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Quand se meurt le désir de vivre

Si le débat sur l’euthanasie cherche à trouver un chemin légal pour arrêter volontairement le cours d’une vie, lorsque celle-ci semble irrémédiablement vouée à n’être qu’un lit de souffrances physiques, la mort volontaire par suicide est sans doute le résultat d’un échec face à un sentiment d’inaccessibilité de l’idéal de vie.

Ce geste, surnommé par Voltaire « l’homicide de soi-même », serait aujourd’hui la deuxième cause de mortalité (après les accidents de la route) des 15-25 ans et la première chez les 25-35 ans. Pourquoi tant de suicides ? Plutôt qu’être un désir de mourir cet acte ne signerait-il pas le désir d’une autre vie ?

Qu’il s’agisse d’un suicide ou d’une tentative de suicide, en général, cet acte en appelle inconsciemment plus à un espoir de voir se mettre en place des remaniements affectifs plus favorables qu’à un réel désir de mourir. Le suicide peut être défini comme étant un comportement qui cherche et trouve la solution d'un problème existentiel en prenant son corps, sa propre vie en otage. Il pointe la désespérance d’un individu que plus rien ne relie à un idéal porteur de vie car aucune valeur intrinsèque donne encore sens à son existence.

Employant des moyens plus violents et donc plus radicaux (armes à feu ou pendaison), l’issue fatale est quatre à cinq fois plus élevée chez les garçons que chez les filles. Les filles signeront plutôt leur acte de rupture en s’auto-administrant des tranquillisants, des somnifères ou en s’ouvrant les veines.

Attribuée à de multiples causes, l’idéation suicidaire se retrouve dans toutes les couches sociales et est toujours liée à une fragilité de la construction psychique, fragilité due à une difficulté de découper ses contours identitaires dans le tissu familial ou social.

Le motif apparent est rarement le motif profond

Celui qui met en place un projet suicidaire marque non pas une volonté de disparaître mais plutôt le désir de faire disparaître les problèmes qui l’envahissent. En effet, pour justifier cette attaque à lui-même, le suicidaire s’en réfère à une déception amoureuse, à un échec scolaire, à une incapacité d’atteindre un but fixé, à la perte d’un être cher, à une perte d’emploi, etc. Or, il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg, ces aléas de la vie sont le lot de tout un chacun mais ne déclenche un phénomène suicidaire que s’ils rejoingnent une angoisse aux racines profondément enfouies. Il peut s’agir de la réactivation brusque ou répétitive de traumatismes infantiles enfouis (violences de tout ordre, séparations précoces, secrets de famille) ou de leur répétition au fil des générations, qui soudainement déclenche le ras le bol. Ne nous leurrons donc pas, l’évènement déclenchant n’est que la goutte qui fait déborder le vase duquel s’écoule une accumulation de sentiments jugés indépassables : d’abandon, de perte ou d’effondrement identitaire.

Les mobiles profonds

S’il est inexact de lier automatiquement le suicide à des dysfonctionnements familiaux, il est par contre évident que dans la majorité des cas le flou existentiel s’inscrit dans l’histoire personnelle ou familiale du suicidaire. La solitude, l’exclusion sociale, le stress, l’éclatement familial, les différentes formes de violence, l’inégalité et l’injustice sont des facteurs susceptibles d’amplifier cette souffrance.

Les contextes les plus dangereux sont ceux qui nient l’individu dans sa différence et l’emprisonne dans des relations placées sous le signe de la confusion et de l’incommunicabilité, aboutissant au terrible sentiment de non-existence.

Tout suicide manifeste une ambivalence, d’un côté le désir de « ne plus vivre cette vie-là » et de l’autre un désir de vivre « mais faites donc quelque chose pour que ma vie soit vivable ! » . Pour le suicidaire se côtoient donc solitude et désenchantement. Le « passage à l’acte » suicidaire n’est que l’aboutissement d’une lente et longue glissade dans la morosité de la déprime, soudain il « se tue à dire » que se sentant ni écouté ni compris…il a perdu tout espoir de donner un sens à sa vie.

Identité floue et appel à la reconnaissance

Nous avons tous besoin d’une terre ferme sous les pieds de notre Moi pour aller de l’avant et réaliser nos projets de vie, et ainsi pas à pas forger notre identité. Cette terre s’appelle : confiance en soi. Celle-ci est grandement tributaire de la relation adulte\enfant dont le maître mot sera la communication, le dialogue permettant l’instauration de la confiance.

