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Au plus tot au lit, au mieux

Excédée, presque en larmes, Catherine crie: "Ce soir, tous au lit à 7 heures!"
Elle a deux fils, six et trois ans. Il faut l'avouer, ce ne sont pas des anges! Papa est peu présent et... quand il l'est, il se cache volontiers derrière son journal lorsque la tension monte. Raphaël et Laurent sont de vrais garçons, ils aiment s'affronter, transformer le living en champ de bataille, éclabousser toute la salle de bain, etc... Le trafic est dense dans le quartier où habite la petite famille de sorte que les parents ne peuvent pas se rabattre sur le classique: " Allez jouer dehors, cela vous défoulera."
Laurence, une amie de la famille, tend une oreille attentive aux confidences de Catherine. " Je ne les supporte plus. Heureusement je reviens d'une semaine de vacances avec Jacques, cela m'a redonné quelques forces pour réaffronter le quotidien. Crois-moi, avant ces vacances, j'avais peur de faire un malheur. La vraie déprime. Je ne sais plus quoi faire. Je leur demande de ranger, de venir à table, ils s'en fichent de mes demandes; je dois hurler, menacer de je ne sais plus quoi pour qu'enfin ils daignent obéir. Raphaël étant l'ainé pourrait montrer l'exemple! Rien du tout, il me ri au nez, et Laurent est ravi de l'imiter. Je finis par penser que Raphaël est vraiment un sale gosse. Pendant mon absence, ma mère et ma soeur l'ont pris en charge; elles ont profité de l'occasion pour lui faire la leçon. Elles ont essayé de lui faire comprendre qu'il doit faire
l'effort d'être plus sage avec moi, plus gentil, qu'il me fatigue. Elles lui ont expliqué qu'il est la cause de ma déprime et de ma nervosité.
Pauvre Raphaël, lourd est le fardeau de fautes imputées à son égard! Questionnons-nous? Raphaël a-t-il vraiment à se sentir coupable d'être un enfant plein de vie, plein d'idées, de ne vouloir en faire qu'à sa tète? La cause de son indiscipline, ne serait-ce pas aux adultes sensés lui mettre des limites, à en porter la responsabilité?
N'accuse-t-on pas cet enfant d'engendrer un mal dont il faut chercher la cause ailleurs? Dans le cas nous préoccupant, Raphaël joue son rôle d'enfant: laissant libre cours à son imaginaire, il tente de réaliser tous ses désirs même les plus incongrus. Les adultes par contre oublient , semble-t-il, de jouer le leur: à savoir assumer le difficile et souvent ingrat métier de parent obligeant à être parfois le trouble- fête du désir de l'enfant en l'enjoignant fermement à respecter certaines règles de la vie familiale et sociale. Obtempérer par des paroles et des actes fermes, calmes et irrévocables se révèle à long terme plus payant et moins épuisant que les cris, les lamentations et les culpabilisations...
Méfions-nous de petites phrases du genre: " Au plus vite au lit au mieux." prononcées dans des moment d'exaspération durant lesquels l'adulte ne maîtrise, ni la violence de sa voix, ni celle de son regard. Elles peuvent avoir, à force d'être réentendues, un impact dévalorisant sur l'enfant. Pour lui cette phrase prend un sens lourd: " Seulement si je suis loin de leurs yeux, qu'ils ne me voient plus, ne m'entendent plus, mes parents sont heureux. Je dérange leur vie." Et l'enfant de tirer ses conclusions: " Moins l'adulte me sent, au plus il vit bien. Je
suis indésirable car je fais du mal. Pourquoi suis-je en vie? Ne me préférait-on pas mort? Comme dans le lit, couché, silencieux, sans mouvement..."
Le doute s'installe dans le coeur de ces enfants.  Culpabilisés de tout ce désir de vie bouillonnant en eux, ils se trouvent devant un dilemme. Soit éteindre, étouffer cette vitalité, s'imposer d'autorité propre des limites, s'amputer de désir et d'idées, afin de ne plus être un désagrément pour l'adulte qui alors continuera à l'aimer.. Soit abandonner tout espoir d'être aimé et brûler la bougie de son désir par les deux bouts, devenir une tête brûlée que rien n'arrête suscitant alors chez l'adulte des commentaires du genre: "Rien à faire avec cet enfant; il doit être caractériel, etc..."
Le poids de la culpabilité engendre des échecs relationnels dont découlent des échecs de communication et par conséquent beaucoup de souffrance. L'enfant culpabilisé, trop en souffrance, sans le vouloir consciemment, fini par faire de sa vie un échec. Ainsi au plus grand regret et désarroi de ses parents, noyant ou débridant son désir, il s'enferme dans un étrange suicide psychique.