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Apprivoiser la mort avec une assurance décès ?

Notre société d’individualisme et de désir de maîtrise produit parfois d’étranges « niches » économiques. 

Que penser de l’assurance enterrement ? Celle-ci permet, sous condition d’un payement mensuel, et ce jusqu’à la date fatidique, d’organiser dès aujourd’hui son inhumation ou son incinération. 

Ainsi, l’autre jour, on a pu suivre une émission télévisée qui montrait un couple accompagné de leurs trois enfants respectivement âgés de plus ou moins 12, 9 et 6 ans en visite chez le croque-mort. On pouvait assister à « l’achat » des modalités d’enterrement des deux adultes. Déambulant entre les cercueils, monsieur explicite : « Je m’occupe de ma mort avant qu’elle ne s’occupe de moi ». Discutant fermement avec sa femme, ils décidaient des paramètres de leur dernière demeure. Pendant ce temps un vendeur, répondant aux diverses questions émises par l’aîné concernant les poids et mesures des cendres funéraires, illustre son propos en manipulant diverses urnes. Le plus jeune écarquillait les yeux, fronçais les sourcils. Visiblement, dans cet étrange et lugubre environnement, ses grimaces dénonçaient une foule de questions qu’il ne posa jamais.

Le sens du rituel d’enterrement est de canaliser les émotions afin de permettre une reconstruction possible après la perte d’un être cher. Que penser du  « kit rituel funéraire » concocté par le futur défunt lui-même ? Quand le rituel est déjà complètement programmé à l’avance, quelle part reste-t-il aux survivants pour participer au témoignage de la perte de quelqu’un?

Un nouveau regard sur la mort.

Dans nos sociétés occidentales, les camps d’extermination et l’invention de la bombe atomique ont bouleversé le rapport à la mort. La mort peut non seulement toucher un groupe mais la planète entière. Puisque la mort est devenu véritablement « dangereuse », il faut la tenir éloignée le plus longtemps possible. Aujourd’hui, on imagine son contre-poids comme étant: le Plaisir et on essaye de lui faire une place aussi large que possible. Paradoxalement, cette quête de plaisir se retrouve d’emblée sabotée par une autre valeur maîtresse de notre société : celle de la dominance sécuritaire qui interdit toute prise de risque. 

La mort doit être évitée par tous les moyens : gare à la nourriture périmée, au trafic, au sida, etc. Et voilà la fuite devant l’idée de la mort qui se retrouve déchirée entre « le plaisir là, de suite » et « la sécurité avant tout », directions souvent antinomiques. 

L’insupportable idée : mourir.

Omniprésente dans les médias, la mort n’en est pas moins de plus en plus escamotée dans la vie réelle. Notre société ne supporte plus les mystères et comme le dit Philippe Ariès « Longtemps la mort fut un mystère, elle est devenue un problème. » C’est pourquoi savoir « de quoi on meurt », est devenu bien plus important que de « mourir en paix » ! 

Il est bien difficile d’imaginer sa propre mort. La mort, un problème sans solution ? Voilà qui est à notre époque, insoutenable, inacceptable voire scandaleux. On ne veut pas savoir que : « La mort est un constat cru que tout est voué à l’anéantissement, même notre identité » (Christophe Fauré). N’empêche, chacun selon son âge et ses croyances s’en bricole une représentation. Pas de mode d’emploi idéal pour le grand départ, à moins que justement, « organiser, en famille, l’avenir de la dépouille », soit une façon de banaliser ce mystère. Il est rassurant de se donner l’impression que tout se contrôle même notre mort… 

Payer tous les mois une certaine somme maîtriserait et régulerait la question de la Mort…. ? Mais discuter, gérer, payer tous les attributs nécessaires pour l’emballage, l’adieu et la disparition du corps devenu froid, clos-elle toutes les questions concernant la mort ? La mort, ne serait-elle que cela ? 

Bien sûr que non ! La question philosophique contenue dans la fin d’une vie est bien plus vaste et je n’ai pas encore rencontré un enfant qui ne soit pas interpellé sur ce sens plus large.  « Où va-t-on après la mort ? Est-ce que je pourrai encore lui parler ? M’entendra-t-il ? » Pour un enfant la question de la mort, de la perte, de la séparation à tout jamais ne se règle pas en sachant « réglé » l’enterrement. 

Le déni de la mort : une illusoire victoire du « moi, je » ?

« Vous comprenez, ce qui me plaît dans cette formule c’est que je peux totalement décider du déroulement de mon enterrement. Je suis sûr d’avoir la musique que je souhaite, etc… » N’avez-vous pas envie d’esquisser un sourire ? Est-ce vraiment important alors qu’on est mort et bien rangé dans notre cercueil, que se fasse entendre la musique que l’on aime ? Cette attitude révèle la tendance à accorder à la mort une place congrue en imaginant qu’elle sera vaincu par les gestes posés pour maîtriser son impact ! 

N’est-il pas plus essentiel que ceux qui nous enterrent puissent nous honorer de la façon dont ils souhaitent le faire ? N’est-il pas essentiel que ceux qui restent puissent faire leur deuil en élaborant un rituel de départ qui symbolise la vie de celui qui s’en est allé ? Celui-là n’a plus de deuil à faire, il est déjà parti ! Rien n’empêche bien sûr d’avoir des souhaits et de les transmettre aux descendants mais l’enterrement est par essence un adieu des vivants envers un mort et pas un adieu du mort à lui-même. Enfin c’est ce que l’élémentaire bon sens ferait penser.

Et si…

Et si bien vivre sa mort,  se serait s’assurer que ceux qui restent puissent faire leur deuil ? En leur laissant un maximum de bons souvenirs auxquels ils pourront se référer ? Dépasser la peur de « la mort » serait prendre conscience de sa réalité en définissant nos priorités de Vie, en injectant du sens aux gestes quotidiens.

L’incontournable ne se conjure pas en emmenant ses proches assister au shopping du matériel pour « le corps-mort ». On apprivoise pas la mort avec une assurance décès. 

Mots clés: Mort Contrôle Individualisme