Y a-t-il un père à la maison?

Jusqu’à aujourd’hui et pour quelques temps encore, espérons-le, le petit de l’homme est issu de la conjonction d’un spermatozoïde et d’un ovule. Tant que les choses seront ainsi, le rôle à la fois diffèrent et semblable, des deux sexes devrait rester de vigueur.. Or de nos jours, certains pères doutent de la spécificité de leur fonction et de l’utilité de celle-ci. Ce qui va suivre pourrait éventuellement les faire changer d’avis…

Un père pour protéger l’enfant, dès le départ !

En règle générale, l’organisme humain rejète toute greffe de corps étranger. Comment une mère peut-elle alors accepter en son sein un fœtus dont une partie du corps est constitué de cellules étrangères ? Miracle de l’amour ?…Il n’y a pas que cela ! Les découvertes récentes en embryologie nous font découvrir comment la vie triomphe de la mort ! Saviez-vous qu’un ovule fécondé se présentant à l’entrée de l’utérus avec la ferme intention de s’y implanter, y est attendu de pied ferme par des cellules tueuses ? Celles-ci ont comme mission d’éliminer tout corps étranger faisant intrusion dans leur espace. Mais…le spermatozoïde ayant eu vent de l’histoire, dote l’ovule fécondé d’un anticorps destiné à le protéger des cellules tueuses. C’est bien là que commence le rôle du père !

Un père pour séparer de la mère.

Une fois né, l’enfant doit grandir, s’autonomiser et là, à nouveau le père joue un rôle crucial. Le geste qui, à la naissance, coupe le cordon ombilical, signe la nécessaire séparation mère enfant. Au fil du temps, par sa présence active, s’interposant entre la mère et l’enfant, le père assume la place de tiers terme indispensable à la structuration de l’enfant. De cette place, le père soutient l’enfant dans ce difficile processus de deuil qui consiste à lâcher la mère pour aller vers la vie individuelle.

Le père tel le pompier éteint le feu destructeur de l’amour fusionnel qui ferait flamber la maison de Moi de l’enfant. Semblable au soleil qui permet à la plante de pousser, vers le haut , il introduit l’enfant à la vie sociale.

Le père est aussi celui qui aime la mère, qui cherche à la combler. Cette attitude est essentielle pour l’enfant car elle lui permet, qu’il soit garçon ou fille, de penser qu’il n’est pas le seul l’objet qui comble le désir maternel…

La castration symbolique, grâce au père !

Si au départ et pendant les premiers mois de sa vie l’enfant s’imagine être totalement l’objet de désir de sa mère, le père par sa présence, permet à l’enfant de devenir sujet de son propre désir. Ce mouvement structurel appelé pompeusement « castration symbolique » est l’interdit posé à la mère de prendre l’enfant comme objet de sa possession et vice versa ; ainsi le père, agent de la castration, oriente l’enfant sur une autre voie : celle du désir de l’enfant.

L’accès à la castration symbolique, étape essentielle pour devenir un adulte libre et responsable, nous permet de prendre conscience que jamais, aucun objet ne satisfera complètement notre désir. En d’autres mots c’est l’acceptation, notre vie durant, de l’existence d’un écart entre ce que l’on désire et ce que l’on obtient, entre ce que l’on veut dire et ce que l’on dit, entre l’inconscient et la parole.

Pour le père, introduire l’enfant à la castration symbolique, c’est signifier que lui aussi y est assujetti ! Ne se berçant pas de l’illusion d’être l’incarnation de la perfection, il doit pouvoir reconnaître qu’il ne sait pas tout, qu’il n’est pas tout, qu’il n’a pas tout, qu’il ne peut être homme et femme à la fois, que la mort reste un mystère, etc. Seul un père se sachant incomplet  peut aider mère et enfant à « se décomplèter » l’un de l’autre.

Le père, représentant symbolique de la Loi.

Pour Freud le concept métapsychologique de Père a pour fonction majeure  « d’organiser en séparant ». Organiser, maintenir un certain ordre, n’est ce pas le but du législatif ?

Si grâce à l’intervention du père, le désir de l’enfant peut surgir, encore faudra-t-il, à ce dernier, accepter que son désir n’est pas tout puissant ! Nouvelle tâche de la fonction paternelle : introduire l’acceptation du manque et l’introduction de la Loi afin que la psyché de l’enfant puisse se structurer de manière adaptée au monde.

En signifiant à l’enfant qu’il ne « possède » pas complètement la mère mais qu’elle aimait un homme avant sa naissance, le père coupe court à la toute puissance imaginaire du désir de l’enfant. D’autres interdits viendront se greffer sur cette première pierre d’angle. Ainsi un père ni trop abusif, ni trop absent,  pourra initier l’enfant à des relations affectives équilibrées ou l’autre n’est pas totalement à disposition. En signifiant à l’enfant que tout n’est pas possible, que tout n’est pas permis, la loi indique que son désir se heurte et se mesure à celui des autres.

