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Devenir sujet de soi-même

Vous souvenez-vous du petit Nicolas, âgé de deux ans et demi qui, voulant prendre un peu d’indépendance, se vit rapidement rabroué par son père. Celui-ci l’enjoignant de ne pas s’éloigner de plus d’un mètre carré de son père. Alors Nicolas abandonnant ses projets d’émancipation, revint se lover passivement sur le ventre paternel.

L’indispensable découverte du « savoir faire ».

C’est bien connu, ce n’est pas des expériences vécues par d’autres que nous apprenons. Ou en tout cas fort peu. Si, bien évidemment, pour se sentir exister on a besoin du regard de l’Autre, d’une parole qui nomme et qui différentie, cela ne suffit pas pour trouver la spécificité de sa place d’humain parmi les humains.

Trouver sa place est une longue route, que nous cheminons tous tout au long de notre vie. Trouver la voie qui est la sienne, devenir sujet de son corps et de sa vie, ne peut se faire qu’au travers de nombreuses expériences quotidiennes.

« L’enfant sujet » sera celui à qui on n’ôtera pas le droit à l’autonomie, à l’erreur, à la « bêtise ». Ce sera aussi, par exemple,  celui pour qui l’adulte ralentira sa marche en rue afin de permettre à l’enfant d’expérimenter ses jambes…

Le sentiment de « savoir faire » s’apprend tout au long des multiples expériences de la vie. Si un enfant n’a pas le droit de s’éloigner du projet parental, de prendre un peu de distance physique, de tenter la chance d’une nouvelle idée, il risque d’imaginer que la « compétence » est un état qui arrive un jour, soudainement ou… jamais. Pour grandir en ne se sentant pas de plus en plus « nul », il faut qu’un enfant puisse dès son jeune âge mettre à profit, au quotidien, toute une série d’initiatives.

Chacun de nous forge sa propre « théorie de la réalité ».

Cette théorie est forgée par la somme des expériences engrammées dans la mémoire d’un individu. Elle lui fera percevoir son entourage comme étant un lieu de plaisir ou de souffrance. Cette vision toute personnelle et différente pour chacun, modèle la croyance que l’environnement  possède un sens prévisible, maîtrisable et juste ou au contraire, serait capricieux, chaotique et impossible à maîtriser. De sa théorie personnelle de la réalité, l’enfant déduira aussi un degré de confiance à accorder ou non à son entourage. Et, bien sûr, une croyance quant au degré de sa valeur personnelle.

Mais revenons en à Nicolas. Il n’a pas, aujourd’hui, un père qui l’aide à prendre le risque de la conquête du monde. Un père n’est-il pas celui qui apprend à son enfant que vivre : c’est aller au devant de l’inconnu, c’est se risquer à une expérience nouvelle, c’est apprendre à retirer l’avantage d’un échec et découvrir le bonheur d’une réussite. Un père chéri son rejeton d’amour et de loi, lorsque le poussant en dehors du périmètre « d’un mètre carré », il lui garantit une voix ferme qui l’arrêtera si vraiment danger il y a. Ainsi faisant, ce père introduit l’enfant à suffisamment de confiance dans la bonté de la Vie pour lui faire découvrir que tout ce qui est extérieur aux parents n’est pas d’emblée mauvais ou dangereux. 

L’après Dutroux

Hélas depuis la malheureuse histoire de Dutroux, souvent la réaction parentale est inverse : pas de salut hors de papa-maman et tout ce qui est étranger est à craindre. Cette éducation favorisant l’ignorance, engendre la peur de l’autre qui… est la meilleure compagne de l’intolérance. Et l’ennemie de la créativité qui, elle, cherche à aller de découverte en découverte 

La vie est aux prises avec deux tensions contradictoires, le besoin de s’attacher et de se détacher, de se lier et de se séparer, de se quitter et de se retrouver. Le détachement n’est pas le contraire de l’attachement. La capacité de se séparer, de se détacher de l’Autre va de pair avec la capacité d’intérioriser un lien sécurisant. L’observant du coin de l’œil, je pense que  Nicolas n’attend qu’une chose : une voix qui lui dirait :  "Vas-y – tente ta chance – aie confiance en la Vie et la Vie te fera confiance. » Car s’il faut être deux pour se lier, il faut aussi être deux pour se séparer !

Devenir « sujet » de sa vie.

Pour se séparer, pour trouver son propre chemin, un enfant doit pouvoir jouir d’une certaine liberté afin d’apprendre à assumer des choix. Eduquer à la liberté ce n’est pas « pouvoir tout faire » mais « dans un périmètre du mètre carré »… C’est « pouvoir s’éloigner » en sachant qu’il y a « des choses permises et d’autres qui ne le sont pas ». 

Certains enfants n’osent pas se lancer dans cette conquête de leur subjectivité. Parfois par crainte d’être relégué d’un coup de parole tranchante à une place « d’enfant chiant ». Refusant de décevoir, ils préfèrent rester fidèles à l’idéal parental, à la narcissisation de ceux-ci et abandonnent toute velléité d’autonomie. Aller à contre courant du désir parental serait tout le contraire des merveilleux enfants épinglés sur les affiches publicitaires ! Parmi ceux qui ont choisi de renoncer à s’ancrer dans la vie, certains disent avoir envie de mourir… 

Mots clés: Relation Autonomie Liberté Séparation