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Détournement de propriété

Nous sommes dans un aéroport. Il fait chaud. L’avion a du retard. Une mère entourée de ses 3 enfants achète deux canettes de boisson pour les aînés. La petite, approximativement âgée de 3 ans, dispose d’un biberon rempli d’un breuvage sans doute mieux adapté à son âge.

Soudain, la petite repoussant son biberon, insiste auprès de sa mère pour partager le breuvage des grands frères. Quoi de plus normal que de vouloir s’affranchir d’un monde connu pour partir à la découverte des plaisirs des plus grands !

Le cadet des fils s’accroche à sa canette. La mère demande alors à l’aîné de céder quelques gorgées de la sienne. Quoi de plus normal pour un aîné, que d’avoir à montrer l’exemple … Ne doit-il pas faire preuve de générosité et d’esprit de partage envers les plus jeunes que lui ?

La place de l’aîné.

Pas toujours un cadeau d’être l’aîné. C’est lui qui fait d’une femme une mère avec toute la spécificité du lien qui les unit. Il est celui qui fait accéder un couple à son statut parental. De l’aîné, premier espace au creux d’un couple, il est  souvent attendu qu’il réponde aux idéaux parentaux, d’en être le porte-parole, d’être le reflet des leurs espérances. Le voilà donc, spontanément investi par les parents comme celui qui devrait transmettre les valeurs clés d’unité et de solidarité familiale. Investit de vêtements neufs au propre comme au figuré, il est donc, par la nature de ces circonstances spécifiques, tout naturellement plus raisonnable car plus interpellé au niveau de sa « raison ». Sa plus grande crainte ne serait-elle pas de décevoir ses parents ? De trahir leurs attentes ?

Dans le petit exemple, nous voyons l’aîné ne pas résister à la demande de sa mère, il est « raisonnable », sans doute n’a-t-il ni l’envie, ni l’habitude de lui déplaire…Cet aîné « comme il faut » passe donc sa canette à sa petite sœur avec, en prime, un sourire.

Ce qui était à l’un devient à l’autre…

Ravie d’avoir obtenu gain de cause, la petite boit goulûment une longue gorgée. Une deuxième, une troisième, jetant un regard en coin en direction de son frère aîné pour observer sa réaction.

« Cela suffit maintenant,  tu as assez bu, rend cette canette à ton frère. » déclare la mère à l’adresse de la petite.

Comme il fallait s’y attendre, la gamine refuse vigoureusement. Elle s’accroche à sa prise et d’un ton énergique clame : « Non, j’ai encore soif. Je ne veux pas la rendre ! » Chassé croisé de regards. L’aîné manifeste des regards agacés mais ne pipe mot. 

L’aîné n’est-il pas celui qui doit apprendre à partager ? N’est-il pas souvent celui qui se voit accusé d’être coupable de manque de souplesse envers les plus jeunes ? On lui enseigne de ne pas écraser les suivants ?  Puisque lui, est celui dont on dit qu’il a la chance de recevoir des vêtements neufs, qu’il a la possibilité de faire des choses encore interdites aux plus jeunes, etc…

Mais revenons-en à nos canettes. La mère lance un regard à l’alentour. Pas de père pour la seconder ! Et visiblement la petite n’est pas prête à céder surtout qu’il apparaît évident, à tout œil un peu observateur, que la mère n’a pas l’habitude de se positionner clairement vis à vis de sa « petite » diablesse… D’ailleurs nous voyons cette dernière rejeter toutes les insistances maternelles, elle s’accroche à la boisson et se détourne de sa mère avec violence. « Allez sois gentille, prête un peu de TA canette à ton frère. Il a aussi soif. » Le ton de la mère se fait suppliant, nouvelle tentative de persuasion. Visiblement rentrer en conflit avec sa fille n’est pas la tasse de thé de cette dame. Il est tout aussi visible que la gamine aurait fait « sa crise » si la mère avait rendu, manu militari, à César ce qui appartenait à César !

Le langage, porte-parole de notre rapport à la vie.

N’est-il pas sidérant d’entendre le discours maternel faire glisser le droit de propriété de la canette d’une personne à l’autre sans autre forme de procès ? Ce qui était à l’aîné appartient soudainement à la petite. Destitution de territoire de l’aîné en faveur de la puînée. Parce qu’elle serait la petite ? Parce qu’elle ne lâche pas prise ? Parce qu’il serait l’aîné et que ce qui lui appartient serait d’emblée transmissible aux plus jeunes ? Parce qu’il a à être plus raisonnable ? 

Ce petit exemple démontre comment la crainte du conflit, en sapant l’autorité, peut mettre à mal le respect des personnes et de leur territoire. L’autorité n’est rien d’autre que de veiller au maintien de cette loi fondamentale de tout groupe social. Règle basique qui permet aux humains de vivre ensemble de façon sécurisante. 

Trop souvent on range l’autorité du côté de missions punitives. Il est vrai qu’elle fait appel aux sanctions mais son engagement va bien plus loin, elle a pour mission principale de veiller au respect du corps et des biens des personnes. C’est l’autorité (qui en famille revient aux parents) qui établit les droits et les limites de chacun et qui se doit de les faire respecter. Cette tâche d’autorité est importante et essentielle et incombe à toute personne mise en place d’éducateur.

Ici, de par cette lacune d’autorité, nous voyons l’aîné trahi, dépossédé de ce qui lui appartenait quelques minutes auparavant. Il ne dit rien mais il n’est pas difficile d’imaginer qu’il n’en pense pas moins… Et se sentirait-il pas fragilisé par rapport à sa sœur en n’étant pas protégé par rapport à ce qui était sa propriété. Dans son chef, cet état de fait, l’incitera sans doute bien plus à refuser le partage qu’à stimuler son sens de la solidarité ! Et l’on s’étonne d’entendre si souvent les parents se plaindre de l’égocentrisme des aînés… Au moins un enfant se sent protégé par rapport à ce qui leur appartient, au plus ils refuseront de prêter voire de donner.

Avez-vous déjà imaginé que lorsque survient le décès des parents, des frères et sœurs prêts à s’entre déchirer pour quelques bouteilles de vins ou autres pacotilles, ne font rien d’autre que de chercher (en général inconsciemment) à se venger de vécus d’injustices issus de l’enfance ?…  

Mots clés: Autorité Langage Richesse Fratrie