidarité qui fait appel au « toi ET moi », où chacun se sent responsable de lui-même et des autres, où chacun peut répondre de ses actes et les assumer en son nom et accepter la différence.

« Je n’ai pas le temps de parler à mes enfants » entend-on à la ronde. Mais la vie n’est-elle pas une question de choix ? Prendre le temps de prodiguer de l’affection, de l’entre aide, de l’information, partager des centres d’intérêts permettent de faire grandir chez l’autre le sentiment d’avoir une place, celle qui lui convient, qui le charge de dignité, qui lui assure d’une fonction sociale. Avoir une place signifie se voir attribuer une portion d’espace, un lieu et d’occuper une position bien définie

A l’instar d’une vieille sagesse tibétaine nous devrions nous rappeler et rappeler aux jeunes que « Une fleur n’existe pas sans les autres fleurs, sans les insectes qui la butine, le vent qui la féconde, l’eau qui l’arrose, le soleil qui la fait s’ouvrir, la terre qui la nourrit. Et nous, humains devons garder à la conscience qui nous faisons partie de cette chaîne de vie. »  

Mots clés: Mort Adolescence Attachement Appartenance