Le père, garant d’une autorité rigoureuse et cohérente

L’enfant assuré de l’amour inconditionnel que lui portent ses parents pourra entendre, accepter et même approuver la rigueur de l’autorité parentale. L’autorité maternelle est nettement plus efficace si le père assume, lui aussi, pleinement cette dimension éducative non pas en faisant la loi mais en la formulant clairement. Je m’explique : le rôle du père est moins d’édicter des lois que de transmettre le principe de la Loi et de veiller au respect de celle-ci. En effet, si le père doit remplir son rôle de référent par rapport à la Loi afin d’éviter que l’intervention maternelle soit vécue, par l’enfant, comme une tyrannie dictatoriale, un désir pouvoir totalitaire, une tentative de récupération d’une ancienne possession…auxquels il essaye d’ échapper en désobéissant !

Qu’entend-t-on par cohérence ? C’est avoir une parole et donc ne pas promettre n’importe quoi, que ce soit pour une activité ou pour une sanction ! Etre cohérent, ce n’est pas exercer une autorité par crises mais veiller à ce que celle-ci émane d’un adulte révélant une personnalité stable dans ses attitudes. Etre cohérents, c’est aussi, ne pas exiger des enfants ce que soi-même on ne peut mettre en œuvre ! Par exemple refuser l’emploi de gros mots que soi-même on emploie à longueur de journée.

Dans notre tête, il y a trois pères !

Nous séparant, nous extrayant de la symbiose originaire d’avec le corps maternel, la notion même de Père est ce qui permet à la pensée de naître. Depuis la nuit des temps, la représentation du Père fait penser.

La notion de Père contient trois dimensions : un père réel, un père symbolique et un père imaginaire. Le père réel est le personnage en chair et en os qui à fécondé une femme de laquelle est issue l’enfant. Mystérieux et indicible puisqu’il est comme tout un chacun autre chose que ce qu’il dit être.

Le père symbolique est cette figure castratrice qui fait la coupure d’avec la mère et introduit l’enfant au suivi de la Loi. Il participe à la mise en place du Surmoi de l’enfant en transmettant les règles sociétales permettant à ce dernier de ne pas grandir comme un hors-la loi, un marginal.

Reste le père imaginaire. Il est celui qui dans l’imaginaire de l’enfant fait le lien entre le père réel et le père idéal. Qui d’entre nous n’a pas, jour après jour, dans nos jeux d’enfants, dans nos rêves éveillés d’adolescents, dans nos fantasmes d’adultes jouer à nous construire le père de nos rêves ?. Celui qu’on aurait voulu marchand de bonbons, chef de gare ou encore à l’image de notre patron !

Et, quand il n’y a pas de père ?

Une chose est certaine, l’existence d’un père biologique, même lors une conception in vitro par donneur, est incontestable !

Quant à la place du père symbolique, elle peut être prise par tout homme auquel le désir maternel accorde une place, prouvant ainsi qu’elle désire en dehors de l’enfant ! Que faire si aucun homme ne comble la vie de la mère ? Ce n’est pas pour autant que l’enfant se verrait frustré de père symbolique ! En effet le discours maternel, lorsqu’il fait référence à la Loi, agit comme tiers terme entre son désir et l’enfant. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le langage peut faire office de père symbolique ! Par exemple, à son enfant qui rechigne à aller à l’école, une mère peut dire : « Tu dois te rendre  à l’école, pas parce que Je le veux mais parce que c’est une loi. Si je n’obéis pas à la Loi, le juge  me condamnera ! »

S’il est exact que pour une femme seule, assurer en même temps, envers un enfant, une écoute tendre et la mise en place des règles qui le frustreront est un parcours du combattant. La chose cependant n’est pas impossible mais demande beaucoup de rigueur, d’équilibre et …d’humour.

Quant à la place du père imaginaire pas de problème, il y a assez d’hommes sur terre, à condition de s’accorder le droit de rêver…

Non aux papas poules !

Quand ils jouent à papa-poule, les pères perdent leur plumes !

Certains pères, suite au « il est interdit d’interdire » de mai’68 hésitent à contrarier les désirs de leurs enfants et rechignent à être mis en place de garant de la loi familiale. Ils s’imaginent s’excluant alors d’une possible position de communication, voire d’affection avec l’enfant. Rien n’est moins vrai !

Devant l’obligation de prendre une fonction d’autorité, d’autres pères réagissent de manière inappropriée suite à quelque chose qu’ils ont connu…une autorité trop pesante voire destructrice. Du coup, ils considèrent que l’absence d’autorité de leur part est la réponse adéquate et que c’est à la mère de se charger de cette mission ingrate (à leur yeux)… Ils optent pour être un papa câlin qui se veut essentiellement maternant ou un papa copain qui prend une place d’enfant à côté de ses propres enfants…Et l’enfant reste en manque de Père.

Tandis que l’enfant dont le père ne craint pas de prendre sa place de père, de chef de famille, d’assumer sa différence avec les incontournables petits conflits que cela engendre, se sentira soutenu, cadré et…aimé.

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