Dans son livre, « L’adolescent suicidaire », X. Pommereau nous dit : « Exister davantage mort que vivant, voilà le terrible paradoxe du sujet suicidaire, paradoxe qui se double d’une effroyable ambiguïté : faute de trouver une place et une identité vivable- car il se sent nié, abandonné ou enchaîné à l’autre-, l’adolescent précipite les siens dans la douleur et la culpabilité en occupant et en persécutant à jamais leurs souvenirs. »

En tout cas, même pour ceux qui ne se laissent aucune chance d’en réchapper, il apparaît certain que leur désir inconscient est de marquer leur présence éternelle dans la mémoire de ceux qui restent. Comme si ne plus être était, pour eux, la seule façon d’enfin exister !

Nier la loi de l’Incertain, un nouveau leurre.

Un grand nombre de suicides ont pour cause la désespérance face à la non réalisation de l’idéal de vie rêvé. Notre culture sociétale de consommation qui clame le : « tout, tout de suite, comme je veux, quand je veux » ne facilite guère l’acceptation de situations frustrantes. Avez-vous constaté comme il est difficile, de nos jours, de confronter un enfant ou un jeune à une réalité qui le sépare de son idéal rêvé ? L’heure est plutôt de cultiver  par un individualisme pur et dur l’illusion de la maîtrise du déroulement de notre vie ! Cherchant à réaliser ce vieux rêve humain d’être un dieu pour qui « tout se contrôle », pour qui « tout est possible » ! 

Même si le moindre tremblement de terre nous rappelle à notre petitesse et à notre impuissance, le discours politique, économique glorifie la venue de la toute puissance de nos désirs, considérant la déception comme obsolète. La frustration étant de plus en plus mal vécue, nombre d’entre nous se sentent très démunis face à l’incontournable de la Loi de l’Incertain..

Un message essentiel est escamoté : l’essence de la vie n’est pas entre nos mains… N’est-elle pas jour après jour, heure après heure incertaine ? Pour réussir sa vie, il n’y a pas un seul chemin, celui que nous avons programmé comme une ligne droite …il y a tout ceux de notre bonne volonté avec ses échecs et ses réussites, chemins insoupçonnés ou surprenants, méandres qui nous mèneront aussi vers notre but. 

Face à l’évidente et inextricable incertitude du quotidien, certains se retrouvent devant l’impossibilité d’attendre ou d’imaginer une nouvelle voie pour affirmer leur identité, ils entrevoient soudainement leur vie comme un échec total et s’en désespèrent. 

A contre courant de la réalité, l’invasion du virtuel !

Venant à grand coups de gadgets de plus en plus sophistiqués, le virtuel construisant un monde idéal, vient renforcer pour certains l’illusion que, sans effort, la satisfaction instantanée du désir est de plus en plus accessible. Ne suffit-il pas d’être seul avec sa console vidéo pour marquer un goal ? Plus besoin d’une équipe, de courir et, en plus du combat, d’affronter les intempéries ! 

La réalité, celle de notre inscription sociale qu’elle soit scolaire ou professionnelle est quant à elle bien différente ! Elle demande des efforts qui sont loin d’être virtuels. Illusionnés par l’endémie du virtuel, confrontés aux aléas de la réalité tangible, ne comprenant ni n’acceptant le monde dans sa réalité réelle certains perdent les pédales et … trouvent l’image de leur identité actuelle décevante. Un beau matin, ayant cesser de rêver, ils ne supportent plus de se regarder dans la glace car ils ne « peuvent plus se voir ». Alors à force de déprimer, parfois, soudainement sans crier gare, le désespoir surgit décidant qu’il est temps d’en finir…

Quelques considérations…

La violence, qu’elle s’exprime par le suicide ou la toxicomanie pointe une série de symptômes qui, pour appartenir aux individus, n’en expriment pas moins souvent une pathologie de l’ensemble du groupe social, de notre culture…

Ce cri, cet appel ne nous renvoie-t-il pas à l’échec de nos systèmes, de nos valeurs, de notre société prônant, avant tout, des critères de profit ? Car le suicide est anti-profit par excellence et dénonce l’incapacité d’un individu à surmonter les épreuves de sa vie avec « la légèreté de l’être » que les médias et la publicité tentent de nous faire croire accessible à tous.

A chacun d’entre nous d’agir pour ne pas s’engloutir dans un monde virtuel qui confond générations, rôles, dedans et dehors, présent passé et avenir. Rien n’est plus déprimant que ne pas se sentir reconnu en temps réel dans une identité, une existence unique ! 

L’acte suicidaire se référant avant tout à un refus de non-sens, ne placerait-il pas, au centre du débat, la question du sens de la vie ? 

Mots clés: Mort Société Violence Vie